‹ Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 227 sur 247 · LIVRE XIV. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — CORRESPONDANCE

comme pour ceux portant atteinte à la sûreté publique, la révolte, la désertion en masse, etc., la sentence, approuvée par le colonel, est exécutée immédiatement. Dans tous le^ autres, elle doit être revisée au tribunal d'appel des régiments. Chez les Autrichiens, ce tribunal est composé d'auditeurs, c'est-à-dire des gens de loi ayant des grades militaires. Je propose de faire re viser, dans les cas ordinaires, le jugement par le tribunal d'appel du régiment, que je suppose composé de juges civils, mais auxquels il faudrait adjoindre un nombre déterminé d'officiers.

« Donner au tribunal civil la police correctionnelle et la justice criminelle; dans tous les cas, dter l'une et l'autre aux chefs militaires, c'est détruire

les régiments croates, car c'est dter une grande partie de leur puissance aux officiers; il n'y aurait plus ni discipline ni obéissance; il n'y aurait plus que désordre et confusion.

« Je pourrais facilement m'étendre sur cet article-là; mais Votre Excellence a déjà saisi toutes les conséquences qui seraient la suite d'un changement de système.

En résultat, toutes les erreurs dans lesquelles on est tombé à ce sujet viennent de ce qu'on ignore ce que c'est que la Croatie militaire. Je ne m'en étonne pas; je n'avais pu le savoir précisément pendant mon séjour en Dalmatie, quoique je le dé-

m MÉMOIRES DU DUC DE RA(;USE.

sirasse beaucoup, et je ne connais parfaitement son régime que depuis peu de mois.

c( La Croatie ne doit pas être considérée comme une province, mais comme un camp, et sa population comme une armée qui a avec elle son moyen de recrutement, des femmes, des enfonts et des iavilidesy qui sont les vieillards. C'est une horde de Ta^ tares, qui, au lieu de vivre sous des tentes, yit dans des cabanes, et qui, au lieu d'exister uniquement de ses bestiaux, vit du produit de ses champs et de ses bestiaux; mais c'est une horde organisée, disciplinée, heureuse et marchant rapidement vers b civilisation (car les lois de la discipline militaire ne sont pas moins employées par les chefs pour établir l'ordre que pour diriger la culture des terres et Téconomie des troupeaux); et qui, en même temps. fournit à l'Empereur, moyennant un secours de oa million cinq cent mille francs, une armée, belle, brave, instruite, habillée, et toujours prête à ma^ cher, de seize mille hommes, sans en compter huit mille de réserve, c'est-à-dire autant, et avec dôme millions de francs d'économie, que donnerait une puissance de deux à trois millions d'&mes. Cette ivganisation, je le répète, est enfin un chef-d'œuvre, puisqu'elle résout le problème difficile de donner, en améliorant chaque jour le sort des habitaptsel en les rendant heureux, dix fois plus que tous lei autres peuples pour le service de son souverain.

Page 1