LIVRE XI. — 1808-1809. i5r
lénégrins; je choisis un officier de la légion dalmaie appelé Tomich, homme très-intelligent. Mais l'archevêque, tout en raccneillant avec égards, s'opposa à ce que sa résidence habituelle fût dans le Monténégro, il me demanda de fixer sa demeure à Cattaro ; il viendrait le trouver dans son couvent deCettigné toutes les fois qu'il aurait quelque chose à traiter. Après avoir prodigué ses protestations et dit même qu'il priait pour l'empereur Napoléon et son armée de Dalmatie, il me laissa entrevoir sa répugnance à l'acte qu'on réclamait. Indépendamment des rapports de religion, des habitudes anciennes existant entre lui et la Russie, des bienfaits qu'il en avait reçus, de ceux qu'il pouvait espérer encore, il convenait mieux à sa politique d'avoir pour protecteur un souverain dont les fitats étaient à trois cents lieues de lui qu'un souverain dont les possessions étaient contigurs avec son territoire. Dans une position comme la sienne, on veut un appui, un bienfaiteur, un patron, le chef d'un système; mais on ne veut pas un maître, et c'est un mailre qu'on se donne quand c'est d'un souverain puissant et placé comme l'était Napoléon par rapport au Monténégro qu'on réclame la protection. Les négociations continuèrent jusque bien avant dans l'année 1808 ; et, dans l'espérance de les mener à bien, je fis préparer pour le vladika de riches cadeaux, entre autres choses un portrait de Napo-
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iéon entouré de fort beaux diamants, et je laissai ébruiter à dessein ces préparatifs; mais tout cela n'aboutit à rien.
Des intrigues autrichiennes et des conseils venus de Pétersbourg vinrent compliquer cette afîaire. Le ton et les manières de l'archevêque changèrent après l'arrivée d'un courrier venu de Vienne. J'écrivis à l'Empereur pour l'en prévenir et lui dire que, s'il prévoyait une rupture, soit avec les Russes, soit avec les Autrichiens, il fallait profiler de la paix pour soumettre ce pays par la force. Je lui demandais huit jours et sept à huit mille hommes. De Cettigné, le grand couvent de ces cantons^ j'aurais fait une forteresse pour dominer tout le pays après la conquête. Pour servir de point de sûreté aux troupes françaises, j\v aurais établi leurs magasins. Âfm d'aflaiblir la population, j'y aurais levé un fort régiment. Ce régiment, formé; en Italie, aurait reçu plus tard une destination plus éloignée; enfin je proposais, à la manière des Romains et de Charlemagne, de transporter hors de son pays une partie de la population et de l'envoyer, par exemple, posséder et défricher.les bruyères du camp de Zeist, autour de la pyramide; mais aucun de ces divers projets ne convint a l'Empereur.
Une dernière proposition du vladika ù rassemblée générale, de se mettre sous la protection de lEmperenr, fut encore renouvelée, mais seule-
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nient pour la forme et avec mollesse. Combattue par ses amis mêmes, elle fut rejetée à Tunanimité. l-es rapports de Tarelievêque avec Vienne devinrent chaque jour plus fréquents, et ses dispositions pour nous moins favorables. Il fit aussi la paix avec son ennemi éternel, le pacha de Scuiari. Celui-ci, de son côté, avait fait quelques armements depuis le massacre d'Antivari, et son refus de donner passage à des troupes françaises pour Corfou. On parla d'invasion de sa part dans les bouches, avec Tappui des Monténégrins. L'alarme s'en répandit dans la province; mais tout cela était absurde, au moins pour le moment. Je calmai les esprits en envoyant quelques renforts de troupes dans la partie des bouches qui confine au pachalik deScutari, dans le comté de Pastrovicchio.
J'eus dans le même temps à me mêler d'une petite affaire de la frontière. Un Turc, nommé Hadgî- Bey, possesseur de trente-deux villages, fort dévoué aux intérêts de la France, fut en discussion, les armes à la main, avec ses frères. Pendant une absence, ils se révoltèrent. A son retour, il se mit à la tête de ceux qui lui étaient restés fidèles, et il les combattit. Après diverses chances favorables et contraires, la fortune l'abandonna, et il fut forcé de se réfugier dans son fort d'Uttovo. Il s'y défendait depuis six mois, et il était au moment de se rendre faute de vivres: sa reddition, c'était sa mort; il
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invoqua mon secours. Je crus de mon devoir de le sauver. Je ne voulais pas décider entre lui et ses frères, mais lui donner les moyens d'attendre la décision du pacha dont il dépendait. Je lui envoyai le général de Launay avec un bataillon du 79* régiment et un grand convoi de vivres. F^e général avait' défense de couimeHre des hostilités contre les ennemis de Iladgi-Bey, s'ils ne s'opposaient pas a sa marche. Tout se passa pacifiquement; ils se retirèrent à notre approche. Hadgi-Bçy fut sauvé et bien approvisionné ; et le pacha de Bosnie, informé de mes motifs, me remercia. Mais les approvisionnenienls s'épuisèrent, et il faUutde nouveau venir à son secours. Alors ses frères essavèrent de résister. Il fallut revenir encore plus tard. Je ne pouvais pas laisser périr un homme dont j'avais soutenu les intérêts avec tant de constance, car on s'attache plus par les bienfaits accordés que par les services reçus; en agissant ainsi, on défend son propre ouvrage. Cette fois je chargeai de lopération le général Clausel, avec un détachement considérable et l'autorisation de négocier un arrangement convenable pour assurer la paix de cette famille. U y parvint, et la tranquillité fut rétablie sur cette frontière. Je sollicitai le titre de pacha à deux queues auprès de la Porte, pour Hadgi-Bey. D fut promis sur-le-champ et donné quelque temps après. 1/existence de lladgi Bey et de tous les seigneurs