‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 83 sur 139 · I.IVIIK XV liis. - COKHESPONDANCI'. 5'i · texte numérisé non relu

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de l'armée anglaise, aurait-elle quatre ou cinq divisions réunies.

c< Aujourd'hui, l'ennemi suppose que vous allez faire le siège de Ciudad-Rodrigo; il approche le général Hill de sa droite, afin de pouvoir le faire venir à lui à grandes marches et vous livrer bataille réunis si vous voulez reprendre Ciudad-Uodrigo. — C'est donc au duc de Dalmatie a tenir vingt mille hommes pour l'empêcher de faire ce mouvement, et, si Hill passe le Tage, de se porter à sa suite ou dans l'Alentejo. Vous avez le double de la lettre que l'Empereur m'a ordonné d'écrire au duc de Dalmatie le 11 de ce mois, en réponse à la demande qu'il vous avait faite de porter des troupes dans le Midi. C'est vous, monsieur le maréchal, qui deviez lui écrire pour lui demander de porter un gros corps de troupes vers la Guadiana, pour maintenir le général lïill dans le Midi et l'empêcher de se réunir à lord Wellington. La prise de Ciudad-Rodrigo est un échec pour vous, et les Anglais connaissent assez l'honneur français pour comprendre que ce succès peut devenir un affront pour eux, et-qu'au lieu d'améliorer leur position l'occupation deCiudad-liodrigo les met dans l'obligation de défendre cette place. Ils vous rendent maître du choix du champ de bataille, ])uisquevous les forcez à venir au secours de celte place et à combattre dans une position si loin de la mer.

a Le résultat de cet avantage ne peut être retardé

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que jusqu'à la récolte; alors vous serez en mesure de faire le siège de Ciurlad-Hodrigo : l'ennemi marchera ou aura la honte de vous voir reprendre celte place.

« Le mouvement du général Hill sur le Tage a été fait dans la croyance qu'aussitôt que vous auriez su la prise de Ciudad-Rodrigo vous auriez réuni vos troupes pour marcher rapidement sur cette ville, pour l'investir et profiter du premier moment où la brèche n'était pas relevée et qu'il ne pouvait y avoir aucun approvisionnement.

« Cette occasion étant manquèe, il faut tout préparer pour le mois de mai. La véritable route de Lisbonne est par le Nord : l'ennemi, y ayant des magasins considérables et des hôpitaux, ne peut se retirer sur cette capitale que très-lentement. Si, dans l'attaque du prince d'Essling, il s'est retiré rapidement, c'est parce qu'il s'était ])réparé à ce mouvement. Il a donc un grand intérêt à vous empêcher de pénétrer dans le Portugal. La situation du prince d'Essling devant Lisbonne était, ponr l'Angleterre et pour le Portugal, une grande calamité. Je ne puis que vous répéter les ordres de l'Empereur : prenez votre quartier général à Salamanque; travaillez avec activité à fortifier cette ville; faites-y travailler six mille hommes de troupes et six mille paysans; réunissez-y un nouvel équipage de siège, qui servira à armer la ville;

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formez-y des approvisionnements; faites faire tous les jours le coup de fusil avec les Anglais; placez deux fortes avant-gardes qui menacent l'une Ciudad-Rodrigo, l'autre Almeida; menacez les autres directions sur la frontière de Portugal; envoyez des |)artis qui ravagent quelques villages. Enfin employez tout ce qui peut tenir l'ennemi sur le quivive; faites réparer les routes d'Oporto et d'Almeida; tenez votre armée vers Toro, Benavente; la province d'Avila a même de bonnes parties où l'on trouvera des ressources.

c( Dans cette situation, qui est aussi simple que formidable, vous reposez vos troupes, vous formez des magasins, et avec de simples démonstrations bien combinées, qui mettent vos avant-postes à même de tirer journellement des coups de fusil avec l'ennemi, vous aurez barre sur les Anglais, qui ne pourront vous observer. Vous devez tous les jours faire faire des prisonniers par vos avant-gardes, et sur toutes les directions qui menacent l'ennemi. C'est le moyen d'avoir de ses nouvelles, il n'en est pas d'autre efficace.

« L'Empereur me prescrit de donner l'ordre au duc de Dalmatie d'avoir toujours un corps de vingt mille hommes avec vingt bouches à feu, composé de ses moilleures troupes, soit sur Merida pour faire le coup (le fusil, soit avec le corps du général llill et le contenir sur la rive gauche du Tage, soit sur

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Badajoz en se portant sur l'Alentejo et l'obligeant ainsi à se rapprocher d'Elvas.

c( Cette opération est d'autant plus importante, que, si elle n'avait pas lieu, le général Hill pourrait se réunira lord Wellington pour vous attaquer. Il serait insensé de penser que jamais lord Wellington pût rappeler la division Hill, tant que le duc de Dalmatie fera des démonstrations. Lord Wellington ne peut donc vous attaquer qu'avec son corps, et, s'il marchait vers vous, vous réuniriez sept divisions à Salamanque avec toute votre cavalerie et votre artillerie. Cela vous ferait cinquante mille hommes. Je dis entre nous sept divisions, car il ne faut jamais compter sur celle des Asturies. Alors cette division revevrait Tordre de marcher en avant pour menacer la Galice et contenir le corps espagnol qui est de ce côté. Appuyé à Salamanque, ayant autant d'artillerie et de munitions que vous voudrez, votre armée, forte de cinquante mille hommes, est inattaquable. Le général Hill fût-il même réuni à Wellington, elle serait inattaquable, non pas pour trente mille Anglais, qui au fond sont le total de ce que les Anglais ont en Portugal, sans y comprendre les Portugais, mais pour soixante-dix mille Anglais. Un camp choisi, une retraite assurée sur les places, des canons et munitions en quantité, sont un avantage que vous savez trop bien apprécier.

« Cependant, tandis que vous observerez, je sup-

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pose que Hill ait joint l'armée anglaise et que lord ^yelliIlgton soit beaucoup plus fort qu'il ne l'est; dans ce cas, l'armée du nord de l'Espagne, avec sa cavalerie et deux divisions, viendrait à vous; vous vous renforceriez tous les jours, et la victoire serait assurée. Mais, une fois la résolution prise, il faut la tenir; il n'y a plus ni si ni mais. 11 faut choisir votre position sous Salamanque, être vainqueur ou périr avec l'armée française, au champ de bataille que vous aurez choisi. Comme vous êtes le plus fort, et qu'il est important d'avoir l'initiative, évitez de faire des travaux de camp retranché qui n'appartiennent qu'à la défensive et avertiraient l'ennemi. I! suffira de reconnaître les emplacements et de travailler à force à la place. Si on prend un système de fortifications serré, et qu'on n'admette pas trop de dévelo|)pement, en six semaines on peut avoir une bonne place qui mette votre quartier général, vos magasins et vos hôpitaux à l'abri de toute entreprise de l'ennemi, et qui puisse servir de point d'appui à votre corps d'armée pour recevoir bataille, ou de point de départ pour marcher sur Ciudad-Rodrigo et Almeida quand le temps en sera venu.

« Je vous ai dit que vous ne deviez compter que sur sept divisions. La division Bonnet doit retouiner sur-le-champ dans les Asturies. Soit que vous considériez la conservation de toutes les provinces du Nord, soit que vous considériez un mouvement

(le retraite, les Asturies sont nécessaires. Elles assurent la possession des montagnes. Sans elles, ni Salanianque, ni Burgos, ni même Yitoria, ne sont tenables, si après une bataille perdue il fallait évacuer. La division des Asturies ne devrait pas même alors être rappelée à vous. Mais, se repliant avec ordre sur votre droite, elle appuierait votre retraite, et, lorsque vous seriez à Burgos, elle serait à Beynosa pour vous couvrir de ce côté. Sans quoi, favorisé par des débarquements sur tous les points de la côte^ l'ennemi, dès le commencement de votre retraite, vous tirerait des coups de fusil sur Mondragon et Vitoria; d'ailleurs, vous n'avez pas seulement à lutter contre lord Wellington. Vous avez à contenir aussi le corps ennemi qui est en Galice, et, au moment où vous marchez sur l'ennemi, la division touchant les Asturies contiendra la Galice et épargnera la présence d'une division à Astorga.

« Je vous le répète, c'est à l'armée du Midi à avoir un corps de vingt mille hommes de troupes pour tenir en échec une partie de l'armée de Wellington sur la rive du Tage.

c( Ce n'est donc pas à vous, monsieur le duc, à vous disséminer en faveur de l'armée du Midi.

c( Lorsque vous avez été prendre le commandement de votre armée, elle venait d'éprouver un échec par sa retraite du Portugal. Ce pays était ravagé; les hôpitaux et les magasins de l'ennemi

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étaient à Lisbonne; vos troupes étaient fatiguées, dégoûtées, sans artillerie, sans train d'équipage. Dadajoz était attaqué depuis longtemps; une l>ataille dans le Midi n'avait pu faire lever le siège de cette place. Que deviez-vous faire alors? Yous porter sur Almeida pour menacer Lisbonne? — Non; jiMrce que votre armée n'avait point d'jirtillerie, point de train d'équipage, et qu'elle était fatiguée, li'ennemi, dans cette position, n'aurait pas cru à cette menace; il aurait laissé approcher jusqu'à Coïmbre, aurait pris Badajoz, et ensuite serait venu sur vous. Vous avez donc fait, à cette époque, ce quil fallait faire : vous avez marché rapidement au secours de Badajoz. L'ennemi avait barre sur vous, et l'art de la guerre était de vous y concentrer. Le siège en a été levé et l'ennemi est rentré en Portugal. C'est ce qu'il y avait à faire. Depuis, monsieur le maréchal, vous êtes revenu dans le i\ord; lord Wellington s'est reporté sur le véritable point de défense du pays; et, depuis ce temps, vous êtes en présence.

«Si, après avoir rejeté lord Wellington au delà de Ciudad-llodrigo, vous fussiez resté dans la province de Salainanque, ayant vos avant-gardes sur les directions du Portugal, lord Wellington n'aurait pas bougé; mais vous vous êtes porté sans raison sur le Tage. Les Anglais ont cru que vous vous disposiez à entrer dans lAlentejo pour vous réunir

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au duc de Dalmatie et faire le siège d'Elvas. Ils mauœuvrèrent en conséquence et restèrent attentifs lorsque votre mouvement sur Valence leur a fait connaître qu'ils n'avaient rien à craindre.

« Dans ce moment, monsieur le duc, votre position est simple et claire; par conséquent, elle ne demande pas des combinaisons d'esprit. Placez votre armée de manière que sa marche puisse se réunir et se grouper sur Salamanque. Ayez-y votre quartier général ; que vos ordres, vos dispositions, annoncent à l'ennemi que la grosse artillerie arrive h Salamanque, que vous y formez des magasins, que tout y est dans une position offensive. Faites faire continuellement la petite guerre avec les postes ennemis. Dans cet état, vous êtes maître de tous les mouvements des Anglais. Si Wellington se dirige sur Badajoz, laissez-le aller; réunissez aussitôt votre armée et marchez droit sur Almeida, et poussez des pointes sur Coïmbre. Wellington reviendra bien vite sur vous. Mais les Anglais ont trop de savoirfaire pour commettre une pareille faute. Ce n'est pas l'envoi de quatre à cinq mille hommes sur Valence qui a fait faire aux Anglais leur mouvement pour s'emparer de Ciudad-Rodrigo, c'est la marche, si inutile, que vous avez fait faire d'une grande partie de votre artillerie, de votre cavalerie; c'est la dissémination d'une grande partie de votre iirmée.

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H Écrivez au duc de Dalmalie cl sollicitez le roi de lui écrire également pour qu'il exécute les ordres impératifs que je lui donne de porter un corps de vingt mille hommes pour forcer le général Hill à rester sur la rive gauche du ïage. Ne pensez donc plus, monsieur le maréchal, à aller dans le Midi, et marchez droit sur le Portugal si lord Wellington fait la faute de se porter sur la rive gauche du Tage.

« La division Caffarelli doit être arrivée en Navarre. LEmpereur ordonne qu'une division italienne vienne renforcer l'armée du Nord. Mettezvous en correspondance avec le maréchal Sachet à Valence, afin qu'il puisse marcher avec ses forces pour soutenir Madrid, s'il y a lieu. Profitez du moment où vos troupes se réunissent pour bien organiser et mettre de l'ordre dans le Nord. Qu'on travaille jour et nuit à fortifier Salamanque ; qu'on y tasse venir de grosses pièces; qu'on refasse Téquipage de siège, enfin qu'on forme des magasins de subsistances. Vous sentirez, monsieur le maréchal, qu'en suivant ces directions, et qu'en mettant pour les exécuter toute l'activité convenable, vous tien- <lrez l'ennemi en échec. Londres elle-même tremblera delà perspective d'une bataille et de l'invasion du Portugal, si redoutée des Anglais, et enfin, an moment de la récolte, vous vous trouverez tout à fait en état d'investir Ciudad-Uodrigo et de prendre cette place à la barbe des Anglais, ou de leur H-

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vrer bataille, ce qui serait à désirer; car, battus aussi loin de la mer, ils seront perdus et le Portugal perdu. L'artillerie qui arriverait pour armer Salamanque servirait pour Almeida et pour Ciudad- Hodrigo. En recevant la bataille au lieu de la donner, en ne songeant qu'à l'armée du Midi, qui n'a pas besoin de vous, puisqu'elle est forte de quatrevingt mille hommes des meilleures troupes de l'Europe, en ayant de la sollicitude pour des pays qui ne sont pas sous votre commandement et abandonnant les Asturies et les provinces' qui vous regardent, un combat que vous éprouveriez serait une calamité qui se ferait sentir dans toute l'Espagne. Un échec de l'armée du Midi la conduirait sur Madrid ou sur Valence, et ne serait pas de même nature.

<( Je vous le répète, vous êtes le maître de conserver barre sur lord Wellington en plaçant votre quartier général à Salamanque, en occupant en force cette position et en poussant de fortes reconnaissances sur les débouchés. Je ne pourrais que vous redire ce que je vous ai déjà expliqué ci-dessus. Si Badajoz était cerné seulement par deux ou trois divisions anglaises, le duc de Dalmatie la débloquera; mais alors Wellington affaibli vous mettrait à même de vous porter dans le centre du Portugal, ce qui secourrait plus efficacement Badajoz que toute autre opération. Mais, lorsque par les nouvelles dispositions de l'Empereur, qui l'ont

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