LIVRE Xll
el se contentait de rendre hommage à la valeur des troupes, à leur grande impassibilité et au courage héroïque qu'elles avaient montré. Il se complaisait alors dans Tidée de la force de son armée et se montraity avec raison, confiant dans Tavenir. Je Tai tou jours vu extrêmement sensible à l'étalage de sa puissance. Quand ses sens étaient frappés par la vue d'une grande quantité de troupes, il ressentait une impression toujours vive qui influait sur ses résolutions. Un homme de sa supériorité aurait dii être à l'abri d'un semblable eniVlrement; ses sens n*auraient pas dû avoir cet empire sur son esprit; car, avant de les voir, il connaissait à quel nombre se montaient ses soldats. 11 me parut content de la campagne que je venais de terminer et m'en parla brièvement. Je reçus l'ordre d'établir mes troupes sur la rive droite et de couvrir les ponts de l'île de Lobau.
J'éprouvai un bonheur très-grand à venir prendre ma place dans ce grand mouvement; mais aussi que je me trouvai petit! Combien le rôle ^ d'un chef suprême devenu un lieutenant est facile t Tout lui est aisé; il n'a rien ou fort peu de chose à prévoir; il n*a aucune résolution embarrassante à t prendre; il n'est pas forcé de consacrer le temps du repos à des combinaisons, à des réflexions qui sou- -vent fatiguent et agitent mille fois plus que les iifwrdies^^t les combats. Cette responsabilité mo-
raie, la grande charge du commandement, cette décision obligée de chaque jour, avec toutes ses conséquences, bonnes ou mauvaises, voilà la grande difficulté du commandement en chef. La solution exige deux grandes qualités : assez d'intelligence pour bien combiner l'emploi de ses moyens, et un caractère plus fort que l'intelligence , pour tenir fermement à la résolution prise : le caractère doit dominer l'esprit.
J'ai commandé de petites et de grandes années; j'ai commandé aussi des corps de la grande armée, et je n'ai trouvé aucune parité entre ces deux situations. 11 est infiniment plus facile de commander quarante* mille hommes sous l'autorité d'un chef suprême que dix mille hommes seul, en agis* sant pour son propre compte et sous sa propre responsabilité.
Après avoir mis hors ligne le commandement de ces grandes masses qui dépassent cent mille hommes, j'ajouterai que les trop petites années particulièrement présentent de grandes difficultés. Les moyens étant très-restreints, le moindre échec a les plus graves conséquences : c'est alors qu'on est forcé d'agir de manière à ne jamais rien compromettre. Avec trente mille hommes, au contraire^ quand cette force est relative à celle de l'ennemi et au rôle que l'on doit jouer, on est dans une meilleure condition. Il y a facilité dans le commande-