LIVRE XV Ms. — COnnESPONDAXCE
graves; elle isolait complètement du reste de l'Espagne les ti'onpes (\u\ s'y irou valent, et le général Bonnet, qui commandait la division qui y a été envoyée, officier capable et distingué, l'avait si bien senti, que, craignant de ne pas pouvoir en sortir avec facilité quand les circonstances le demanderaient, il les évacua de lui-même et prit position à la tète des défdés d'Aguilar delCampo, certain de remplir ainsi le double but de contenir la population et de pouvoir se réunir facilement à l'armée quand le moment serait arrivé. Cette sage disposition le mit à même, en effet, de me rejoindre aussitôt qu'il fut appelé.
Blessé par la dureté de la correspondance qu'on a lue et pressé par des ordres aussi im})érieux, je nie décidai, à mon grand regret, à exécuter aussi promptement que possible le mouvement qui m'é- {;iit prescrit, et on en a vu le récit dans le texte de mes Méinuircs; j'en avais prévu les effets et j'eus la douleur davoir raison; la prise de Badajoz en fut la conséquence, comme celle de Ciudad-Bodrigo avait été celle de mon détachement sur Valence-, et, comme ces deux opérations avaient été faites par des ordres précis de Napoléon, ordres qu'il réitérait sans cesse et qu'il n'y avait plus moyen d'éluder, à lui seul doit en être attribué le malheur.
Cependant je me reproche encore aujourd'hui, après trente-deux ans, an moment où je revois ces
Mémoim, d'avoir obéi. J'aurais dû résister encore et quitter violemment le commandement^ puisque je n'avais pas pu obtenir de m'en démettre (voir ma correspondance), plutôt que d'exécuter un mouvement qui était en opposition avec mes convictions intimes, et d'autant plus, que, plus d'une fois, en réfléchissant à la bizarrerie des ordres que je recevais, au refus de comprendre des rapports auxquels il n'y avait pas de réplique, les confidences du duc Decrès de 1800 sont revenues à ma mémoire et à mon esprit.
Le maréchal duc de Raguse.
LE MAJOR GEiNERAL AU MARECHAL MAliMONT.
« Paris, le 18 février ISl'S
« Monsieur le duc, je viens de mettre à l'instant sous les yeux de l'Empereur vos lettres du "20 janvier, 4 et 6 février. Sa Majesté n'est pas satisfaite de la direction que vous donnez à la guerre : vous avez la supériorité sur l'ennemi, et, au lieu de prendre l'initiative, vous ne cessez de la recevoir. Vous remuez et fatiguez vos troupes : ce n'est pas là l'art de la guerre. Ouand le général Ilill marche sur l'armée du Midi avec quinze mille hommes, c'est ce qui peut vous arriver de plus heureux : cette armée est de force et assez bien organisée pour ne rien craindre