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rentrer dans Tordre, et je punis par le bannissement les employés qui nous avaient abandonnés. Je réclamai les autres qu'on refusait de me rendre, et, afin d'assurer leur retour, j'écrivis au maréchal Macdonald, encore à Grâtz, pour lui demander de faire. prendre des otages dans celte ville. Cette menace les fit rendre à la liberté. Tout ce qui n'avait pas été envahi était resté tranquille, preuve du bon esprit de la province. Parmi les individus dont la fidélijjijppela sur eux la colère des Autrichiens, se trouvaient des moines de Sjii.Qt-JErâllÇois, les mêmes qui, dans d'autres temps, avaient été les promoteurs de la révolte. J'avais donc bien fait de chercher à m'emparer de leur affection, et de mettre à profit leur influence.
Un des premiers actes de mon administration fut de déterminer les divisions territoriales et administratives. Je cherchai la règle à suivre, persuadé qu'en toute chose il y, a un principe générateur qui •domine la matière. Quand on l'a trouvé, tout est (facile ; quand on ne le connaît pas, on marche au hasard, et rien n'est coordonné. Ce devoir à remplir m'inspira les réflexions suivantes :
Les divisions administratives doivent varier suivant les localités. A l'exception des très grandes Tilles, où Taccumulation de la population multiplié à l'infini les affaires, ce n'est pas le nombre des administrés qui doit servir de règle, mais l'étendue
du pays qu'ils habitent. Un administrateur doit pouvoir recevoir, en cas d'urgence, dans les vingt-qua* tre heures, des nouvelles de ce qui se passe dans le pays qui lui est confié. Suivant la nature du pays, les arrondissements doivent donc être plus ou moins étendus : dans un pays de montagnes, plus petits que dans un pays de plaines; et, dans un pays traversé par de grandes routes, plus grands que dans un pays qui en est privé. Après ce principe, il en est un autre aussi évident. Dans beaucoup de pays, on a borné les cercles et les provinces par les rivières : rien n'est plus absurde. Les rivières, bornes naturelles des États, ne doivent pas être employées aux divisions de l'intérieur. Elles servent de limites aux États : l"" parce qu'elles sont des barrières; T parce ({ue chaque État veut profiter des avantages qu'elles apportent par la navigation; 3* parce qrc c'est un tracé permanent qui n'est pas sujet à contestation. Mais, si, dans un cas, elles servent à diviser, dans l'autre elles doivent réunir. Les intérêts des habitants des deux rives d'un fleuve sont toujours les mêmes; leurs rapports sont multipliés et constants, leurs affaires de tous les moments. U est donc contraire à la raison de faire ressortir de doux administrations différentes les habitants des deux rives, et les divisions d'administration doivent être circonscrites par bassins, et non se terminer aux bords des rivières.
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Ces réflexions m'ont porté à examiner la division (le la France en départements, souvent admirée, on ne sait pourquoi : elle a été faite par caprice, sans système, sans principe; on a peine à concevoir jusqu'à quel point on ignorait la règle à suivre. Lyon, par exemple, était frontière de trois départements, et son faubourg de la rive gauche du Rhône n'appartenait pas anciennement au même département que la ville.
Je fis donc ma division territoriale d'après ces principes, en conservant toutefois, autant que possible, les divisions déjà existantes; car rien ne contrarie autant les populations que de changer leurs habitudes sans nécessité.
J'eus à m'occuper promptcment des régiments frontières. Grand admirateur de cette organisation remarquable, tout à la fois utile à un peuple barbare par la direction qu'elle lui donne dans le développement de ses facultés, économique pour la défense de la frontière, satisfaisante pour la police et le maintien du bon ordre, et bonne pour le gouvernement qui entretient une véritable etexcellente armée, toujours au complet, toujours prèle à marcher, et presque sans frais en temps de paix, j'en avais parlé souvent à l'Empereur et lui en avais fait goûter les avantages. Cependant les faiseurs de Paris, accoutumés à porter des jugements absolus, sans prendre la peine de rien étudier, et couvain-
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eus que le développement de rintelligence humaine dale seulement de leur époque, ne veulent pas comprendre que la législation et les institutions, chei lous les peuples, doivent varier de mille manières : bizarres aujourd'hui, elles ont été, dans le temps de leur création, l'expression des besoins publics. I^s faiseurs dont je parle prennent pour terme unique de comparaison la France, qu'ils connaissent seule et souvent fort mal. Ils trouvaient monstrueuse la réunion des pouvoirs entre les mains des mêmes individus : ils criaient au scandale, à la violation des principes; ils demandaient la suppression de celte organisation, qui seule donnait du prix à ce pajs nouvellement cédé.
Leurs clameurs arrivèrent jusqu'à moi, et je vis toute rétendue du péril. Si elles eussent été écoutées parTfapoléon, c'en était fait de la Croatie, l'anarchie y régnait; une partie de la population pissait en Autriche, et les troupes françaises eussat été écrasées de service pour satisfaire aux nécessités de la frontière. Je rédigeai un mémoire où je fis de mon mieux le tableau de l'organisation firontière, des changements qu'elle avait subis, et de la perfection à laquelle elle était arrivée. Les mêmes mains réunissaient tous les pouvoirs; mais il y avait un contre-poids, et des précautions étaient prises pour empêcher l'abus. Je fis voir les avantages immenses qu'en tiraient le^ services publics, en mé*
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nageant une population pauvre, à laquelle on peut demander des travaux, des services militaires, et les produits de sa chétive industrie, mais non de Targent qu'elle n'a pas. Enfin, je fis remarquer l'harmonie de ses lois tout à la fois dans l'intérêt du souverain et des sujets. Ce mémoire, rédigé en deux jours, et envoyé à l'Empereur par estafette, fut lu aussitôt, et une réponse immédiate m'annonça 4)u'aucun changeiAent ne serait apporté à l'organisation des régiments croates que si je le jugeais nécessaire. Je devais les réorganiser, et j'étais autorisé à nommer à tous les emplois vacants, soit en prenant les sujets dans les troupes, soit en les choisissant dans l'armée française. Cette importante besogne fut promptement terminée.
Je nommai colonel du premier régiment (licca) le lieutenant-colonel SUvarich, venu du^ service d'Autriche : il me parut le plus digne. Les cinq iiutres régiments furent donnés à des officiers de l'armée française, dont je faisais un cas parlicu- \ lier.Vïe mis à peu près autant d'ofBciers français <|ue d'officiers croates, et, de ce moment, les uns ^l les autres, suivant leurs mérites, furent traites ^ également.^L'union s'établit parmi eux; un grand ^mour du service, une émulation louable, s'empara de leurs esprits, et les officiers croates, afin •de se montrer dignes de l'armée dont ils faisaient partie maintenant, déployèrent une activité qu'ils
n'avaient jamais connue. Les soldats, fiers de leur nouvelle destinée et des soins dont ils étaient l'objet, regardés dans l'armée autrichienne comme inférieurs aux autres, purent être comparés aux meilleures troupes connues.
J'avais souvent annoncé ce résultat à l'Empereur sans le persuader : en quittant les provinces, je lui prédis qu'à la première guerre il en tirerait un grand parti. À son retour de Russie, il reconnut U vérité de mon assertion : il n'avait jamais eu, me dil-il, de soldats plus braves et meilleurs sous tous les rapports. Cette organisation, véritable chefd'œuvre, mérite d'être connue; ceux qui en seront curieux pourront en lire les détails dans la relation d'un voyage que j'ai publiée en 1837.
Des magasins de subsistances, habituellemenl formés en Croatie, préparent les secours nécessaires dans les années de disette, et donnent le moNen au gouvernement autrichien de faire des avances de cette nature aux Croates. L'année précédente avait été mauvaise; l'invasion des Turcs, au commencement de la campagne, sur une lisière très-fertile, invasion accompagnée d*un incendie général, avait causé de grandes pertes et diminué les moyens de subsistance. Il fallait pourvoir tout à fait h la nourriture de cette population dépossédée (le ses terres et de ses ma isons, et s'élevant à vingtoinq mille individus. La chose, peu facile en elle-
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même, devint embarrassante surtout par la difli culte d'en faire comprendre la nécessité à une espèce de fou que l'on m'avait donné pour intendant général, un conseiller d'État nommé d'Âuchy. Cet homme, capable autrefois, mais alors abruti par la débauche et tombé fort bas, était d'une fiscalité incroyable : des peuples placés dans des circonstances
particulières et devant plutôt recevoir que donner blessaient sa raison. Je parvins cependant à pourvoir aux besoins de cette population. Mais une autre question s'élevait, et celle-ci était assez délicate. Les Turcs voisins de la frontière avaient envahi le territoire croate, et un peu à mon instigation. Le consul de France à Traunik, David, les y avait poussés : cette diversion alors était dans notre intérêt. Aujourd'hui mon rôle avait changé : gouverneur de rillyrie, j'étais chargé des intérêts des Croates; mon devoir me commandait de les protéger, de leur faire rendre justice, et l'acte dont ils avaientété victimes était en lui-même très-irrégnlier. Je n'hésitai pas; j'écrivis au pacha, au chargé d'affaires de France à Constantinople, au consul de France en Bosnie, pour réclamer la restitution des terres envahies, ainsi que la remise du fort de Czettin, enlevé par surprise. Le pacha promit de donner l'ordre; mais son ordre ne fut pas exécuté, comme il arrive toujours dans cette province quand le vizir connnande une chose qui déplaît aux habi-
tants. Le consul de France répugnait à faire des démarches trop vives en opposition avec le langage qu'il avait tenu quelques mois auparavant. Des (Vdres de Gonstantinople furent envoyés, mais ils lurent reçus comme ceux du pacha.
Je réitérai mes plaintes et mes demandes auprès du vizir. Ce n'était plus mon ami Khosrew-Pada; qui eût fait, probablement sans fruit, au moins toutes les démarches possibles pour me satisfaire. Son suecesseur me déclara son impuissance; il avait, quant à lui, disait-il, rempli son devoir complètement; je devais maintenant m'adresserdirectemeat aux capitaines de la frontière.
L'empire ottoman, en Europe, ressemble beaucoup à rétat où était la France à la fin de la seconde race et au commencement de la troisième; tout est anarchie, et la province de Bosnie est celle où Ton retrouve davantage l'exemple de la féodalité du moyen âge. Deux espèces âc pachas existent en Turquie : premièrement, ceux qui se sont élevés eux-mêmes à ce pouvoir par le brigandage, la révolte et des usurpations successives, d'abord d'au petit territoire, ensuite d'un plus grand, puis d'un plus étendu, et qui ayant obtenu à Goostantinopky par la corruption, des titres de possession légitime, ' ont fait disparaître ainsi le scandale de leur rébel* lion. Ces pachas-là sont puissants chez eux, et n'obéissent guère au Grand Seigneur* qui ne leur