‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 56 sur 139 · LIVRE XV BIS. - 18I1-I8JJ · texte numérisé non relu

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rer, el il demande à être préparé avec le plus grand soin, pour être exécuté avec succès. Il allait se retirer par sa droite, et, par conséquent, c'était sa droite qu'il devait d'abord beaucoup renforcer.

En conséquence il dégarnit sa gauche et accumula ses troupes à sa droite. Ensuite les troupes les plus éloignées et les réserves commencèrent leur mouvement et vinrent successivement prendre position à Tejarès.

L'intention des Anglais. était facile à reconnaître. Je comptais que nos positions respectives amèneraient non une bataille, mais un bon combat d'arrière-garde, dans lequel, agissant avec toutes mes forces à la fin de la journée, contre une partie seulement de l'armée anglaise, je devais probablement avoir l'avantage.

L'ennemi ayant porté à sa droite la plus grande partie de ses forces, je dus renforcer ma gauche, afin de pouvoir agir avec promptitude et vigueur sans nouvelles dispositions, quand le moment serait venu de tomber sur l'arrière-garde anglaise.

Ces dispositions furent ordonnées vers les deux heures.

En avant du plateau occupé par l'artillerie, il existait un autre vaste plateau facile à défendre et qui avait une action immédiate sur les mouvements de l'ennemi.

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La possession de ce plateau me donnait en outre les moyens, dans le cas où j'aurais voulu manœuvrer vers la soirée, de m'emparer des communications de l'ennemi avec Tamamès. Ce poste, d'ailleurs bien occupé, était inexpugnable, et cet espace devait servir naturellement au nouveau placement des troupes, dont la gauche devait être renforcée. En conséquence, je donnai l'ordre à la cinquième division d'aller prendre position à l'extrémité droite du plateau dont le feu se liait parfaitement avec celui de l'Arapilès; à la septième division, de se placer en seconde ligne pour la soutenir; à la seconde division, de se tenir en réserve derrière celle-ci; à la sixième, d'occuper le plateau de la tête du bois, où se trouvaient encore un grand nombre de pièces de canon. Je donnai l'ordre au général Bonnet de faire occuper par le 122^ un mamelon intermédiaire entre le grand plateau et le mamelon d'Ârapilès, qui défendait le débouché du village; enfin, j'ordonnai au général Boyer, commandant les dragons, de laisser un régiment pour éclairer la droite du général Foy, et de porter les trois autres régiments en avant du bois, sur le flanc de la deuxième division. La plupart de ces mouvements s'exécutèrent avec assez d'irrégularité. La cinquième division, après avoir pris le poste indiqué, s'étendit par sa gauche sans motif et sans raison. La septième division, qui avait ordre de la soutenir

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et de se placer en seconde ligne, se plaça à sa hauteur. Enfin la deuxième division se trouvait encore en arrière.

Je m'aperçus de toutes ces fautes, et, pour y remédier aussi vite que possible, je donnai l'ordre aux troisième et quatrième divisions de se rapprocher de ma gauche en suivant h lisière du bois, afin de pouvoir en disposer au besoin.

En ce moment, le général Maucune me fit prévenir que l'ennemi se retirait. Il demandait à l'attaquer. Je voyais mieux que lui ce qui se passait, et je pouvais juger que, le mouvement de l'ennemi étant seulement préparatoire, nous n'étions point encore arrivés au moment d'attaquer avec avantage. Aussi lui fis-je dire de se tenir tranquille. Mais le général Maucune, homme de peu de capacité, quoique très-brave soldat, ne pouvait se contenir quand il était en présence de l'ennemi. C'était le même général, qui, au passage du Duero, cinq jours auparavant, aurait si Tort compromis l'armée par sa désobéissance si l'ennemi eût été en position, comme on pouvait le supposer. La fatalité voulut que, contre la résolution prise de ne jamais le placer en tète de colonne, il se trouva, par hasard, j)ar l'arrangement naturel des troupes, dans cette position. Le général Maucune fit bien plus : il descendit du plateau et alla se rapprocher de l'ennemi, sans ordre. Je m'en aperçus et hii envoyai Tordre

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d'v remonter. Me fiant peu à sa docilité, je me déterminai à m'y rendre moi-même, et, après avoir jeté un dernier coupd'œil, du haut de l'Arapilès, sur l'ensemble des mouvements de l'armée anglaise, je venais de replier ma lunette et me mettais en marche pour joindre mon cheval, quand un seul coup de canon, tiré de l'armée anglaise, de la batterie de deux pièces que l'ennemi avait placée sur l'autre Ara piles, me fracassa le bras et me fit deux larges et profondes blessures aux côtes et aux reins, et me mit ainsi hors de combat. Je prêtais le flanc gauche à l'ennemi, et le boulet creux dont la pièce avait été chargée ayant éclaté, après m'a voir dépassé, le bras droit et le côté droit furent blessés.

Il était environ trois heures du soir.

Cet événement, dans le moment où il n'y avait pas une minute à perdre pour réparer les sottises faites, fut funeste. Le commandement passa d'abord au général Bonnet, qui, peu après, fut blessé, puis au général Clausel; de manière que, pour dire la vérité, cette succession rapide de commandants divers fit qu'il n'y eut plus de commandement. D'un autre côté, le duc de Wellington, voyant de si étranges dispositions, un pareil décousu dans une armée qui, jusque-là, avait été conduite avec méthode et ensemble, revint à ses premières idées de combattre. Il engagea peu après, sur les quatre

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heures, ses troupes contre celles du géiu'Tal Maiicune qui, n'étant pas soutenues, furent hiontôt culbutées.

La cavalerie tomba sur la septième division, étendue hors de mesure, contre toute règle du bon sens, et sur la cavalerie légère qui, aussi, ayant participé à cette aberration, se trouvait en Tair; elle était d'ailleurs commandée par un ofticier général de peu de mérite sur le champ de bataille. En moins d'une heure, tout devint confusion sur le plateau, d'où j'avais espéré que partiraient plus tard des efforts vigoureux et bien coordonnés, destinés à faire éprouver de grandes pertes à 1 ennemi.

Après avoir fait évacuer le plateau, nouvellement occupé, l'ennemi dirigea une attaque furieuse contre l'Arapilès; niais le brave 120* régiment le reçut de la manière la plus brillante, et les Anglais, ayant échoué sur ce point, laissèrent huit cents morts sur la place. Chacun fit de son mieux, et chaque division, chaque régiment, fit des efforts extraordinaires; mais il n'y avait ni ensemble ni direction; la retraite devant se faire sur Âlba, le général Foy fit un mouvement par sa gauche, et, comme sa division n'avait que peu combattu, elle fut chargée de larrière-garde; elle arrêta au commencement du bois, tout net, l'ennemi dans sa poursuite, et la retraite se fit ensuite sans être troublée et sans éprouver de perte.

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