‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 46 sur 139 · LIVRE XV BIS. — isii-isi · texte numérisé non relu

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ierie légère, jointes aux troupes de l'armée du Contre, devaient le composer, et une autre division de l'armée de Portugal devait suivre à plusieurs marches. Par suite de ces dispositions, je laissais au général Clausel le commandement des trois autres divisions placées : une à Avila, eu arrière du Tietar, dans la vallée du Tage; une à Talavera; et je faisais inviter, par le roi, le général Dorsenne à tenir dispouiiiles, à Salamanque, dix-huit mille hommes de Parmée du Nord, et le maréchal Soult à porter un corps à Merida pendant le temps que durerait cette opération.

Le 20, je reçus des ordres définitifs de l'Empereur pour le détachement à faire sur Valence; mais en même temps un grand mouvement de troupes allait s'exécuter dans le nord de l'Espagne. Cette frontière m'était assignée, et la garde impériale quittait l'Espagne pour rentrer en Franco. En conséquence, mou premier projet do marcher en personne sur Valence fut changé. Je donnai le commandement du détachement, composé des première et quatrième divisions et de la cavalerie légère, au général xMontbrun, officier d'une haute capacité et delà plus grande distinction.

Voici quelles étaient les dispositions générales de PEmpereur pour l'armée. Il retirait toute la jeune garde et un détachement de la vieille garde qui se trouvait en Espagne, ainsi que cinq régiments polo-

nais. Par là il affaiblissait de quinze mille hommes les troupes dans la Péninsule, dont le nombre était cependant insuffisant en raison du pays immense occupé. 11 plaçait mon quartier général à Valladolid et me donnait pour territoire les provinces du nord de l'Espagne, exclusivement jusqu'à celle de Burgos, c'est-à-dire les provinces d'Astorga, Benavente, Zamora, Placencia, Salamanque, Toro, Avila et la vallée désolée sur la rive droite du Tage jusqu'à l'Alberche. Il me chargeait de l'administration de ces divers pays et ajoutait à l'armée deux divisions, celle du général Souham et celle du général Bonnet, venant de Burgos et des Asturies, composées chacune de douze bataillons. Je devais me mettre en marche immédiatement pour prendre mes nouvelles positions, relever les troupes qui partaient et m'établir sur cette nouvelle frontière. Comme la force de mes troupes n'était pas jugée suffisante pour combattre l'armée anglaise, il était ordonné par les dispositions générales que, dans le cas de l'offensive prise par le duc de Wellington dans le Nord, l'armée du Centre fournirait quatre mille hommes d'infanterie el sa cavalerie à Farméo de Portugal,- et larmée du Nord toute sa cavalerie, son artillerie, et douze mille homnies d'infanterie; que le maréchal duc de Dalmatie tiendrait en échec le corps de Hill en rassemblant le cinquième corps sur la Guadiana, et que ce corps passerait sur la

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rive droite du Tage pour suivre Hill, et concourir aux opérations, si celui-ci se réunissait à Wellington.

On peut voir combien ces dispositions étaient compliquées et difficiles dans leur exécution. Il fallait supposer que toutes ces troupes, auxiliaires à Tarmée de Portugal, seraient toujours rassemblées et prêtes à marcher, que les généraux à qui elles appartenaient seraient toujours disposés et empressés à s'en dessaisir, chose fort opposée à l'esprit régnant alors en Espagne, comme on l'a vu, et enfin quon leur appliquerait d'avance toutes les prévisions constamment nécessaires en Espagne pour opérer le moindre mouvement, en raison des mille difficultés créées par la force des choses.

On verra plus tard comment, quand le moment fut venu, tous ces arrangements furent exécutés.

L'Empereur choisissait, pour affaiblir les armées d'Espagne, et pour opérer le grand mouvement qui les disloquait momentanément, précisément l'instant où il augmentait l'éparpillement de l'armée de Portugal par le détachement de douze mille hommes sur Valence. Cependant il savait, à n'en pas douter, que l'armée anglaise avait des cantonnements assez serrés sur l'Agueda, laCoa et le Mondego; mais il la supposait, on ne sait pourquoi, hors d'état d'enli'er en campagne, et, dans chaque lettre, il en répétait l'assurance. En conséquence des dis-

positions ci-dessus, le mouvement de mes troupes commença dans les premiers jours de janvier pour se porter dans la Vieille-Castille, et je me mis en marche de ma personne, le 5. Je laissai la sixième division, commandée par le général Brenier, dans la vallée du Tage, avec mission d'observer ce qui se passerait en Estramadure, d'avoir l'œil sur les forts de Miravete et de Lugar-Nuevo, et, dans le cas où l'ennemi s'y présenterait, d'aller à leur secours. Le général Brenier devait correspondre avec le général Clausel, qui, avec la deuxième division, occupait Avila.

Dans le cas où le général Brenier devrait agir, le général Clausel était chargé de l'appuyer, et, si les événements de la guerre forçaient à rassembler l'armée française dans le bassin du Duero, le général Brenier devait se joindre au général Clausel et le suivre dans son mouvement, en passant par \e t'hemin de Montebeltro; mais, comme cette communication n'est pas propre aux voitures, il devait venir seulement avec son infanterie, sa cavalerie et ses chevaux d'artillerie, et prendre un second matériel préparé pour lui et déposé à Avila. Ma division de dragons, mon artillerie et les équipages se mirent en marche pour le Guadarrama, et les troisième et cinquième divisions passèrent, des points où elles se trouvaient, par les chemins les plus directs pour se rendre sur le Duero. Les première et

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quatrième divisions, et la cavalerie légère, étaient en opération sur Valence. Enfin, la septième division, nouvellement donnée à l'aimée et que commandait le général Sonham, occupait Salamanque, et la huitième, commandée par le général Bonnet, était encore dans les Asturies. Je dirigeai ma marche par Avila où je m'arrêtai, et j'arrivai à Valladolid le 11 janvier.

Je m'occupais de tous les détails qui devaient précéder le départ des troupes de la garde, et des arrangements à prendre avec le général Dorsenne pour relever ses différents postes, lorsque, le 1 5, un officier, expédié de Salamanque, arriva en m'apporta nt la nouvelle de l'entrée en campagne subite de l'armée anglaise. Le 8, elle s'était rassemblée; le 10, elle avait passé l'Âgueda, formé l'investissement de Ciudad-Hodrigo, et commencé le siège immédiatement. A cette nouvelle inattendue, j'envoyai des officiers au-devant de toutes les colonnes en marche, afin de les diriger sur xMedina del Campo et Salamanque. J'appelai sur ce point les deuxième et sixième divisions. Je demandai au général Dorsenne son concours, et il mit en marche, pour le même point de rassemblement, une division de la jeune garde, forte de six mille hommes, de la cavalerie, et de Tarlillerie.

Enfin, j'appelai à moi la division des Asturies, et j'envoyai l'ordre au général Foy, que le général

Moiitbruii avait laissé en échelon, de rentrer avec sa division, et au général Montbrun de revenir à marches forcées avec la quatrième division, et sa en Valérie.

Par ces dispositions, je devais avoir, du 26 au 27, trente-deux mille hommes réunis en présence de l'armée anglaise sur l'Agueda, et, du 1" au 2. quarante mille hommes. J'arrivai de ma personne le 21 à Fuente-el-Sauco, où j'établis mon quartier général, et j'appris en ce moment létonnante nouvelle de la prise de Ciudad Rodrigo.

La ville de Ciudad-Rodrigo, défendue par les Espagnols et attaquée par le sixième corps, commandé ])ar le maréchal Ney, avait résisté pendant vingtcinq jours de tranchée ouverte, et nous avait coûté beaucoup d'hommes et de munitions. Cette place, dans un bon état de défense, était augmentée d'un ouvrage extérieur, d'une lunette sur le plateau du grand tesson, au-dessus de la ville, devant lequel l'ennemi devait ouvrir la tranchée. Javais fait arranger, comme poste, un grand couvent situé dans le faubourg et destiné à soutenir cette lunette; les calculs les plus modérés devaient faire compter sur une (b'feuse de trois semaines de li'anchée ouverte.

Mais h^ généi-al Dorseiine, de qui cette place dépoudail. en avait confié le commandement .iu général Barrié, détestable officier, sans résolution etsans

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surveillance. Lu garnison, composée de ses moins bonnes troupes, n'était forte que de deux mille hommes, et le général Dorsenne avait mis lui-même une si grande négligence dans la garde de la frontière, qu'il y avait deux mois qu'il n'avait reçu de rapports de Ciudad-Rodrigo, sans en être inquiet, sans avoir fait aucun mouvement pour s'en procurer; et ce))endant un simple détachement de trois cents chevaux aurait pu lui en donner avec la plus grande facilité. Le général Barrié, attaqué, ne fît aucune disposition raisonnable. Le couvent fortifié, qui avait joué un grand rôle entre les mains des Espagnols, et devait, dans la circonstance, concourir si puissamment à la défense, ne fut pas occupé, et l'ennemi y entra sans combattre. La lunette fut enlevée de vive force, sans aucune perte, le soir même du jour de l'investissement. Dès le 16, l'artillerie avait commencé son feu. Le 18, la brèche étant faite, dans la nuit l'assaut fut donné. On défendit la brèche avec succès; mais une fausse attaque par escalade réussit, et la ville fut emportée. Jamais opération pareille n'a été conduite avec une plus grande activité. Ainsi, en huit jours, à dater du moment de l'approche devant la place, les Anglais avaient atteint le but qu'ils s'étaient promis. Avec une défense si misérable, si peu en rapport avec tous les calculs, il n'y avait pas eu une chance pour ai'river à temps au secours de cette place.

Cet événement changeait toutes mes combinaisons. Mes forces n'étaient pas réunies, et je ne pouvais pas aller chercher l'armée anglaise, appuyée à Ciudad-lvodrigo. Je laissai cependant arriver mes troupes pour être en mesure d'attaquer les Anglais si, après le siège, ils s'étaient portés sui- la Termes; mais je reçus, deux jours après, la nouvelle ■que les Anglais avaient repassé l'Agueda et repris leur cantonnement. Pendant cette opération, le corps de Ilill, étant sorti de l'Alentejo, s'était présenté sur la Guadiana et bloquait Badajoz. Le maréchal Soult avait jeté les hauts cris et demandé du secours ^; mais la réunion de l'armée anglaise sur la Coa m'avait rassuré sur les dangers de Badajoz, et ce blocus, simple démonstration, ne dura que quelques jours. Cependant, une fois Ciudad-Rodrigo pris, je crus devoir être très-attentif à ce qui se passerait en Estramadure; car cette province devait, d'après les probabilités, devenir bientôt le théâtre des opérations des Anglais. En conséquence, dans les premiers jours de février, le détachement du général Montbrun m'ayant rejoint, je laissai les première et quatrième divisions dans la vallée du Tage avec cinq cents chevaux. Je plaçai également la sixième division à portée, dans des cantonneinents sur le revers des montagnes à Montebeltro,

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