‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 129 sur 247 · LIVRE XII. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — CORRESPONDANCE

LE GÉ.NÉRAL RLSCA A MARMONT. ^^

« Au quartier général de Kbgenfurth.

Ie12juini809.

« Monsieur le duc, le général Chasteler est parvenu à s'échapper, mais sans chanter victoire. Sept cents prisonniers, quinze officiers, dont un major, sont en notre pouvoir. Les environs de cette place ont été couverts de huit cents blessés ou morts. Le général Schmidt, avec trois mille hommes, ne doit son salut qu'à la fuite précipitée qui Ta rendu aux pénates tyroliens. Deux mille paysans se sont dispersés dans les bois, ayant jeté leurs armes, avec quinze cents de leur troupe de ligne. Le général Schmidt ne s'est pas arrêté un instant à Villach, et ne s'est cru en sûreté qu'au fort de Sachsenbourg, où s'est dirigée sa bande ea^ine déroute. Il allait, dit-il, en passant à Villach, prendre des renforts pour redescendre. Voilà, monsieur le duc, le résultat^e la journée du 6, dans laquelle je ne pus disposer que de douze cents hommes pour ne pas exposer la place de Klagenfurth.

« Notre communication, par la route de Leoben, avec le quartier général n'a été interceptée que pendant quarante-huit heures.

« Si j'avais reçu un renfort de trois à quatre mille hommes, la bande du Tjrol aurait été entièrement détruite.

USi MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

« On remarque tous les jours des hommes égarés dans les bois depuis Klagenfurlh jusqu'à Villach.

a J'ai reçu la demande de Votre Excellence de deux cents chevaux de selle. J'en ai fait part à la régence, qui m'a répondu que, si l'on trouvait dans la province des chevaux propres à l'arme de la cavalerie, eiie était portée à satisfaire aux désirs de Votre Excellence. Cette réponse ne m'a pas surpris, n'ayant pu moi-mémo en trouver une quinzaine pour l'escadron de chasscure royaux qui ont été démontés.

(( A l'égard des fourgons, il y en a eu huit disponibles sur les quatre-vingt-seize que Son Altesse Impériale le prince Eugène, général en chef de rarniée d'Italie, a requis à la province de la Carinrhie. Le défaut d'ouvriers fait que, de longtemps, 4'ette fourniture ne sera remplie, malgré mes sollî- <-ilations continuelles. Je m'empresserai de satisfaire aux désirs de Votre Excellence à l'égard de <*es derniers, lui faisant expédier les premiers terminés. Je la prie néanmoins de m'en faire donner l'ordre par le chef de l'élat-major de l'année d'Italie. • .*

'< J'ai envoyé à Villach M. le général Bertoletti, qui a ouvert la communication par Tanris, Caporetto et Ponteba. Malgré cela, je compte faire pas^ ser les prisonniers par Laybach, parce qu'ils con-

MVRE XII. — COnRESPONDAiNCE. 285

naissent trop les environs de Villach et de Tarvis, et pourraient s'échapper. Ce général me mande que Schmidt, rentré par Sachsenbourg dans le Poslerthal, se réorganise, et que, renforcé par les troupes du chef de brigands Saint-Vert, et par un autre général nommé Pul, qui a douze cents honimes avec lui, il tentera de s'ouvrir un passage.

« Voilà, monsieur le duc, les renseignements qui sont à ma connaissance.

« P. S. Je prie Votre Excellence d'excuser si je me sers de ce papier, n'en trouvant pas d'autres. Je suis forcé, par le départ du petit bataillon qui escorte les prisonniers jusqu'à Laybach, de tenir deux portes de la place fermées. Je supplie Votre Excellence de les faire escorter de Laybach à Udîne par les troupes de son armée, et donner les ordres que ce bataillon me rentre.'

« Je compte à cet égard sur ses bontés. »

LE MAJOR r.ÉNÉHAL A MAUMONT.

* Schœhbruiin, le 13 juin 1809, dix heures du soir.

« L'Empereur, monsieur le général Marmftnt. reçoit la lettre que vous avez écrite au vice-roi en date du 1*' juin, ce qui est vraisemblablement une erreur, car elle devrait être du H. Les dates sont de la dernière importance. Sa Majesté ewère (pré

« Aussitôt que j'ai su que le général Broussier s'était retiré de Gràtz, je lui ai écrit pour l'engager à y rentrer, à y laisser les troupes qui étaient nécessaires pour bloquer la citadelle, et à s'approcher de l'ennemi. Je l'ai prévenu que je comptais l'attaquer le 26 a Witdon, supposant que ses principales forces se trouvaient là. Le général Broussier, supposant que l'ennemi n'avait personne dans Gràtz, se contenta d'envoyer deux bataillons du S4* régiment pour bloquer la citadelle et tenir les portes de la ville, et il marcha avec le reste de sa division sur Wildon, dans le voisinage duquel il me trouva avec la division Clausel. — Il me dit qu'il avait entendu une très-vive fusillade pendant la nuit, qui lui faisait penser que le 84* régiment était engagé d'une manière sérieuse, et il ajouta qu'il avait vu de nombreux bivacs sur la gauche de la Muhr.

« Je supposai alors que l'ennemi avait formé le projet de s'emparer de nos ponts, chose qui aurait été extrêmement fôcheuse pour nous, puisqu'elle nous aurait empêchés de passer la rivière et de communiquer avec Vienne. J'envoyai en conséquence le général Broussier en toute hâte pour garder le pont de Wieselburg et soutenir le 84*. — Apprenant plus tard que la chose était très-sérieuse et que le 84* régiment, qui avait rencontré de très-grandes forces ennemies à (îràtz, était bloqué dans une partie du

Page 1