‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 24 sur 139 · LE DUC D'ISTRIE AU MARÉCHAL JMARMONT · texte numérisé non relu

LE DUC D'ISTRIE AU MARÉCHAL JMARMONT

« Vallailolid, le 2r. nuii 1811.

« Mon cher maréchal, je vous envoie copie de la lettre que j'ai écrite au major général. Je désire que vous voyiez la chose comme moi. Ce n'est point que je ne sente l'importance du mouvement sur le Tage; mais je pense qu'en rapprochant deux divisions de Placencia et d'Almaraz, une division à Bejar et à El-Parco, deux divisions à Salamanca et 1 autre à Zamora, vous rempliriez le même but: car je ne pense pas que vous veu illiez vous porter sur Badajoz : c'est un mouvement qui devrait être combiné avec le duc de Dalmatie, et ce serait, ce me semble, compromettre votre opération que de le faire avec le peu de moyens que vous avez. La province de Toro et tout le pays sur la rive gauche du Duero serait votre grenier.

r90 MÉMOinRS DU DUC DE RAGUSE.

a Je VOUS prie de m'envoyer un otïicier, un sergent et deux caporaux par régiment pour en former le dépôt de votre arniéej j'ai ici dans les hôpitaux beaucoup de blessés; vous sentirez l'importance de cette mesure, elle est tout à l'avantage de votre armée. »

A s. A. s. LE PRINCE DE WAGRAM ET DE NEUFCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL.

« Monseigneur, nous n'avons ici rien de nouveau <( depuis ma dernière lettre; mais le duc de Raguse « m'écrit qu'il a l'intention de se porter sur le Tage « etdecommencer son mouvement au l"juin.J'au- (( rais beaucoup désiré avoir des moyens suffisants « pour l'appuyer dans son mouvement, que je re- « garde comme très-précipité, quels que soient les « événements de l'Estramadure. Le duc de Raguse « ne peut agir que dans la direction d'Almaraz. II « n'a point assez de force et de moyens pour agir « sur Alcantara. J'ai vu cette armée de près; ses a chevaux d'artillerie sont dans le plus pitoyable « état; le duc de Raguse ne peut pas réunir vingt- <( cinq mille baïonnettes. Je sais tout ce que doi- « vent avoir de pénible pour lEmpereur et de dés- « agréable pour moi toutes ces vérités; mais, si le « diicde Raguse, trop confiant dans ses moyens, fait « une mauvaise opération, il sera forcé de revenir « au point d'où il sera parti; il aura fini d'épuiser

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« toutes ses ressources, et son armée sera paralysée « pour tout le reste de la cauipagne. Il n'a point de « magasins. Je viens de lui écrire pour qu'il m'en- « voyât des cadres de dépôts pour son armée; j'ai « tiois ou quatre mille hommes de son armée dans (( les hôpitaux ou convalescents. Votre Altesse sen- <( tira de quelle importance il est qu'en sortant ces « hommes ne soient pas abandonnés à eux-mêmes, <( et qu'il y ait des ofliciers, des sergents et des cau poraux pour les recevoir et les conduire à leur « destination quand ils seront rétablis.

« Je désire que Voire Altesse prenne en considé- « ration ce que j'ai eu l'honneur de lui écrire sur « la situation de ce pays. Je ne crains point les évé- « nements militaires; nous pouvons les prévenir et « les faire tournera notre avantage; mais il est des « circonstances où il faut savoir temporiser pour se « ménageries moyens d'agir et de prendre l'offen- « sive. Comment l'armée de Portugal peut-elle agir « offensivement?elle n'a aucun moyen de transport; « elle n'a pas de quoi atteler quinze pièces de ca- « non; si elle en attelle davantage, elle sera forcée « de les laisser. Plus tard, tous ses chevaux seraient « rétablis, sa cavalerie en état; j'aurai misla Navarre « à la raison; j'aurai rejeté dans la Galice ce qu'il « y a devant le général Seras, et aurai dégagé le gé- « néral Bonnet; et alors il me serait sans doute pos- « sible de l'éuniihiiit ou dix mille hommes et d'ap-

puyer le duc de Ragiise. Si le duc de Raguse se porte sur le ïage, Ciudad-Rodrigo va être livré à lui-même. Dans la situation actuelle des affaires dans le nord del'Espagne, je ne puis point disposer d un régiment pourm'opposer aux tentatives que rennemi ferait sur cette place, car je pense bien qu'avant tout l'essentiel est le Nord, la côte, les communications et les points qui avoisinent la France. Dans un moment où il s'agissait d'empêcher les Anglais de s'emparer d'Almeida, je n'ai pu amener de l'infanterie au prince d'Essling. Je le puis encore bien moins aujourd hui, à cause des mouvements de l'ennemi, delà force des quadrilles sur tous les points, de la consistance de Mina et de la situation des esprits dans cette province. c< 11 faut renoncer à administrer ce pays comme l'Empereur lavait ordonné. La présence de deux armées dans le sixième et le septième gouvernement ne permettra aucun plan fixe d'administration. Tant que l'armée de Portugal sera sur le territoire d'Espagne, et jusqu'à ce que cette armée ait les moyens de reprendre sa conquête (ce qui ne peut être de longtemps), il faut qu'elle ait des ressources qu'elle ne peut trouver que dans le sixième gouvernement; il faut même qu'il lui soit uniquement affecté. Le cinquième, le troisième et le quatrième peuvent seuls être administrés comme l'entend l'Empereur, et, pour en

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« avoir bientôt fini avec la Navarre, il serait nécesc< saire d'y envoyer trois ou quatre mille hommes c* de plus.

u Je prie Votre Altesse de peser toutes mes ré- « flexions; elles sont le résultat d'un long et mùr « examen et de la connaissance que j'ai de la si- « tuation de ce pays.

u Je suis avec respect, etc.

« Signé, le maréchal rtrc dIstrie. »

LE MARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL IVURMOlNï.

1 Llercna, le 27 mni 1811 .

u M. le capitaine Fabvier, votre aide de camp, m'a remis la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire de Salamanque le 10 de ce mois. Je me suis entretenu avec lui de l'état des affaires dans le midi de l'Espagne, particulièrement en Estramadure, et je lui ai fait concevoir la nécessité indispensable que l'armée de Portugal marche au plus tôt en son entier vers la Guadiana, dans l'objet de nous réunir, de livrer bataille aux ennemis et de sauver Badajoz. C'est avec une bien grande satisfaction que j'ai reçu de M. Fabvier l'assurance que vous étiez disposé à prendre en conséquence des dispositions, et que votre projet était de vous mettre, pour cet effet, en marche dans les premiersjoursde juin; vous voulez bien aussi me le confirmer par votre lettre.

c( Je suis d'autant plus sensible à la démarche que vous avez faite, quelle est la première communication directe que j'aie eue de l'armée de Portugal depuis qu'elle existe, et que j'y reconnais la détermination prononcée de concourir, avec tous les moyens dont vous pouvez disposer, aux succès des armes de Sa Majesté l'Empereur, quel que soit ie théâtre. Ainsi je ne crains pas de trop hasarder en vous proposant de ne laisser qu'une garnison suffisante à Giudad-Rodrigo et de marcher avec toute votre armée sur la Guadiana, dans la direction de Merida ou de Badajoz. Dans les premiers jours de juin, je me porterai moi-même sur Merida, où je compte rallier les troupes que le général Drouet conduit à l'armée du Midi, avoir des nouvelles de votre marche, et opérer notre jonction. Lorsque nous serons réunis, nous conviendrons des mouvements ultérieurs qui devront être faits, dont l'objet sera de livier bataille aux ennemis et de sauver Badajoz. Il n'y a pas un instant à perdre pour obtenir ce dernier résultat.

a Je ne pense pas que vous puissiez rien compromettre en laissant pendant quelque temps Giudad- Rodrigo livré à ses propres forces, d'autant plus que M. le maréchal duc d'Istrie sera sans doute disposé à former un corps pour contenir les détachements que le général ennemi pourra engager dans cetl<' direction, et que, d'ailleurs, il est vraisemblable

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qu'aussitôt que les euuemis anioiit connaissance de votre mouvement ils s'empresseront de porter leurs forces vei's le Midi; mais vous pouvez les prévenir par la rapidité de votre marche, et la place de Badajoz peut être dégagée par la seule impulsion de votre mouvement avant que lord Wellington nit pu joindre, sur la rive gauche de la Guadiana, le général Beresford. Alors les succès de la campagne sont assurés, quelles que soient les disj)ositions et les forces des ennemis.

« J'ai envoyé ordre au général Drouet de presser sa marche et de se diriger sur Medellin dans le cas où il ne pourrait pas arriver à Merida (ce qui ne me paraît pas vraisemblable). Si, par événement, ce général se trouvait encore en arrière, je vous serai très-obligé, monsieur le maréchal, de lui enjoindre de la manière la plus formelle de se conformer aux dispositions que je viens d'énoncer.

c<Le 16 de ce mois, j'ai livré bataille aux ennemis à la Albuhera. Cette affaire serait pour nous d'un grand avantage; nous pourrions même la considérer comme une victoire signalée' si Badajoz, qui en était le but, eût été dégagé; mais je n'ai pu y

' Excellente plaisanterie, que de reptésentei' comme une victoire signalée une bataille offensive dont le but, celui de déljlotjuer une place, n'a pu cire atteint! Sublime inspiration qui s'est renouvelée depuis, quand le maréchal duc de Dalmalit; a essayé de faii'e passer aussi pour uni; victoire la bataille défensive de Toulouse, où il a été chassé d'une position qui semblait et aurait dû êtie inexpugnable !

[yole du dur de liagus^e.)

parvenir. Les ennemis ont perdu, de leur aveu, sept mille hommes, dont quatre mille cinq cents Anglais. Nous leur avons fait mille prisonniers, pris six drapeaux et cinq pièces de canon. Les 5% 51", 48' et iW régiments ont été à peu près détruits. Depuis je manœuvre en Estramadure, et je n'ai cessé d'offrir le combat aux ennemis. Leur circonspection les a tenus jusqu'à présent à une distance respectueuse; mais je ne suis pas assez fort pour engagera moi seul une nouvelle affaire sous les murs de Badajoz, d'autant plus que la gauche de mon armée se trouve engagée contre celle de l'ennemi, qui vient de Murcie, et que j'ai toujours à craindre du côté de Cadix et de Gibraltar. Je dois donc compter sur le concours efficace de l'armée de Portugal, que vous voulez bien m'offrir. J'ai l'espoir que je ne serai pas trompé dans mon attente.

(.< 11 me tarde beaucoup, monsieur le maréchal, que notre réunion soit opérée, et que nous puissions convenir des dispositions que l'un et l'autre nous devons exécuter pour que les intentions de l'Empereur soient remplies et le succès de ses armes assuré. Aussitôt que je serai instruit de votre marche, j'irai à votre rencontre. »

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARKCIIAL MARMONT

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