‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 67 sur 139 · LIVRE XV BIS. — CORRESPOND.\>^CE · texte numérisé non relu

LIVRE XV BIS. — CORRESPOND.\>^CE

mentsque vous avoz ûiits poiirsoutonir l'expédition sur cette place vous rejoindront. La grande quantité de cavalerie que vous aurez pour battre la plaine vous mettra à même de détruire les bandes, de pacilier le pays, d'en organiser l'administration, de faire payer les contributions, et enfin de former des magasins.

'< Par vos différentes dépêches, il ne paraît plus possible, en effet, de prendre l'offensive contre le Portugal. Badajoz est à peine approvisioimé, et Sala manque n'a pas de magasins. Il faut donc forcément attendre la nouvelle récolte, que les nuages qui obscurcissent en ce moment la politique du Nord soient dissipés. Sa Majesté ne doute pas que vous ne profitiez de ce temps pour organiser et administrer les provinces de votre commandement avec justice et intégrité, ainsi que pour former de gros magasins. Avec la quantité de troupes que vous allez avoir sous vos ordres, vous serez à même de bien assurer vos communications avec le général Bonnet, dans les Asturies. Il faut faire bien administrer cette province, et faire tourner au profit de l'armée toutes les ressources de ce pays, qui, jusqu'à ce jour, ont été employées à des profits particuliers.

c( Vous devez sentir, monsieur le maréchal, l'importance que met lEmpereur à ce que les troupes du généial Dorseniie rentrent. Il n'est même pas

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impossible que l'Empereur soit dans le cas de rappeler sa garde.

«C'est à vous, monsieur le duc, qu'est réservée la conquête du Portugal et Fimmortelle gloire de battre les Anglais. Vous devez donc employer tous les moyens pour vous mettre en mesure d'entreprendre cette campagne lorsque les circonstances permettront de l'ordonner. Vous devez porter le plus grand soin à organiser le matériel de votre armée et avoir des approvisionnements en tout genre de vivres et de munitions.

« Plusieurs opinions ont été émises pour détruire Ciudad-Rodrigo. L'Empereur pense que ce serait commettre une très-grande faute; car l'ennemi, s'appuyant sur cette position, se trouverait intercepter par ses avant-postes la communication de Salamanque à Placencia , ce qui serait un trèsgrand malheur. Les Anglais savent bien que, s'ils serrent ou assiègent Ciudad-Rodrigo, ils s'exposent à avoir bataille, ce qu'ils sont bien loin de vouloir faire; ejilin, s'ils s'y exposaient, il faudrait, monsieur le maréchal, réunir votre armée et marcher droit à eux. Aussitôt que Yalence sera pris, le duc de Dalmatie a l'ordre de renforcer considérablement le cinquième corps, afin d'arrêter et de contenir le général Ilill et les insurgés de l'AIentejo. »

l.lVIli: W Eis. — COURESPONDANCE. m

LE nOI .lOSKPII AU MAUKCIIAL MARMONT.

«Mailii.l, !(.' irj.l.'ceniljie ISIJ.

« Monsieur le niaiéclial, jai reçu vos lettres du 10 et du 11. Plus j'ai réfléchi aux propositions qu'elles contiennent, et plus je m'allermis dans l'opinion qu'il m'est impossible d'y adhérer.

« J'ai des ordres positifs de l'Empereur sur la part de coopération que doit prendre l'armée du Centre aux mouvements généraux ordonnés par Sa Majesté Impériale en faveur de l'arnK'e qui assiège Valence; je ne puis donc pas mécarter de ce qui m'est ordonné pour l'armée du Centre. Je sais que le général en chef de l'armée du Nord, que M. le duc de Dalmatie, ont des ordres directs de l*aris, dont ceux que je pourrais leur donner ne pourront pas les faire écaiter. Comment croire, en effet, que, tandis que l'armée du Midi a l'ordre de l'Empereur de faire un mouvement sur sa gauche, vers le royaume de Murcie, elle puisse se prêter à la demande que je lui ferais de faire un mouvement vers la droite? Comment espérer que dans le Nord on pourra faire le mouvement que vous désij cz vers Salamanque, tandis que vingt-quatre mille hommes de cette armée se portent vers Valence, et qu'on m'assure que le général en chef lui-même s'est port»'' sur un point plus central?

278 RIÉMOIRKS DU DUC DE RACUSE.

(( Je ne pense pas, monsieur le duc, qu'il faille faire, pour rarniéequi assiège Valence, d'autre diversion que celle ordonnée par 1 Empereur. La tâche principale et glorieuse du général en chef de l'armée de Portugal me paraît déterminée jusqu'à ce qu'il prenne 1 offensive, et la rentrée des Anglais dans leurs lignes aujourd'hui ne doit pas plus vous rassurer sur leurs opérations futures que les mouvements qu'ils ont faits en deçà de TAgueda n'ont dû vous intimider il y a quelques jours, et ceux qu'ils pourraient faire encore ne doivent pas, je pense, vous empêcher d'envoyer sur Valence les huit mille hommes désignés par la lettre du prince de Neufchâtel.

« Quoique je vous aie éérit précédemment que h* général Darmagnac paraissait devoir commander ce nouveau mouvement sur Valence, ayant dirigé déjà celui qui vient d avoir lieu, et connaissant le pays, cependant il est possible de tout combiner et de donner au général iMontbrun le commandement des troupes de l'armée de Portugal et de celle du Centre, dirigées sur Valence, en laissant le général Darmagnac gouverneur de la province de Cuenca dans cette province avec deux mille hommes de l'armée du Centre, et le général Treilhard, gouverneur de la province de la xManciie, dans la province de la Manche, commandant les quinze cents hommes de l'armée du Centre et les quinze cents hom-

LlVIiE W liis. — CDHHKSro.XnA.XCE. '.'79

mes de I armée de Portii^;d que vous y avez envoyés.

i< Je n'entre pas dans pins de développements, monsieur le maréchal, persuadé qu'il n'y a pas lieu à discuter dans des choses où la marche est tracée par l'Empereur. C'était il y a deux mois, loisque vous étiez à Madrid, et que je vous proposai de réuiîir aux cinq mille hommes de l'armée du Centre huit mille de l'armée de Portugal, que cela eut été possible; aujourd'hui nous ne pouvons qu'obéir, et nous devons le faire d'autant mieux, qu'il ne me paraît pas raisonnable que l'armée de Portugal puisse prendre aux opérations sur Valence une part plus active que celle qui lui est si sagement ordonnée par les dispositions du prince de Neufchâtel. Vous ne devez pas oublier, monsieur le duc, qu'un mouvement des Anglais surPlacencia par Alcantara ne serait pas improbable s'ils apprenaient que le général en chef et la plus grande partie de l'armée de Portugal, aujourd'hui gardienne du Tage, ont abandonné ses bords pour se porter sur Valence par les montagnes de Cuenca. Cette route, indiquée par l'instruction du prince de Neufchâtel, ne serait point convenable pour un grand mouvement d'armée comme celui que vous projetez, et dans ce cas, ce serait par Albacete et Chinchilla qu'il faudrait se diriger pour couper la retraite à Dlake sur la droite du Xucar. et avoir peut-être une affaire générale

280 3IE.\1UIUES DU DUC DE IIAGUSE.

avec lui s'il se portait à la rencontre de l'armée qui marcherait sur lui; mais un mouvement semblable ne peut point être exécuté ni par le général ni par l'armée qui se trouvent en face de l'armée anglaise. »

EXTUAIT DE DEUX LETTRES DONNANT L'AVIS DES DISPOSITIONS DES ANGLAIS CONTRE ClUDAD-RODRIGO.

« Salamanque, le 1" jnnvier 1812.

c< Monsieur le général, tout ce qui tient à Ciudad- Rodrigo devient si sérieux, que, à tout événement, j'adresse ci-joint à Votre Excellence un duplicata de ma lettre n° ['■2Q.

« A l'appui de ce qu'elle renferme, je vais. vous rendre compte des faits dont je ne puis douter, d'après ce que le préfet vient de me dire.

« Il y a trois semaines environ, les ennemis jetèrent un pont sur l'Agueda, entre Giudad-Rodrigo et San Felices-El-Chico. Ce pont, presque terminé, s'écroula, et ceux qui y travaillaient furent noyés. Je cite ce fait parce qu'il établit de la suite dans les opérations.

«En ce moment, ils en ont construit deux pour le passage de l'artillerie, etc., l'un à San Felices-El- Grande, et l'autre à deux ou trois lieues plus haut. Un équipage de pont, arrivé depuis peu, a servi à l'une de ces constructions. Je mentionne cette circonstance, parce que, dans la position de l'en-

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