‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 184 sur 247 · LIVRE Xm. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE Xm. — CORRESPONDANCE

des recettes et des dépenses, et elle aura été à même de juger combien ces provinces sont loin, au moins pour cette année, d'être en état de fournir aux besoins des troupes qui ont été désignées pour les oo- .cuper. Quoique je sois autorisé à croire qu'en ce moment Sa Majesté est parfaitement au fait de la véritable situation des choses, je vous demandé de mettre sous ses yeux le résumé suivant.

« Le décret du 25 décembre 1809 détermine que les impositions dans les provinces illyriennes seront, dans l'an 1810, les mêmes qu'avant l'entrée des Français.

a Le tableau général des recettes et des dépenses présente, comme résultat disponible, cinq millions de francs environ, en comprenant comme recette lin million d'économies qui doit résulter des suppressions à faire en Dalmatie et de celles qui seront la conséquence de la mise en activité de l'organisation projetée; et cependant lés dépenses doubles, occasionnées par rétablissement des intendants, sans la suppression des capitaines de cercles, et les réformes à faire en Dalmatie, ne pourront cesser d'avoir lieu que lorsque Sa Majesté aura fait connaître sa volonté, ordonné les suppressions, et prescrit l'organisation qu'elle veut donner aux provinces illyriennes.

<f Quelle que soit la promptitude avec laquelle arrivent les ordres, et quelque diligence que nous

5il> M ÉMOI II ES DU DUC DB RAGU8B.

incitions à les exécuter, il est probable que, pour l'année 1810, les économies, évaluées à un million, n'arriveront pas à plus de six cent mille francs; de manière que Ton peut regarder comme certain que, malgré les bases établies, les produits nets n'iront pas cette année à cinq millions, et les provinces illyriennes ont besoin, pour leur administration, pour l'entretien de vingt-quatre bataillons, ainsi que l'a fixé Sa Majesté, de Tétat-major de l'armée et des places; enfin la s^lde des ofiiciers, sous-officiers et soldats des régiments frontières, de dix-buil à dix-neuf millions. Ainsi le déficit est certainemeni cette année, et d'après les bases ci-dessus, de treiie à quatorze millions.

a Plusieurs cii^cons tances rendent encore douteuse la rentrée de la totalité des revenus. Les consommations extraordinaires qui ont eu lieu dans le pays, les réquisitions qui ont été faites pendant six mois, l'entrelieiî presque a discrétion d'une bonne partie de l'armée d'Italie en Garinthie et i (rorizia pendant près de trois mois; enfin la chute du papier qui bouleverse les fortunes, et les suppressions prochaines d'une grande partie des droits féodaux dont le principe est consacré dans le dé- 1 rot de l'Empereur; tous ces motifs doivent laire craindre que les impôts ne soient payés que d'une manière incomplète; mais au moins ils autorisent à éloigner Tidée d'ime augmentation dans les im-

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pôls pour cette année, idée qu'au surplus Sa Majesté a rejetée d'elle-même.

c< A ces causes de la faiblesse des revenus, il faut ajouter que les révoltes qui ont eu lieu en Dalmatie ont réduit à rien les revenus pendant Tannée 1809, tandis que l'organisa tion est restée la même, et qu'il est dû huit à dix mois d'appointements à tous les employés de la justice et de l'administration; — que l'état de blocus a fait émettre à Zara, tant pour les travaux de la place que pour le payement des troupes italiennes et de la flotte, une somme de trois cent mille francs en billets de siège, dont l'état a été envoyé au ministre des finances, et dont le royaume d'Italie n'a pas encore opéré le remboursement; — que la circulation de ces billets, qui éprouvent une perle assez considérable, embarrasse et gêne l'administration à Zara; — enfin que la cession au royaume d'Italie des salines du pays, faisant disparaître le peu d'industrie commerciale de ta Dalmatie par la destruction des moyens d'échanges avec les Turcs, diminuera le produit des douanes, et enlève encore au trésor public un revenu de sept cent mille francs, tandis que les salines de l'istrie portent à l'Italie un revenu net de cinq millions, en laissant seulement à Tlllyrie les charges de l'administration de ces deux provinces.

a En conséquence de toutes ces causes réunies, on doit conclure que les revenus nets des provinces

TiHi MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

illyriennes ne s'élèveront pas et ne peuvent s'élever^ pour-celte année, à cinq millions.

« Ces revenus, rapprochés du chiffre des dépenses que j'ai eu l'honneur d'ex])oser à Votre ExcAlence, tant pour l'administration du pays que pour l'entretien des troupes, telle que leur force a été déterminée par Sa Majesté, et la solde des officiers et sous-officiers des régiments frontières, etc., etc., s'élevant à une somme de dix-huit u dix-neuf millions, présenteront un déficit de treize à quatone millions.

« Mais, si l'on doit conclure un déficit aussi considérable pour l'année 1810, il est facile d'envisager une amélioration certaine et très-forte dans h recette de Tannée suivante.

c( Un cinquième des domaines de la Camiole appartient à TËmpereur. L'administration de ces biens a été jusqu'ici très-vicieuse, les régisseurs en (consommaient presque tous les revenus. L'opinioa du pays à leur égard n'est pas équivoque et les ao- €use de la plus grande infidélité. Lorsque les do* maines seront affermés, les produits tripleront infailliblement. Le désir d'améliorer l'administratimi m'avait fait former le projet de hâter le momenl où ce régime sera établi; mais plusieurs raiMis s'opposent à un changement'immédiat.

a L'Empereur est dans l'intention de supprioer plnsionrs droits féodaux; ainsi les domaines, doBt

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LiriE XIII. — coiic$ro!inA.xcE. :^^

tes rerenus se ocNnpasenI en partie de ces droits, ont une Ttleor TariaMe, et personne ne peut souscrire des engagements a la Teille de ehangenienis dont il ne oonnait pas llmportance. — D*un autre côté, rextréroe rareté de Targent, ou plutôt sa disparition absolue, rendant le moment actuel peu avantageux pour établir des fermages, il Hiut ajourner à plusieurs mois les changements qifune lionne administration rend cependant néct^ssaires.

« l/exploitation des mines n'est cerlainemenl pas portée au point où elle peut être, et, après dos recherches, des observations et des changement s utiles, on peut raisonnablement espérer nne augmentation de produits et par conséquent de revenus.

a Les bois sont administrés sans ordre,' mais il faut du temps pour établir un système régulier.

<« L'an prochain, les plaies de la guerre étant en partie cicatrisées, il sera naturel d'établir des impôts sur le sel, sur d'autres objets de consommation, et l'impôt sur le sel peut produire plusieurs millions.

a Enfin, si on ajoute les résultats de l'économie 4|u'il est probable que l'on pourra apporter avec le temps dans la perception de plusieurs impôts, on est autorisé à espérer une augmentation de revenus i^onsidérable, et je ne pense pas les évaluer alors rop haut en les portant a douze ou quatorze mil-

lions. — Dans ce cas, il ne resterait plus qu*un déficit de quatre à cinq millions.

« Il résulte de ce qui précède que la cause de la pauvreté des finances des provinces illyriennes ert immédiate et qu'elle nous frappe aujourd'hui; tandis que celle de sa prospérité est nécessairement ajournée après l'exécution des dispositions cpi doivent la faire naître, et que le temps est indispensable pour en obtenir reflTet, et le résultat satisfaisant ne pouvant pas, vu Timportance des changements, devoir être attendu avant une année.

c( Tels sont, monsieur le duc, les principaux tnib du tableau que j'avais à vous soumettre. Je vous le présenterai avec plus de détail, lorsque j'aurai reca les renseignements que j'ai demandés, jusqu'ici infructueusement, à M. l'intendant général, et je ne doute pas qu'ils ne confirment en tout point eei aperçus généraux.

(c D'après l'exposé de notre situation, Votre br cellence peut juger de la gène que nous éprouvom aujourdhui. Les troupes ne sont pas payées depn le 1*' novembre. Les officiers, comme les soUabi sont dans le plus extrême besoin et soufirent heancoup. Trois mille francs, que nous avona dooaéi avec beaucoup d'efforts à chaque bataillon, serreil à peine à assurer la subsistance du moment. Sa Hi- Jesté jugera sans doute que des secours considérables nous sont nécessaires cette année; maisy

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comme ses intérêts et sa volonté sont la règle de toutes mes actions, elle aura lieu de reconnaître, j'espère, que je ne néglige aucune occasion de les rendre moins nécessaires chaque jour. Si l'intendant général veut y concourir avec zèle et plus d'activité, j'espère que nous approcherons au moins du terme indiqué par l'Empereur. Mais il faut le temps indispensable à tout changement, et particulièrement dans les circonstances difficiles où nous sommes.

a Je n'ajouterai plus qu'un mot^ c'est que, les caisses des régiments frontières ayant été emportées par les colonels au moment de la remise du pays, ce ne sera qu'après la récolte que les régiments toucheront la plus grande partie des revenus qui forment leur dotation ; que, jusqu'à celte époque, il faut que la solde mensuelle soit faite aux ofBciers, sous-officiers, prêtres,employés, etc., etc., par la caisse générale des provinces illyriennes, et qu'il serait extrêmement fâcheux que, dans les premiers mois qu'ils servent Sa Majesté, et au moment où doit se former l'opinion de leur bien-être à venir, ils éprouvassent du retard dans leur payement. Leur sort dans les six premiers mois influera beaucoup sur la conduite de toute leur vie. »

598 MflMOlRES Di: DUC DE RAGUSE.

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