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espagnol et le livraient à sa merci. Enlin, en lui enlevant son souverain, il ouvrit devant lui un vaste chauip où ce peuple brave put se livrer à ses inspi rations généreuses et patriotiques. Avec une politique habile, une conduite loyale. Napoléon eût eu la possession des trésors des Indes, la disposition de vaisseaux et de nombreux soldats, qui, associés à nos destinées et soumis aux mouvements de l'époque, seraient devenus dignes de figurer dans nos rangs. Au lieu de cela, lEspagne a donné aux peuples l'exemple de la résistance, est devenue le tombeau d'armées innombrables, et la cause principale de notre ruine et des revers qui nous ont accablés. Mais, après avoir, comme à plaisir, créé cette résistance qui devait nous être si funeste, Napoléon n'a rien lait pour la vaincre, et, au contraire, a semblé se livrer aux soins de diminuer les chances d'y parvenir. L'extrême division des commandements, à laquelle il n'a jamais voulu renoncer, les rivalités de toutes espèces qu'il n'a jamais su réprimer, son absence d'un théâtre où seul il pouvait faire le bien, son refus habituel d'accorder les secours et les moyens les plus indispensables, son obstination constante à fermer les yeux à la lumière, et les oreilles à la vérité; enfin, la manie, à laquelle il n'a jamais voulu renoncer, de diriger de Paris les opérations dans un pays qu'il n'a voulu ni étudier ni comprendre, ont complété la masse de maux
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dont les meilleures armées de l'Europe devaient être enfin les victimes. J'en dévoilerai bientôt le tableau.
[/arrivée de Joseph à Madrid, sous des auspices si funestes, avec un petit nombre de troupes, ne pouvait guère imposer. Par une fatalité toute particulière, ces troupes, uniquement composées de corps provisoires formés de conscrits pris dans tous les dépôts avec de vieux officiers, ne correspondaient en aucune manière à l'idée que les Espagnols s'étaient faite de cette armée française victorieuse de l'Europe, et ils eurent bientôt pour celle qu'on leur montrait une sorte de mépris. Un détachement envoyé sur Valence, sous les ordres du maréchal Moncey, et qui fut battu à cette énorme distance de Madrid, fut obligé de revenir précipitamment. Enfin, le désastreux événement de Baylen, où l'incapacité dans la conduite des troupes fut encore surpassée par la lâcheté, le pillage et le brigandage, tout cela produisit une commotion dans les esprits, dont les effets se firent sentir aux extrémités de l'Espagne. Le peuple espagnol, passionné de sa nature, affranchi des langes dans lesquels il avait gémi si longtemps, livré à lui-même, s'abandonna aux élans d'un patriotisme brûlant qui lui donnait, pour ainsi dire, l'occasion de se réhabiliter aux yeux de l'Europe. On connaît sa fierté poussée jusqu'à l'excès et au ridicule; on conçoit reflet produit sur lui par des
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succès universels (jui faisaient triompher les sentiments les plus nobles et les plus légitimes: dès ce . moment, on eut à combattre toute une ualion.
Joseph évacua Madrid et se retira sur l'Èbre, où il dut attendre du secours. L'Empereur parut à la tête de la grande armée, la même qui avait donné des lois à l'Europe. Excepté le corps de Davoust, resté en Allemagne, l'armée d'Italie et celle de Dalmatie, c'était toute l'armée française. On eut bient(jt battu l'armée espagnole à Burgos et à Tudela; on marcha sur Madrid, on attaqua Saragosse, on couvrit en un moment tout le nord de l'Espagne de troupeS; et tout rentra dans la soumission.
Junot avait été dirigé, dès le mois d'octobre 1807, sur le Portugal. Cette opération, faite de concert avec l'Espagne, avait pour objet apparent un partage: on devait faire des Algarves un royaume pour le prince de la Paix. Ce n'était qu'un piège; la suite Ta prouvé. Junot, entré à Lisbonne sans coup férir, le '24 novembre, le jour même où le prince régent en était parti pour se rendre au Brésil, envoya en France une partie de l'armée portugaise, sous le commandement du marquis d'Alorna, le général le plus distingué du pays.
Junot, institué gouverneur du Portugal, y établit, suivant l'ordre de l'Empereur, de fortes conliibutions. La forme suivie blessa le peuple portugais plus encore que lénormité de l'impôt. Le décret
impérial fixait cent millions pour le rachat des terres; comme si un peuple qui avait reçu l'armée française au nom de l'amitié et de l'alliance pouvait se considérer comme en état d'esclavage et avoir perdu ses propriétés et ses biens. Mais des actes de cette nature procuraient à Napoléon des moyens d'entretenir nos immenses armées, et aussi des satisfactions d'amour-propre, auxquelles il était sensible avant tout.
Lorsque les insurrections éclatèrent en Espagne, le Portugal resta tranquille; mais une armée anglaise, plus forte que l'armée française, vint à son secours et débarqua. Junot lui livra bataille à Vimiero; il fut battu, et la convention de Cintra ramena l'armée française en France, où elle fut débarquée.
I; armée anglaise, commandée par sir John Moore, après avoir reconquis Lisbonne, déboucha du Portugal et marcha sur Salamanque. L'Empereur, après avoir battu et détruit l'armée espagnole à Tudela et à Sommo-Sierra, était entré à Madrid. Informé pendant une revue du mouvement de l'armée anglaise, il se mit le soir même en marche pour aller la combattre; mais, à son approche, elle se retira, repassa TEsla, et fit sa retraite sur la Corogne. Ces événements se passèrent dans le courant de janvier i(S09. Pendant cette poursuite de l'armée anglaise, l'Empereur reçut de Paris les renseignements les plus
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positifs sur les préparatifs des Autrichiens et leur prochaine entrée en campagne contre nous. Napoléon se décida à revenir en France immédiatement, afin de tout disposer pour leur résister, et il chargea le maréchal duc de Dalmatie de poursuivre les Anglais à la tête du deuxième corps d'armée, et de les forcer à opérer leur rembarquement.
L'armée anglaise, dont la composition et l'organisation n'ont aucun rapport avec celles de l'armée française, dont les moyens d'administration sont si étendus, que jamais elle n'éprouve la moindre privation, forcée à une marche rapide dans les montagnes pendant Thiver, lorsque rien n'avait pu être préparé pour satisfaire à ses besoins, aurait été détruite si elle eût été poursuivie avec vigueur. On se contenta de la suivre; on n'osa pas l'attaquer sérieusement en avant de la Corogne, où elle avait pris position, et elle échappa comme par miracle à une destruction presque assurée.
L'armée anglaise, embarquée, fut transportée de nouveau à Lisbonne; elle s'y réorganisa et pourvut à la défense du Portugal, que Soult eut ordre d'envahir par le littoral. C'était une marche difficile; arrivé à Oporto, après avoir battu des milices portugaises, il s'arrêta. Enfin, attaqué par les Anglais sur le Duero, et surpris, ayant perdu sa principale et meilleure communication avec l'Espague, il évacua précipitamment le Portugal, n'emmenant avec lui
que les débris de son armée et abandonnant la totalité de son matériel.
Le maréchal Ney, de son côté, à la tête du sixième corps, avait envahi les Asturies; informé de la catastrophe de Soult, il accourut en Galice à son secours pour le recueillir.
Pendant ces événements, la place de Saragosse, assiégée, s'était rendue. Sans vouloir diminuer le mérite de cette défense, elle a cependant été trop vantée. Une immense population fanatique s'y était jetée; abondamment pourvue de tout, elle comptait plus de soixante mille défenseurs, tandis que l'armée assiégeante, sur les deux rives de l'Èbre, ne s'est jamais élevée à trente mille hommes. Cette garnison avait plus d'hommes qu'elle ne pouvait en employer; ainsi les pertes journalières lui importaient peu; et, si on pense aux ressources que donnaient, pour des fortifications improvisées, les vastes couvents d'Espagne, si on réfléchit aux prédications journalières qui soutenaient le fanatisme uni à un patriotisme naturel aux Espagnols, on expliquera facilement cette résistance, dont le terme fut cependant un grand soulagement pour l'armée françiuse.
Les événements dont je viens de faire une revue rapide nous amènent naturellement à l'époque où Wellington marcha sur Talavera. En ce moment, une armée espagnole, commandée par Cuesta, ve-