LIVRE Xll. — 1809. SS
devançai mes troupes, et je me rendis à Vienne et à rile de Lobau pour voir l'Empereur.
Je le trouvai dans toute sa grandeur militaire. S'il avait ouvert la campagne avec peu de troupes et de faibles moyens, les ressources de son esprit et l'énergie de sa volonté lui avaient créé des forces immenses. L'état de situation de l'armée, réunie pour passer le Danube, et qui, le surlendemain, combattit à Wagram, état de situation que j'ai vu, montrait en présence sous les armes cent quatrevingt-sept mille hommes, dont cent soixante-quatre mille sabres ou baïonnettes, et sept cents pièces de canon.
La leçon que Napoléon avait reçue lui avait profité. Des moyens de passage assurés, à l'abri de toute entreprise et de tout accident, avaient été préparés. Le général Bertrand, commandant le génie de l'armée, avait conduit tous ces travaux avec habileté. Le véritable Danube était passé, et cette vaste île de Lobau rassemblait la plus grande population militaire que l'on eût jamais vue réunie sur un même point; un bras du fleuve très-étroit restait seul à franchir.
L'ennemi avait dû juger nos moyens de passage, le point sur lequel il devait s'effectuer en raison des localités et des travaux préparés, et cependant il n'avait rien fait pour les empêcher, pour les contrarier, ni ButoiflLiiour nous arrêter au moment où
nous déboucherions. Une partie de ses troupes seulement était à portée du Danube; la masse de ses forces^^réunie en arrière, devait occuper une position reconnue, belle et forte : disposée en arc de cercle, elle commandait la campagne et se trouyait couverte par un ruisseau. C'était un combat en champ clos, où Ton se donnait rendez-vous. L'archiduc était apparemment résolu d'avance à livrer la bataille à nombre égal; car, s'il eût voulu l'ajourner, ou bien combattre deux ou trois contre un, il en était le maître.
Si, à une demi-portée de canon du Danube, et particulièrement à Stadt-Enzersdorf, il eût tait éie- ' ver de fortes redoutes en face de notre point de passage, et qu'il les eût fait soutenir par plusieurs lignes de troupes, jamais nous n'aurions pu déboucher. L'affaire se serait réduite à un combat opiniâtre, où probablement nous aurions été vaincus^ puisque, soutenue par les secours de Tart, la masse des forces autrichiennes aurait eu afTaire seulement à une partie des nôtres, l'espace manquant à Tarmée française pour déboucher et se former.
Je vis l'Empereur au moment où il rentrait de l'inspection de ses préparatifs. U était glorieux de cette campagne, et avec raison; car rien ne fut plus admirable que son début et plus étonnant que Té* tendue de ses succès avec la faiblesse de ses moyens. H passait légèrement sur les événements d'Esaling^