‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 40 sur 139 · LIVRE XV. - (;()lïllKSrO>M)ANCR. lO'.l · texte numérisé non relu

LIVRE XV. - (;()lïllKSrO>M)ANCR. lO'.l

me seront cxlrémenient précieuses. J'ose donc espérer que Votre Majesté, en s'en rapportant à la droiture de mes intentions, à la pureté de mes vues, me pardonnera si, dans le nouveau placement des troupes, je me vois forcé d'envoyer une division à Tolède. Le général Foy, qui s'y rendra, trouvera moyen, j'espère, de concilier, dans ses ra|)ports avec les autorités espagnoles, le respect qu'il doit au nom de Votre Majesté avec les besoins de l'armée. Si l'ennemi m'avait forcé de me rapprocher de Madrid, Votre Majesté ne trouverait pas étrange que l'armée s'y portât. C'est la famine qui m'y oblige aujourd'hui; et cet ennemi-là est bien plus redoutable que les Anglais.

c( J'ai demandé à Votre Majesté un commissaire royal; je l'ai fait dans l'intention droite de mettre de l'ordre dans l'administration; mais j'avoue que je n'avais pas imaginé qu'il entraverait la marche des affaires au lieu de l'accélérer. Jusqu'ici, par son moyen, je n'ai pu obtenir de quoi donner un jour de pain à l'armée. Que serait-il donc arrivé si le général Lamartinière, par le zèle le plus remarquable, n'avait pas trouvé moyen de pourvoir à nos besoins? Les horribles scènes du Portugal se seraient renouvelées ici; car, après tout, ceux qui ont les armes à la main ne meurent jamais de faim les premiers. M. Amoros ne s'est, à ce qu'il parait, occupé que de vaines prétentions de vanité et de pré-

séance, et cependant nous sommes dans une situation à penser à toute autre chose qu'à de pareilles futilités. Le général Lamartinière a fait arrêter le commissaire de police de Talavera; mais il ne lui rendait aucun compte; et, certes, la sûreté de la ville, celle des Français et la tranquillité publique le regardent avant tout, puisque l'emploi des troupes est constamment nécessaire. Votre Majesté n'ignore sans doute pas qu'on assassine les Français dans les rues de Talavera et à la porte de la ville; très-certainement la haute police ne peut en ce moment regarder que l'autorité militaire.

c( Sire, après avoir entretenu Votre Majesté de ce qui regarde la subsistance de l'armée, je dois la supplier de remarquer que, quant au commandement territorial, il esLde la plus haute importance, pour la conservation d'une armée, que le général qui la commande commande également dans tout le territoire qu'elle occupe, dans les lieux où sont ses dépôts, ses magasins et ses hôpitaux. C'est parce que la division des commandements en Espagne a enij)èclié (pi'un ])areil état de choses existât, que tant d'hommes ont disparu faute de soins, faute d'ordre et de dispositions conservatrices. Je fera tout au monde pour remplir les intentions de Votre Majesté quand elle daignera nie les faire connaître; mais il faut que j'en sois l'organe et que je commande là où sont mes hôpitaux, mes dépôts et mes

Page 1