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En eff^t, si ma morl iHait survenue, comme les chirurgiens avaient été de l'avis de l'amputation, Fabre eût été perdu de réputation comme homme de l'art. Il fallait ses connaissances et le courage dévoué que donne l'amitié pour prendre la responsabilité dont il se chargea. Honneur et reconnaissance mille fois à Ihomme le plus excellent, le plus capable et le plus digne d'estime et d'amitié que j'aie jamais connu!
Je fuslransportéàbrasjusqu'auDuero. A Âranda, on organisa une litière portée par des mulets. Les soldats de mon escorte, deux cents hommes de cavalerie d'élite, me portèrent et m'accompagnèrent. Jamais jeune femme en couche n'a été soignée avec plus de ménagement par sa garde-malade que moi par ces vieux soldats, et j'ai pu voir combien un sentiment vrai et profond peut donner d'instinct et d'adresse aux individus qui en paraissent le moins susceptibles.
A mon arrivée à Burgos, je fus reçu par le général qui y commandait, comme depuis à Vitoria et à Bayonne , avec tous les honneurs dus à ma dignité, spectacle imposant, présenté par l'entrée avec pompe d'un général d'armée, mutilé sur le champ de bataille, porté avec respect devant les troupes, entrant au bruit du canon et accompagné de tout son étal-major. Je lis la plaisanterie de dire que j'avais, pendant ce vo\age>
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assisté plusieurs fois à l'enterrement de Marlborough.
De Burgos, j'écrivis au ministre de la guerre, au prince de Neufchâtel et à l'Empereur, pour leur faire mon rapport. Le capitaine Fabvier le porta à l'Empereur. Il fit une telle diligence, que, parti de Burgos le 5 août, il rejoignit la grande armée le 0 septembre, combattit et fut blessé à la bataille de la Moskowa le 7.
Vers les premiers jours de novembre, j'arrivai à Bayonne, où je restai jusqu'au moment où l'état de mes blessures me permit de me rendre à Paris.
J'éprouvai combien les longues souffrances affaiblissent le morai. On a vu comment j'avais envisagé ma situation personnelle à l'époque où je reçus mes blessures. Quatre-vingt-dix jours s'étaient écoulés, et on essaya de me faire sortir de mon lit. Des accidents survinrent, et il fallut suspendre les essais tentés. J'en fus fort affligé. Le préfet de Salamanque, Casa-Secca, Espagnol, qui m'était fort attaché, et s'était retiré à. Bayonne, avait fait une course à Bordeaux. A son retour, il vint me voir, et je lui racontai ce qui m'était arrivé. Il me répondit : ce Je le savais; on me la dit à mon arrivée, et j'ai tout de suite pensé que c'était comme notre pauvre Gravina. — Comment! lui dis-je, mais il a élé tué à Trafalgar. — Pas du tout, répliqua-t-il; il a eu le bras fracassé d'un coup de canon; on n'a pas voulu
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lui couper le bras, et, au bout de trois mois, il est mort. » C'était , sauf la mort qui n'arriva pas , juste mon histoire. Cette sotte réflexion me fit une vive impression, et je fus pendant quelques jours dans une disposition d'esprit très-fâcheuse.
Certes, ceux qui liront avec attention l'histoire de cette campagne devront reconnaître que la prévoyance ne m'a pas manqué. Je ne m'étais pas fait d'illusions sur les difficultés, les impossibilités résultant nécessairement des arrangements pris. Si on a présent à l'esprit ma lettre au prince de Neufchàtel en date du 25 février, où je demandais mon changement, et où je démontrais l'impossibilité de bien faire avec les moyens qui m'étaient donnés, on conviendra que j'avais deviné précisément comment les choses se passeraient. Cependant, à force de soins, j'avais été au moment d'arriver à un résultat complètement heureux. La fatalité seule avait fait échouer mes efforts. En outre, j'étais personnellement victime, et j'avais reçu de graves blessures. Eh bien, avec tant de motifs de justice, d'indulgence et d'intérêt, je ne reçus pas un mot de consolation ni de l'Empereur ni en son nom.
La première fois que j'entendis parler de lui, ce fut pour répondre à une enquête sur ma conduite. Le duc de Feltre, ministre de la guerre, la confia à un officier de son état-major, Balthazar Darcy, qui s'en acquitta avec égard et respect. Je. dois, au sur-
plus, dire cependant que Napoléon avait ordonné d'attendre, pour me faire cet interrogatoire, que ma santé fût assez bien remise, pour qu'il n'en résultât pas dans mon esprit un effet fâcheux pour mon rétablissement. Les questions étaient au nombre de quatre. Comme elles donnaient l'occasion, dans la réponse, de résumer toute cette campagne et de faire ressortir tout ce qu'elle avait eu de vicieux par suite de la division des commandements et de l'incapacité de Joseph, auquel le pouvoir suprême avait été dévolu, je les reproduirai et les joindrai aux pièces justificatives.
Knfin, le 10 décembre, ma santé me l'ayant permis, je me mis en route pour Paris. Peu après mon arrivée, le trop célèbre vingt-neuvième bulletin de la grande armée fut publié, et, le lendemain, Napoléon arriva lui-même. Je n'entreprendrai pas de peindre la profonde sensation que ce retour inopiné et les désastres annoncés firent sur l'opinion publique. Je vis l'Empereur dès le lendemain de son arrivée. Il me reçut très-bien. Mes blessures étaient encore ouvertes; mon bras sans aucun mouvement et soutenu par une écharpe. Il me demanda comment je me portais, et, quand je lui dis que je soulfrais encore beaucoup, il répondit : « Il faut vous faire couper le bras. » Je lui répliquai que je l'avais payé assez cher par mes souft'rances pour tenir aujourd'hui à le conserver, et cette singulière