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cupai de beaucoup de choses utiles, et des écoles spécialement. Enfin je pris possession des archives et du palais.
Je donnai beaucoup de fêtes aux dames de Raguse; on s'habitua à ce nouvel ordre de choses comme on s'habitue à tout; et, après un séjour de quelques mois, je rentrai à Zara.
A cette époque, l'Empereur eut la crainte de voir les Anglais faire le siège de Corfou, et je reçus l'ordre de me préparer à aller, dans ce cas, à son secours. A cet effet, je me mis en rapport avec tous les pachas de l'Albanie; j'arrêtai un projet d'opérations, et préparai quelques moyens. Heureusement les craintes ne se réalisèrent pas. Les Anglais, maîtres de la mer, la longueur de la route, la nature des chemins et la nécessité de passer toujoui's d'un bassin dans un autre auraient rendu l'opération très-difQcile, et la marche longue et pénible. Tout se borna à l'envoi d'un convoi de poudre et de quelques ofiiciers, et cet envoi fut l'occasion d'un événement malheureux. L'adjudant-commandant Bailleul et trois officiers avaient voyagé jusqu'à Antivari fort paisiblement. Arrivés dans cette ville, des Turcs leur cherchèrent querelle et les massacrèrent. Je demandai la tête des coupables, et le pacha de Scutari prit l'engagement de les livrer; mais il n'en fit rien. Je réclamai le passage pour un bataillon italien; mais, après une réponse éva-
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sive, un refus formel fut donné, par suite, dit le pacha, des ordres du Grand Seigneur. Ainsi nous dûmes renoiiriM' à rien envoyer par terre. Des envois de poudre eurent lieu par mer. Quelques-uns parvinrent; dautres furent pris.
J'avais été à môme de remarquer la grande influence des franciscains en Dalmatie. Ces moines, fort éclaires, et infiniment supérieurs sous tous les rapports au reste du clergé de la province, habitent onze couvents. Charitables, zélés dans l'exercice de leurs devoirs, ils desservent un grand nombre de cures. Rien n'était plus utile que de les gagner; car les avoir pour amis, c'était donner au gouvernement toute la force morale qui leur était propre. Découvrir où est la force dans un pays et la séduire, voilà, pour dos conquérants, ce qui constitue l'art do gouverner sans tyrannie. La force ne se déplace pas à volonté : elle existe parce qu'elle existe; elle change de mains suivant les temps, suivant les siècles, mais surtout suivant la manière dont les lumioros et les richesses sont réparties; car ce sont les deux éléments qui la constituent.
Je Hs donc ma cour aux moines franciscains. Je no v<»y:)geais jamais sans aller loger de préférence chez oux (|uand un de leurs couvents était à portée. J'y trouvais mon compte de toutes les manières, car j'étais toujours reçu avec empressement. Les moinos, malgré h^ir humilité apparente, ne manquent
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pas d'orgueil et sont très-sBiisibles aux égards des dépositaires de l'autorité. Plusieurs d'entre eux étaient remarquables par leur esprit et leur courage. Le père , gardien du couvent de Signe,
fila cette époque une action digne d'admiration, et qui honore son caractère et sa foi.
La Dalmatie est sujette aux tremblements de terre, et ces accidents ont causé quelquefois de grands désastres. Le bourg de Signe en porte encore les traces. Un tremblement de terre a détruit ses fortifications, et leurs débris amoncelés en perpétuent le souvenir. A l'époque dont je parle, le père gardien de Signe prêchait dans l'église de son couvent, où toute la population s'était rassemblée. Tout à coup une secousse se fait sentir. Tout le monde s'empresse de se lever pour fuir. Le prédicateur, sans s'émouvoir, et d'une voix de tonnerre, s'écrie : « Impies que vous êtes, vous tremblez, et vous êtes dans la maison de Dieu ! » Chacun se rasr sil, et le prédicateur continua son sermon. Un semblable trait a manqué à la gloire de Bossuet. — Peu après, je le fis nommer provincial de son ordre.
Du temps du gouvernement vénitien, les moines étaient dans l'usage de choisir un protecteur qu'ils prenaient toujours parmi les nobles vénitiens. Devenu leur patron, c'était lui qui faisait valoir leurs réclamations, et, pour prix de cette protection, ils
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priaiciil pour lui. Me trouvant si bienveillant pour eux, ils m'offrirent cette dignité. Je l'acceptai avec empressement. Je donnai à chacun de leurs couvents un portrait de l'Empereur; mon nom fut prononcé chaque jour dans leurs prières, et ils me délivrèrent une pancarte qui, en consacrant cette dignité en ma personne, me donne le droit de mourir dans les habits de l'ordre de Saint-François. Je ne crois pas que j'userai de ce privilège; mais un autre avantage plus réel et plus actuel en résulta pour moi. Du jour où je fus protecteur des francis* cains, j'eus, par cela même, plus d'autorité sur l'esprit des paysans dalmates que par le commandement dont j'étais investi et le nombre de mes soldats.
Cette nomination, dont chacun peut juger le motif et l'esprit, mécontenta le vice-roi d'Italie, qui la regarda comme une usurpation de pouvoir. Le vice-roi prit le nom de l'Empereur pour m'exprimer son mécontentement. La Gazette de Milan publia un article assez désagréable pour moi, où il était dit que l'Empereur seul, restaurateur du culte, était protecteur de la religion. Je n'étais pas le protecteur de la religion; j'étais le protecteur de quelques pauvres moines, réclamant un appui auprès du souverain, ou plutôt auprès de l'administration. Je laissai passer l'orage; je conservai ma Hîcfnitp si singulièrement jalousée, et je
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continuai à profiter du bien qui en résultait pour le gouvernement et le pays.
Il était toujours question d'opérations en Turquie; quelques symptômes autorisaient encore des espérances. Cependant, la situation de TEspagne prenant trop de gravité, on ne pouvait sérieusement penser à entreprendre une conquête qui pourrait entraîner plus tard d'autres guerres. Mon séjour se prolongerait donc probablement en Dalmatie.
Afin* de rendre supportable la carrière agitée et errante que j'ai menée, j'ai toujours eu pour principe de m'arranger dans chaque circonstance comme si je devais passer ma vie dans la situation présente. Cette habitude m'a toujours procuré des jouissances, du bien-être, et m'a préservé de l'ennui. A l'époque dont je parle, j'imaginai de consacrer ma vie à un travail d'étude régulier et journalier.
J'avais constamment avec moi une bibliothèque choisie de six cents volumes; dans les moments de repos, au milieu de mes campagnes, ces livres étaient mes délices et ceux des officiers qui m'entouraient. Je recommençai l'étude de l'histoire, et je lus avec plus de méthode et plus de fruit qu'autrefois.
Un abbé romain, appelé Zelli, homme d'une grande instruction et d'un esprit très-remarqua-
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ble, occupait un poste dans l'instruction publique. Je me liai intimement avec lui, et il me lit un cours complet de chimie. Cette science a souvent absorbé mes loisirs, et c'est lui véritablement qui me Ta apprise. Je ûs* aussi un cours complet d'anatomie. Mon chirurgien en chef, Fabre, homme d'un grand talent, qui plus tard m'a sauvé la vie peut-être, mais au moins le bras, voulut bien s'eh charger. Enfin une année entière, sauf quelques absences, consacrée à une étude de dix heures par jour, a contribué puissamment au peu que je sais.
L'Empereur, à cette époque, attachait beaucoup de prix à obtenir la soumission des Monténégrins. Nous étions en état de paix et de bonne intelligence, mais ils n'avaient pas renoncé à leur indépendance. I/Empereur, il est vrai, ne leur demandait pas de devenir sujets comme les Dalmates, mais il voulait d'eux un acte qui leur fît réclamer sa protection. Celte question délicate, entamée plusieurs fois avec le vladika, n* aboutit jamais à un succès complet. Il donnait des espérances, mais ne finissait rien. Il lui fallait du temps, disait-il, pour préparer les esprits; il répondait toujours que, si l'Empereur faisait la guerre aux Turcs, il pouvait compter sur toute la population du Monténégro. Enfin il consulta rassemblée; l'avis fut d'attendre la réponse aux demandes faites à leur égard à Saint-Pétersboui^. J'envoyai un consul pour résider auprès des Mou-