LIVRE X
avec r effectif des troupes. Je n'entrerai pas dans le détail de ce que je fis alors, ce récit serait de peu d'intérê^mais je dirai cependant un mot sur les hôpitair^pour raconter des faits dont la connaissance peut être utile et qui s'appliquent à des circonstances qui peuvent se représenter.
A l'armée, les grands accidents sanitaires, si je puis m'exprimer ainsi, sont presque toujours le résultat de la disproportion des moyens de traitement avec le nombre des malades. Les malades mal soignés ne guérissent pas; leur nombre augmentant toujours, il y a encombrement, et il en résulte des maladies épidémiques : alors se manifestent les accidents, chaque jour plus effrayants, qui détruisent une armée entière.
La première condition est donc de proportionner le nombre des lits des hôpitaux au nombre présumé des malades, et de placer les établissements à portée des troupes, pour dispenser des évacuations, dont les résultats sont toujours funestes, et qu'il ne faut autoriser que quand la guerre les rend nécessaires : lesadininistrations militaires sont toujours prêtes à les provoquer, mais le général doit les refuser, quand les mouvements de l'ennemi et ceux de l'armée ne les rendent pas indispensables.
Les motifs véritables de ces évacuations intempestives sont d'abord de se débarrasser et de mettre à la charge des autres la besogne qu'on devrait gar-
der pour soi; ensuite, d'avoir un moins grand nombre d'élablissoments, afin de diminuer le prix de la journée d'hôpital : charlatanisme cqmnun à toutes les administrations pour plaire aufflmistre; oomme si les évacua tions^ indépendamment des intérêts de l'humanité, n'étaient pas un supplément de dépense bien supérieur à l'économie ap-^ parente.
D'après ces habitudes coupables, on n'avait établi qu'un seul hôpital à Zara. Cet hôpital ayant été bientôt plein, les malades reçurent des soins imparfaits et ne sortirent pas de l'hôpital : l'encombrement arriva bientôt. Une longue maladie entraîne toujours une longue convalescence : ainsi les soldats guéris étaient faibles en sortant de l'hôpital; une longue route dans un pays aussi difficile,, sous un climat brûlant, les exténuait, et, arrivés à leur corps, ils retombaient malades, étaient de nouveau envoyés à Zara, où ils mouraient.
Je changeai tout ce système : les maladies légères étant généralement guéries par des secours^ prompts, je fis établir de petits hôpitaux à une distance des corps telle, qu'en un jour les malades pouvaient y arriver : cette disposition prévint toul^ encombrement. Avec un peu d'industrie, toutes 1rs localités fournissent des ressources pour quarante ou cinquante hommes malades. Les maladies légères, n'étant pas aggravées par un premier défaut
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de soins et une longue roule^ étaient promptement guéries; les soldats sortant de Thôpital faisaient placent d'autres malades qui venaient y recevoir les mêmes soins; les soldats guéris, rejoignant immédiatement leurs régiments, n'étaient pas exténués par une longue route de retour, et, leur guérison étant définitive, la mortalité disparaissait.
Au moyen de ce système, Tannée suivante, l'armée, qui avait reçu de jeunes soldats et dont l'effectif s'était élevé de plus de cinq mille hommes, n'eut jamais à la fois, à l'époque des plus fortes chaleurs, plus de cinq cents hommes aux hôpitaux; el cependant le relevé du mouvement général a constaté que les hôpitaux avaient reçu plus de dix mille individus. Cette multiplication d'hôpitaux avait élevé le prix de la journée d'hôpital; mais devant cette économie précieuse et réelle, Téconomic de maladies et de malades, devait-on compter une légère augmentation de dépense? •
Malgré la paix a vec les Russes, signée parM.d'Oubril, le 20 juillet, on ne prenait aucune disposition pour nous faire la remise de Cattaro. L'amiral Siniavin avait répondu à mes communications d'une manière vague et incertaine; il devait, au surplus, attendre les ordres de sa cour pour exécuter un traité qui n'était pas encore ratifié. Cependant le 1|^ bruit de la continuation de la guerre se répandit; l'amiral russe recevait, chaque jour, des renforts;
♦; MÉMOIIU:S DU DUC DE RACUSK.
des troupes de terre arrivaient de Corfou, sous Jes ordres du général Padapopoli, Ces dispositions ne paraissaient guère pacifiques. En supposant la paix, on soupçonnait les intentions de Tamiral Siniavin; on lui croyait des passions contre nous; on redoutait qu'il ne livrât Cattaro aux Anglais, comme les Autrichiens le lui avaient livré à lui-même : d'un moment à l'autre les Anglais pouvaient arriver et entrer dans les forts; tout était incertitude et obscurité.
Dans cet état de choses, je me hâtai de faire travailler aux fortifications de Raguse, et on construisit, avec la plus grande activité, un fort au sommet de San Sergio, et une autre dans une première position. Je fis réunir de grands approvisionnements, afin d'être libre dans mes mouvements. Je me mis en rapport et en relations d'amitié avec les commandants turcs de la frontière, avec l'agah de Mostar, Hadgi-bey d'Uttovo; le pacha de Trébigne et le vizir de Bosnie, pour assurer des vivres à l'armée^ si leur secours devenait nécessaire. Je reprochai au pacha de Trébigne d'avoir laissé les Monténégrins franchir son territoire pour se porter surRagnse, et de n'avoir pas empêché des sujets grecs de son paclialik de se joindre à eux. Je fis des cadeaux
d'armes et de canons de montagne à ceux qui me
parurent bien disposés, et avec lesquels j'eus de bons rapports. 11 s établit, dès ce moment, entre le