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ferme. Je mis les fortifications de Tîle de Lésina en bon état : c'était un point de relâche précieux à <:onserver, et bon à enlever à Tennemi. L'île de Brazza fut armée et occupée : on a vu ce que j'avais fait pour assurer la communication avec Raguse. Le fort Saint-Nicolas de Sebenico, défendant rentrée de cette magnifique rade, fut armé. Je fis mettre en bon état de défense, et réunir des approvisionnements de toute espèce et considérables à Klissa, à Knin et Stagne. Klissa garde le débouché des montagnes, et présente une position inexpugnable à peu de distance de Spalatro, où j'aurais rassemblé l'armée dans le cas d'un débarquement ^considérable, chose possible à prévoir alors et à redouter; car la guerre n'avait pas éclaté encore entre la Porte et les Russes, et le général Sébastiani, ambassadeur à Constantinople, m'avait annoncé à plusieurs reprises qu'un corps de dix mille hommes était embarqué dans les ports de la mer Noire et <illait passer les Dardanelles, et je savais, d'autre part, qu'on l'attendait à Corfou.
Knin était destiné à servir d'appui à l'armée <laus le cas de mouvement de la part des Autrichiens. Enfin, j'avais fait fortifier Opus, sur la Narenta, pour en assurer le passage et faciliter la mar- •che par terre sur Stagne et sur Raguse. La défense <itait donc simplifiée autant que possible, et je m'étais réservé tous les points d'appui utiles. Pour com-
24 MEMOIUIlS du DUC DE RÂGUSt:.
pléter le système, et ne pas risquer de voir tomber entre les mains de Tennemi des villes maritimes qu'il aurait pu ensuite armer et défendre, je fis ouvrir le3 remparts et détruire les fortifications de iSpalati 0 el de Trau : plus tard, je fis servir ces démolitions à rembellissemcnt de ces villes.
Je plnrii mes troupes de la manière suivante : le 81* régiment à Zara, le 18* loger à Sebenico, le 5' à Trau ot Castolli, le il' à Klissa etSpalatro, la garde à Spalatro, et le 8* léger à Macarsca ; enfin, à Signe, ma cavalerie, composée de trois cent cinquante chevaux du 24* chasseurs, montés sur de petits chevaux bosniaques, cavalerie qui me rendit de grands services.
Je pouvais ainsi, en moins de deux journées, rassembler mes troupes, les porter dans toutes les directions, et elles étaient établies convenablement pour leur santé et leur bien-être. Une fois cantonnés et reposés, ces corps reprirent leur instruction, et, en peu do temps, redevinrent, les 18' et H% ce qu'ils avaient été, c'est-à-dire aussi beaux que jamais; ot les autres, se piquant d'honneur, furent bientôt diurnes de leur être comparés. Nous passâmes riiiv(M' dans cette position.
L'empereur Napoléon gardait Braunau comme gage des bouches de Cattaro, et le gouvernement autrichien se trouvait ainsi toujours victime delà mauvaisr foi qn'avaîl montrée son commissaire eu
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remettant les bouches aux Russes. Alin de terminer cette affaire, les deux gouvernements projetèrent une opération combinée do Français et d Autrichiens pour prendre Cattaro; on devait réunir des moyens communs et égaux pour faire le siège de Castelnuovoetde Cattaro. M. le comte deBellegarde m'écrivit, par le major d'Albeck, pour me faire les propositions relatives à cette opération , et m'envoya Tétat de l'équipage de siège qui y serait employé. Je n'eus qu'à accéder à ses propositions, mais les circonstances dispensèrent de l'exécution.
L'Empereur se trouvait jeté dans un grand mouvement; les trrtnes s'écroulaient ou s'élevaient en sa présence, et cette petite affaire en resta là : l'opération, d'ailleurs, était très-difficile, les Russes ayant des forces maritimes telles, qu'on ne pouvait songer à leur disputer la mer.
Les Dalmates nous avaient accueillis avec plaisir et bienveillance: mais ils changèrent bientôt de sentiment. Le mécontentement, déjà fort sensible à cette époque, augmenta et finit plus tard par la révolte.
La population de la Dalmatie s'élevait alors à environ deux cent cinquante mille «^mes. Presque tonte catholique, à peine y comptait-on un dixième de la religion grecque. Cette population se divise en deux parties bien distinctes : la population du littoral et celle de l'intérieur.
Les villes sont peuplées, en presque totalité , d'Italiens, qui sont venus y chercher fortune. Vi- Tant assez misérablement, quoique pleins de vanité et d'orgueil, les uns occupent de petits emplois ou se livrent à quelque petit commerce; d'autres cultivent un petit héritage qui se compose <le vignes et d'oliviers. En général , ces Italiens transplantés sont peu recommandables; la corruption vénitienne avait laissé chez eux de profondes traces, et la vénalité en toutes choses, constamment la même jusqu'à notre arrivée, avait contribué à maintenir et à empirer cet état des mœurs.
Une grande partie des habitants de la côte et des îles se livre à la navigation ; elle fournit à la conduite de cinq ou six cents bâtiments, presque tous employés au cabotage. Ces marins, en général, assez médiocres, sont loin de valoir ceux des bouches de Cattaro. Beaucoup d'entre eux sont aussi propriétaires. Les campagnes qui avoisinent la mer sont les plus belles; le climat et la nature des terres comportent là une culture plus riche que dans l'intérieur. Cette partie de la Dalmatie ressemble beau- •coup à la Provence quand elle était moins riche. L'intérieur est très-misérable, uniquement habité j)ar les descendants des anciens Slaves qui l'ont <onquise. Une culture rare, une grande quantité de mauvais bestiaux chélifs, forment toute leur rii^hesso. Leurs forêts consistent on bois ravagés et
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réduits en broussailles par la volonté même des habitants, dans le but de s'affranchir des corvées que leur exploitation nécessitait pour le service de la marine vénitienne, et onze cent mille chèvres broutent les arbres et les empêchent de grandir.
De chétives cabanes, où toute une famille est réunie et couchée autour du même fover; des rivières dont le cours est obstrué, dont les rives sont malsaines; d'autres qui ont creusé leur lit a pic dans des rochers de vingt à trente pieds de haut: des mines de charbon forl riches qui ne sont pas exploitées, et des plaines de cinq ou six lieues de pierres, sans aucune végétation, surmontées par des montagnes de sept à huit cents toises d'élévation, composées de rochers entassés nus et dépouillés : tel est le spectacle que présente l'intérieur de la Dalmatie. Mais ce pays, si triste et si pauvre, est habité par une population belle, valeureuse et susceptible d'enthousiasme ; ignorante , simple , confiante, capable de dévouement pour ses chefs: mais, comme tous les Barbares, elle ne comprend pas les abstractions; pour la remuer, il faut frapper ses sens et la soumettre à une action matérielle. Cette population, paresseuse comme toutes celles dont la civilisation est reculée, abuse de sa force, et les femmes y sout employées aux travaux les |)lus pénibles, tandis que les hommes se livrent au repos ou à leurs plaisirs. Elle est imprévoyante; elle con-
^:,A MEMOIRES DC Dl'C DE BAGlSt.
somrn^* < » sf^pl ou huit mois ce qui pourrait la faire vivre un an, et, à chaque printemps, HIe ppronre h famine et vit d'herbes et de lait de chèTre. Ceperi'l.'uit la force et la beauté des individus frappen» Ions les éli-angers. Cette beauté et cette force tiennent à diveis^îs causes. Le régime auquel la (copulation est soumise et la misère font périr tous If'S enl'î'nfs faibles et mal constitm.^: il n'y a que les forts et les rof^ustes qui résistent. Chaque gênératioi! subit donc une espèce d'épuration obligée qui donne lieu à la production d'une race haute el vigoureuse. Cette observation s'applique à tous les . peu pb's barbares; elle explique celte taille et cette beauté qui frappent d'admiration tous les Toya- * (/eurs.
Les prêtres séculieii5, occupant les emplois de curés et de vicaires, y étaient d'une grande ignorance et jouissaient de peu de crédit. Il en était fout autrement des moines franciscains, possédant onze (uiuvenls et desservant beaucoup de paroisses. Ces moines faisaient beaucou|) de bien et exerçaient sur les fîsprils une grande puissance.
De ce tableau succinct on doit tirer les conséquences suivantes. Le littoral, privé de navigation, souffrait de notre occupation, tandis que les villes el le pays eu général gagnaient à notre présence. Mais les uiuMirs des montagnards les rendaient susceptibles d'être remués, soit par leurs chefs anciens