‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 6 sur 139 · LIVRE XV. — isii · texte numérisé non relu

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liait de la Manche et menaçait Madrid. L'Empereur, en pleine opération en Allemagne, avait, pour imprimer plus d'ensemble aux opérations en Espagne, donné le commandement de trois corps, les deuxième, cinquième et sixième, qui faisaient la principale force de l'armée, au maréchal Soult. On a vu plus haut le récit du mouvement opéré sur le Tage, en passant par le col de Baùos et traversant le Tietar, le danger couru par l'armée anglaise prise à dos, et la facilité qu'avait eue Soult de lui causer un désastre semblable à celui qu'il venait d'éprouver; il pouvait, en passant le Tage, lui enlever tout son matériel, la poursuivre à outrance et la détruire, entrer à Lisbonne et finir la guerre; mais il manqua à sa destinée. La fortune de la France pâlit devant celle de Wellington. Celui-ci échappa comme par miracle au plus imminent péril.

Soult attendait avec une grande anxiété des nouvelles de l'Empereur. Il redoutait tout à la fois et la manière dont il envisagerait son équipée dOporto, et le jugement qu'il porterait sur le misérable parti qu'il avait tiré de si grandes forces mises entre ses mains, et dans des circonstances si favorables. Napoléon garda le silence; la clémence lui parut préférable à la sévérité et à l'éclat. Toutefois il donna à Soult les fonctions de major général de Joseph, ce qui annulait son pouvoir. Mais cet arrangement ne faisait pas le compte de Soult; l'intérêt de son ave-

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nir lui commandait d'occuper les esprits par de nouvelles entreprises. Dans le courant de janvier 1810, il persuada à Joseph d'envahir le mid-i de l'Espagne et de passer la Sierra Morena, conseil funeste, entreprise désastreuse en ce moment! Joseph céda à la pensée de voir accroître ses ressources et de lever des contributions. Quant à Soult, il calculait qu'après avoir pris ce grand pays il serait nécessaire de l'y laisser pour commander. Une considération toute personnelle fit donc entreprendre cette déplorable expédition, comme, dit-on, la fenêtre de Trianon détermina Louvois à faire déclarer la guerre aux Hollandais par Louis XIV.

L'armée française, toute nombreuse qu'elle était, se trouvait à peine suffisante pour combattre l'armée anglaise et conserver en même temps la portion de l'Espagne qu'elle avait d'abord envahie, et dont toute la population était ouvertement hostile. Suchet, successeur de Lannes en Aragon, après la prise de Saragosse, avait à pacifier le pays, à conquérir les places de la Catalogne et du royaume de Valence. Joseph, avec l'armée du Centre, avait battu l'armée espagnole à Ocana ; mais les forces ennemies, dans la Manche, se rétablissaient peu après avoir été dispersées. En occupant le reste de l'Espagne, on étendait l'armée française comme un faible réseau sans force, sur une surface immense, et le moindre choc pouvait le rompre et le détruire.

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