Paris, le 27 mai
(' Je vous envoie, monsieur le duc de Raguse,
LIVP.K XV. — CORRESPONDANCE. 97
divers numéros du Moniteur, parmi lesquels il s'en trouve plusieurs qui contiennent des nouvelles d'Espagne.
c< Ainsi que je vous l'ai déjà mandé, monsieur le maréchal, l'Empereur me charge de vous faire connaître de nouveau que vous avez un entier pouvoir pour réorganiser votre armée, en former six ou sept divisions, et renvoyer les généraux que vous ne jugeriez pas convenable de garder. Vous pouvez prendre les colonels en second du corps du général Drouet, pour leur donner le commandement des régiments vacants, en choisissant des officiers vigoureux. Vous devez renvoyer les administrations que vous jugeriez inutiles, et concentrer votre armée dans la main.
« Il y a beaucoup de mulets dans la province de Salamanque et sur vos derrières; faites lever tous ces mulets pour rétablir vos attelages. Le maréchal duc d'Istrie a l'ordre de vous seconder de tous ses moyens et de vous donner même tout ce qu'il pourra tirer de la garde impériale; et, indépendamment de cela, des marchés sont passés pour l'achat à Bayonne de quatre mille mulets de bât et du train d'artillerie, mais il faudra nécessairement du temps pour cette opération.
« L'Empereur, monsieur le duc, vous recommande de bien reformer votre armée et de livrer balaille aux Anglais s'ils se portent sur Ciudad-
Rodrigo; dans ce cas, le duc d'Istrie pourra vous renforcer d'une division d'infanterie de dix mille hommes de la garde impériale. — Annoncez la prochaine arrivée de l'Empereur et votre marche sur Lisbonne aussitôt que la récolte sera faite. »
LE DUC DISTRIE AC MAUÉCHAL MAUMOiNT.
X Valladolid, le i" juin 1811.
u Je reçois votre lettre du 50. Vos dispositions sont parfaites, et je vous en fais mon compliment de tout mon cœur. Je vais me mettre à même de vous appuyer au besoin. Je vous prie de m'écrire le plus souvent possible : personne ne prendra plus départ à votre marche et à vos succès que moi.
c< J'ai envoyé cette nuit l'ordre au général Roguet de rentrer. Je vais porter une partie de la cavalerie sur Salamanque et m'échelonner de manière à pouvoir me mettre en marche au premier avis que vous m'en donnerez. »
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMOÎNT
« Paris, le ^ juin iSll.
« L'Empereur me charge de vous faire connaître, monsieur le maréchal, qu'il est nécessaire que votre artillerie soit bien remontée et bien approvisionnée avant de faire aucun mouvement important;
LIVHR XV. — COURESPONnANCE. 'jy
<jiril faut que vous ayez au moins soixante pièces (le canon attelées, avec leur approvisionnement, et que votre armée soit parfaitement reposée et réorganisée.
« Yous êtes autorisé à donner l'ordre au duc d'Abrantès, et à tous les généraux qui ne vous conviendraient pas, de rentrer en France. Enfin, monsieur le maréchal, vous devez arranger votre armée de manière qu'elle soit parfaitement dans votre main et que vous n'éprouviez aucun obstacle.
« Indépendamment de la brigade du général Vathier, M. le maréchal duc d'Istrie a Tordre de vous remettre cinq cents chevaux d'artillerie et de lever tous les mulets qu'il sera possible de trouver.
« Rappelez tous les détachements de votre armée qui se trouvent isolés dans les villes du sixième et du septième gouvernement. Des troupes doivent remplacer incessamment, dans la Biscaye et dans la Navarre, les régiments provisoires et de marche qui s'y trouvent et qui sont composés d'homines <ippartenant à l'armée de Portugal; vous vous trouverez parla obtenir une augmentation d'environ neuf mille hommes. Deux mille chevaux d artillei'ie sont en mouvement pour se rendre à Bayonne, et quatre mille hommes de cavalerie appartenant à votre armée vont incessamment vous rejoindre.
100 MÉMOIRES DU DUC DE r.ACL'SE.
a L'Empereur aurait désiré, monsieur le maréchal, avoir l'état de situation de l'armée de Portugal. J'ai reçu le petit état d'organisation que vous m'avez envoyé, mais qui ne contient aucune force ni même l'indication des bataillons et escadrons. Témoignez à votre chef d'état-major combien l'Empereur est impatient d'avoir ces états, et prescrivez-lui la plus grande exactitude à me les envoyer aux époques prescrites. Sa Majesté s'occupe essentiellement de son armée de Portugal, et je suis dans l'impossibilité de lui en présenter la situation récente. »
NOTE DU DUC DE HAGUSE SUIl LA ror.lîESPONDAA'GE DU DUC D'ISTIME ET DU MAJOU GÉ.NIÎIÎAI,.
Ouelques mots d'abord sur les lettres du maréchal duc d'Istrie, commandant l'armée du nord de l'Espagne, lettres que l'on vient de lire tout à l'heure. Les deux premières me sont adressées, la dernière est la copie de celle qu'il écrit au prince de Neufchâtel. Il est difficile de peindre d'une manière plus exacte Tétat déplorable dans lequel j'ai trouvé l'armée quand j'en ai pris le commandement. Ce que je dis dans le' texte de mes Mémoires est donc corroboré par le récit d'une personne étrangère qui était en situation devoir et déjuger, ol dont l'iiiléièt se trouvait plutôt à embellir ma
LIVUI': XV. — COIUIKSPONDANCE. 101
position qu'à en exagérer la misère^ alin d'être dispensé de ni'envoyer une partie des secours qu'il iWd'il l'oi'drc de me faire passer. Mon récit est encore coiioltoré par la crainte extrême que le duc d Istrie éprouvait de me voir exécuter l'opération que je méditais. 11 n'est peut-être pas sans quelque mérite d'avoir trouvé le moyen de donnersi j)romplement de la consistance et de la valeur aux débris qui m'avaient été confiés, et d'être parvenu à pouvoir opérer avec eux, si peu de moments après leur retour en Espagne. On peut voir, par la lettre du major général, du 5 juin, que les ordres de l'Empereur, loin d'être impératifs pour agir, étaient bien plutôt restrictifs, puisqu'il me recommandait de ne pas faire de mouvements importants avant d'avoir soixante pièces de canon attelées et approvisionnées. Je n'en avais que trente-six; mon infanterie iie s'élevait pas au delà de vingt-cinq mille hommes; ma cavalerie n'était remontée qu'en partie; mais la confiance était revenue, l'esprit de l'armée était régénéré et le caractère de chacun était retrempé. M. le lieutenant-colonel Napier, dans son très-médiocre ouvrage sur les campagnes de la Péninsule, où l'erreur des faits et le défaut de sincérité le disputent à l'ignorance des règles élémentaires du métier, a donc eu tort de dire que le mouvement opéré dans le Midi par l'armée de Portugal, dont l'elTet a été la délivrancedeBadajoz, m'avait été ordonné. Le
1(12 MÉlMOlRES DU DUC DE liAGUSE.
mérite en appartient tont entier à moi seul, et le succès était indispensable, puisque cette marche avait été exécutée en opposition avec les instructions reçues.
Le mouvement sur Badajoz m'a paru le seul qui pût sauver cette place. Il était commandé par l'intérêt de la gloire de nos armes. J'ai eu la conviction que son exécution était possible, et je me suis décidé à l'entreprendre; le duc de Dalmalie le réclamait avec raison; j'ai entendu sa voix; et, quoique mes intérêts d'amour-propre fussent en jeu, je n'ai pas pensé un seul jour à le différer. J'ai été bien aise de saisir la première occasion de montrer que des considérations de cette nature ne doivent jamais intervenir quand il s'agit du bien de son propre pays et de sa gloire, exemple que, plus tard, j'ai reconnu avec douleur avoir donné en vain.
Je ne discuterai pas ici les ridicules propositions du duc d'Istrie, consistant à occuper la tête de pont d'Almaraz sur le Tage, à placer une division à Bejar et à Banos, et à tenir le reste de l'armée réuni à Salamanque et Alba-sur-Tormès. 11 était absurde de penser que de semblables dispositions, prises à soixante lieues de Badajoz, eussent pu ralentir d'un seul jour les opérations commencées contre cette place.
Mes combinaisons ont été telles, que les craintes
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et les alarmes si vives du maréchal duc dlslrie se sout chaugées complètement en confiance quand le mouvement s'exécuta, ainsi qu'on le voit en lisant sa lettre du 1" juin, où il me félicite de mes dispositions et de la résolution que j'ai prise et dont commence l'exécution.
Signé : Le m.\réchal duc de Raguse.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL JURMONT
« Piiris, le 17 juin 181 1 .
(( J'ai mis sous les yeux de l'Empereur, monsieur le duc, votre lettre chiffrée du 51 mai.
« Sa Majesté a vu avec peine que vous ayez gardé une grande quantité d'hommes à pied du train d'artillerie, Sa Majesté ayant fait diriger sur Bayonne beaucoup de chevaux d'artillerie. Je vous prescris qu'aussitôt la réception du présent ordre vous ayez à faire partir tous les hommes à pied du train d'artillerie que vous avez gardés, et que vous les dirigiez sur Bayonne.
(( Sa Majesté a vu aussi avec peine que vous n'ayez mené que trente-six pièces de canon. Il vous en eût fallu soixante, ce qu'elle croyait possible, avec les cinq cents chevaux que vous avez du recevoir de la garde, et qui lui sont remplacés par cinq cents autres. A la fin de juillet, mille chevaux d'artillerie, avec les munitions qui vous sont né-:
iQi MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
cessaires, passeront la Bidassoa; mais, je vous le répète, l'Empereur ordonne que tous les hommes à pied du train, que vous avez conservés, soient envoyés tout de suite à Bayonne. Quand vous serez sur le Tage, l'intention de l'Empereur est que vous frappiez des réquisitions dans les provinces d'Avila, de Talavera et de ïruxillo, même dans la Manche, pour former vos magasins. Vous ne devez pas employer l'argent de la solde à acheter des vivres. Si Alcantara est susceptible d'être mis en état de défense, cela serait avantageux.
a Madrid étant abondamment pourvu d'approvisionnements de guerre, vous pourriez de là compléter l'approvisionnement de vos munitions, à raison de douze pièces par division et de douze obusiers en réserve. Tout est en mouvement pour diriger de grandes forces en Espagne. Sa Majesté attend avec la plus grande impatience l'état de situation de votre armée.
« A Saintes est établi un dépôt pour les dragons; à Niort, un pour la cavalerie légère; à Auch, pour le train d'artillerie; à Pau pour les équipages militaires; il arrive dans ces dépôts des chevaux, des selles, des harnais et tout ce qu'il faut pour re monter les hommes à pied; à mesure que vous en aurez de démontés, renvoyez-les à Bayonne, d'où ils seront dirigés sur les dépôts. »
IJV1U-: XV. — CORRESPUiNDA.NCE. lOÔ
LE MARÉCHAL MARMOiNT AU MAJOR GÉNÉRAL.
(tRadajoz, le 21 juin 181 1.
c< Je viens de rendre compte ;i Votre Altesse Sérénissime de la levée du siège de Budajoz et de la retraite de l'ennemi en Portugal. Je vais aujourd'hui, conjointement avec M. le duc de Dalmalie, faire une reconnaissance sur Elvas et Campo-Major. Si, comme tout l'annonce, l'ennemi a renoncé à toute espèce de projets sur lEstramadure, je repasserai le Tage, sans retard, avec la plus grande partie de l'armée et ferai prendre des cantonnements dans les montagnes sur le Tietar et sur le Terté, occupant Banos et Bejar, et j'aurai mes avant-postes dans la Sierra de Gâta, qui m'approcheront de Ciudad- Bodrigo, et à Coria, qui m'instruiront de ce qui se passe dans la vallée du Tage. Je laisserai une division à Truxillo pour observer Badajoz et me mettre en communication avec l'armée du Midi. Je vais faire mettre en bon état de défense le passage du Tage à Lugar-Nuevo, près d'Almaraz. Ce poste sera un de mes principaux dépôts de vivres et de munitions. Les instructions générales données aux troupes, en cas d'attaque de l'ennemi, seront, pour celles de la rive gauche, de repasser le Tage, et pour celles de la rive droite de repasser le Tietar, sur leijuel je vais faire construire une bonne tète de
pont. J'établirai mon quartier général aux environs de Navalmoral, et je me trouverai ainsi en mesure de me porter également, soit sur Ciudad-Rodrigo, soit sur Badajoz. Les troupes, cantonnées dans ces pays sains, passeront ainsi l'époque des grandes chaleurs.
c( Mon intention est de mettre à profit ce temps de repos pour réorganiser complètement l'armée et la mettre le mieux possible en état d'exécuter les ordres de Sa Majesté, rétablir une bonne discipline, former des magasins sans lesquels il est impossible ici de faire aucune espèce de bonne opération; enfin, tout en faisant reposer les troupes qui en ont un extrême besoin, les faire exercer et les mettre à même de rentrer en campagne avec tous leurs avantages.
« Lorsque l'armée de Portugal aura passé ainsi six semaines ou deux mois, et aura reçu quelques recrues et les chevaux de cavalerie, d'artillerie et d'équipages qui lui manquent, et si son bon esprit est soutenu par quelques récompenses, il n'y a rien que Sa Majesté ne puisse exiger d'elle et qu'elle ne puisse exécuter.
c( Tels sont, monseigneur, mes projets, de f exécution desquels je vais m'occuper; mais, pour le faire avec fruit, il est nécessaire que Sa Majesté fasse connaître quelles sont les ressources quelle attribue à l'entretien de l'armée de Portugal. 11 est in-
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dispensable, ou qu'il soil fait des fonds réguliers et fixes pour faire face à toutes les dépenses de l'administration, ou qu'on détermine le territoire dont les produits lui seront affectés et le mode d'après lequel il en sera disposé. Il est impossible de continuer, sans les inconvénients les plus graves, à vivre, comme on l'a fait jusqu'ici, de réquisitions. Ce système, qui laisse un arbitraire immense et qui est subversif de tout ordre, est tout à fait impraticable à la longue, lorsqu'une armée est stationnaire; car, comme les réquisitions nécessitent toujours l'emploi de la force, elles ne peuvent se faire qu'à une petite distance, et alors la totalité des ressources d'un pays est bientôt épuisée. lien résulte une impossibilité absolue de vivre, à moins d'une dispersion totale de l'armée, et l'armée n'est plus en état d'agir. Indépendamment de cela, ce système, faisant naître beaucoup de désordres, entraîne presque toujours une double consommation. C'est par suite de ce système que les jjrovinces de Sala manque et de l'Estramadure sont ravagées et que les deux tiers de ces pays sont incultes. Si, au contraire, on paye tout, on a sans violence et sans l'emploi de la force des moyens de subsistance suffisants, et l'Empereur n'y perd rien puisqu'on peut établir des impôts en conséquence: car, eu supposant que la charge fût trop i'orte, elle serait au moins plus supportable, puisque tout le monde
108 MÉMOIRl^S DU DUC DE RAGUSK.
y contribuerait, tandis que, par les réquisitions, elle est soutenue par un petit nombre d individus. C'est ainsi que l'Andalousie est toujours dans un ordre parfait, parce que, depuis un an, le système des réquisitions y a cessé. Mais, indépendamment des subsistances, il y a d'autres dépenses de l'armée <|ui exigent de l'argent comptant : celles de l'artillerie, celles du génie, des hôpitaux, les traitements extraordinaires accordés par TEmpereur, etc.; il faut donc, ou que Sa Majesté accorde des fonds réguliers versés dans la caisse de l'armée pour faire face aux dépenses de l'administration, ou qu'elle daigne déterminer un territoire dont les impôts, étant versés dans cette caisse, fassent face à ses besoins.
(( Si Sa Majesté se décide pour ce dernier parti, il semblerait que le territoire naturel à donner aujourd'hui à l'armée de Portugal serait celui de l'armée du Centre, en laissant toutefois dans cet arrondissement, et aux ordres du général de l'armée de Portugal, les troupes qui s'y trouvent pour les garnisons et la police du pays, afin de laisser toujours l'aVmée de Portugal entièrement disponible. Si Sa Majesté adopte cette proposition, il est possible qu'elle trouve à propos de soumettre Madrid à un système particulier: mais, dans ce cas, il serait encore nécessaire que l'armée de Portugal put en tirer des ressources; car une grande armée
MvnK \v. - roiiin:spoiM)AM:i'. \m
ne peut pas se passer d'une grande ville. Votre Altesse appréciera sans doute combien l'intérêt de Sa Majesté est qu'on centralise, autant que possible, l'autorité sur la frontière faisant face aux Anglais, car le peu d'ensemble qui y règne doit, à la longue, produire les plus funestes effets. Si, étant à Salamanque, le pays qui pouvait ni'aider et me secourir eût été sous mes ordres, j'aurais pu commencer mon mouvement cinq ou six jours ])lus tôt. 11 es! possible que le retard qui a eu lieu eût pu occasionner la perte de Badajoz, dont la prise aurait mis en feu tout le midi de l'Espagne. Si j'eusse commandé à Madrid, j'aurais trouvé un pont à Almaraz; j'y aurais trouvé huit cent mille rations de vivres qui étaient nécessaires à mon mouvement; et les promesses faites se seraient accomplies, tandis qu'elles se sont trouvées jusqu'ici sans effet. Jusqu'ici l'Espagne n'a pas été pour l'armée française le pays de l'union et de la concorde, et cependant ce n'est que par l'ensemble dans les opérations que l'on pourra rapidement mener à une bonne conclusion toutes les affaires de Sa Majesté. Lord Wellington a ici un grand avantage; tout ce qui doit contribuer à ses opérations lui est subordonné ; ainsi tout part d'un même principe, conduit vers un même but et marche avec méthode.
« Telles sont, monseigneur, les réflexions que l'intérêt du service de l'Empereur m'a suggérées;
110 MÉMOIRES DU DUC DE liAGUSE.
je vous prie de les soumettre à Sa Majesté, et de me faire connaître ses ordres.
« Le capitaine Denys de Damrémont, mon aide de camp, qui aura l'honneur de vous remettre ces dépêches, pourra donner à Votre Altesse, sur la situation de l'armée, tous les renseignements qu'elle pourra désirer; je prends la liberté de le recommander à vos bontés. »
LE MARKCIIAI. SOULT AU MARÉCUAJ. MARMONT.
«Séville, le 2 juillet 1811
« Il était très-urgent que j'arrivasse à Séville; les corps espagnols, commandés par Blake et par Balleysteros, qui sont descendus de l'Estramadure, menaçaient déjà cette ville, où on n'était point en mesure de se défendre. D'autre part, j'ai ma gauche extrêmement engjigée; Tennemi y fait des progrès, etpeut-être en ce moment ai-je des corps compromis, tandis que, sur mon centre, l'ennemi devient de jour en jour plus entreprenant et augmente le corps qui agit dans les montagnes entre Ronda, Algesiras et Gibraltar.
« Cette situation, qui est la conséquence naturelle des détachements que j'ai dû faire pour secourir Badajoz, me force à presser la marche des troupes que je fais venir de lEstramadure, pour les mettre aussitôt en campagne et tâcher de rétabhr
II VUE W. - COUUESrONUANCK. 111
les affaires. Pour le moment, je n'en relire cependant que celles dont j'ai eu l'honneur de faire part à Votre Excellence; mais je dois la prévenir que, si elles étaient insuffisantes, mon devoir m'obligerait à avoir recours au cinquième corps et à la cavalerie commandée par M. le général Latour-Maubourg. Alors Votre Excellence serait sans doute disposée à mettre l'armée de Portugal en position de secourir au besoin Badajoz et d'empêcher les ennemis de faire de nouvelles incursions en Estramadure.
c( C'est au nom du service de l'Empereur que j'ai l'honneur de vous faire cette proposition, en attendant que Sa Majesté ait déterminé l'arrondissement de l'armée de Portugal, et que celle du Midi puisse se renfermer dans ses limites, ou au moins que j'aie été renforcé par les troupes de cette même armée que le général Belliard retient à Madrid malgré les ordres exprès de l'Empereur.
a A ce sujet, je renouvelle à Votre Excellence la demande de vouloir bien tenir une division d'avantgarde et de la cavalerie à Merida, afin que nos communications soient bien établies, au moins jusqu'à ce que l'armée anglaise ait pris un parti et que la place de Badajoz soit réapprovisionnée.
« Je laisse le cinquième corps et la cavalerie du général Latour-Maubourg en Estramadure; je ne changerai la destination de cette troupe qu'à la dernière extrémité; et, dans ce cas, Votre Excel-
leiice en sera toujours prévenue à l'avance. Mais, je le répète, il n'est pas en mon pouvoir de me défaire des ennemis que j'ai en ce moment à combattre sans le concours de ces troupes; et, pour cela, il vous paraîtra sans doute raisonnable, monsieur le maréchal, que l'armée de Portugal contribue, par sa présence sur la Guadiana, à les rendre en partie disponibles et à contenir les ennemis, d'autant plus que je prends l'engagement de remarcher moi-même avec vingt mille hommes en Estramadure si les ennemis cherchaient de nouveau à y pénétrer en armes, afin d'y seconder les opérations de Votre Excellence, et même d'y rétablir auparavant un gros corps d'observation sitôt que j'aurai terminé les affaires de l'Andalousie.
(( L'intérêt que vous portez au service de TEmpeleur et l'empressement que vous avez mis, monsieur le maréchal, à venir au secours de l'armée du Midi, lorsque, par suite delà diversion qu'elle avait faite en faveur de l'armée de Portugal, sa droite s'est trouvée engagée, me donnent l'assurance que vous accueillerez ma proposition et que même vous jugerez devoir prendre dos dispositions en conséquence, en appréciant l'urgence des motifs qui me portent à renouveler ma demande. »