LIVRE XV DIS. — I.sii-I8r
L'ennemi essaya de nous devancer au village de Cantalpino, et dirigea une colonne sur ce village, dans l'espoir d'clre avant nous sur le plateau qui le domine, et vers lequel nous nous portions; mais son attente fut trompée. La cavalerie légère, que j'y envoyai avec la huitième division en tête de colonne, marcha si rapidement, que l'ennemi fut forcé d'y renoncer. Bien mieux : la portion praticable de l'autre plateau se rapprochant beaucoup du nôtre et se trouvant plus bas, quelques pièces de canon placées à propos incommodèrent beaucoup l'ennemi. Une bonne portion de son armée fut obligée de déliler sous ce canon, et le reste dut faire un détour derrière la montagne pour l'éviter. Enfin je mis les dragons sur la piste que suivait l'ennemi. L'énorme quantité de traîneurs qu'il laissait en arrière nous aurait donné le moyen de faire trois mille prisonniers, s'il y eût eu plus de rapport entre la force de ma cavalerie et la sienne, et si surtout la nôtre eût été mieux commandée. Mais la cavalerie anglaise, disposée pour arrêter notre poursuite, occupée à presser la marche des hommes à pied à coup de plat de sabre, à transporter même des fantassins qui ne pouvaient plus marcher, nous en empêcha. Cei^endant il tomba entre nos mains trois ou quatre cents hommes et quelques bagages. Le soir, l'armée campa sur les hauteurs d'Aldea-Rubia, ayant ses postes sur la
2,-i MÉMOIUES DU DUC DE RAGUSE.
Tormès, et rennemi reprit sa position de San-Christoval.
Ce passage delà Guarena, en présence d'un ennemi tout formé et aussi nombreux, comme aussi cette marche de toute une journée de deux armées à portée de canon, ont été approuvés des militaires et présentèrent un coup d'œil dont je n'ai joui que cette seule fois dans toute ma vie.
Le 21, informé que l'ennemi n'occupait pas Alba- Tormès, je jetai un détachement dans le château. Ce même jour, je passai la rivière sur deux colonnes, prenant ma direction sur la lisière des bois et établissant mon camp entre Alba-Tormès et Salamanque. Le 22 au matin, je me portai sur les hauteurs de Calvarossa de Àrriba, pour reconnaître l'ennemi. Une division venait d'arriver en face; d'autres étaient en marche pour s'y rendre. Un combat de tirailleurs s'engagea pour disputer quelques postes d'observation, dont nous restâmes respectivement les maîtres. Tout annonçait dans l'ennemi l'intention d'occuper la position de.Tejarès, située à une lieue en arrière. 11 se trouvait alors à une lieue et demie en avant de Salamanque. Cependant il rassembla successivement beaucoup de forces sur ce point; et, comme son mouvement sur Tejarès pouvait devenir difficile si toute l'armée française était en présence, je crus devoir la réunir et la concentrer devant lui, pour être à même de faire ce que
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les circonstances commanderaient el iiciMicUraieiil. 11 y avait, entre nous et les Anglais, deux mamelons isolés appelés les Arapilès. Je donnai l'ordre au général Bonnet de ûiire occuper celui qui appartenait à la position que nous devions prendre, et ses troupes s'y établirent avec promptitude el dextérité. I/enncmi fit occuper le sien; mais le nôtre le dominait à la dislance de deux cent cinquante toises.
Je le destinai, dans le cas où il y aurait un mouvement général par la gauche, à être le pivot sur lequel je tournerais et qui deviendrait ainsi le point d'appui de droite de toute l'armée. La première division eut ordre d'occuper et de défendre le plateau de Calvarossa de Arriba, précédé et défendu par un ravin large et profond. La troisième en seconde ligne était destinée à la soutenir. Les deuxième, quatrième, cinquième et sixième divisions se trouvaient à la tête dos bois, en masse, derrière la position des Arapilès, pouvant se porter également de tous les côtés, tandis que la septième division occupait, à la gauche du bois, un mamelon extrêmement âpre, d'un difficile accès, et que je fis garnir de vingt pièces de canon.
La cavalerie légère fut chargée d'éclairer la gauche et de se placer en avant de la septième division. Les dragons restèrent en seconde ligne à la droite de l'armée. Telles étaient les disposftions faites à dix heures du matin.
L'ennemi avait ses troupes parallèlement à moi, prolongeant sa droite et se liant à la montagne de Tejarès, qui paraissait toujours être son point de retraite.
A onze heures du matin, j'entendis un roulement de tambour général dans l'armée anglaise; les troupes prirent les armes, et plusieurs corps se mirent rapidement en mouvement pour se rapprocher. Du haut de notre Arapilès, je pus juger qu'une attaque était immédiate. J'en descendis et fus jeter un dernier coup d'oeil sur les troupes pour les encourager; mais le mouvement de Tennemi, commencé, s'arrêta. J'ai su depuis, par le duc de Wellington, qu'effectivement l'attaque allait avoir lieu quand lord Beresford vint à lui et dit qu'il venait de reconnaître avec soin et en détail l'armée française, qu'elle lui paraissait si bien postée, qu'il serait imprudent de l'attaquer.
Wellington l'accompagna sur le plateau en face de ma gauche et vit tout par lui-même. Ses propres observations l'ayant convaincu, il renonça à combattre; mais dès ce moment il fallait tout préparer pour se retirer; car, s'il fût resté dans sa position, j'aurais dès le lendemain menacé ses communications en continuant à marcher par ma gauche. Sa retraite commença vers midi. Quand deux armées sont aussi près l'une de l'autre, un mouvement de reliaile est chose diflicile à.opé-