LIVRE XI
quarts l'eussent franchi pour tomber sur le reste. Une fois au delà du ruisseau, il fallait renoncer à toute idée de retraite. Si les renforts annoncés à Fennemi défendaient les marais d'Ottochatz, il était difficile de forcer ce passage, ayant une armée en queue, et avec tous mes embarras. Se soutenir quelque temps entre Gospich et Ottochatz était absolument impossible, et mes blessés, mes équipages et mon artillerie mettaient un grand obstacle à tous mes mouvements.
D'un autre côté, repasser le ruisseau, c'était renoncer à TofTensive; c'était ajourner d'une manière indéûnie notre jonction avec Farmée d'Italie; c'était, enfin, consacrer Topinion d'une défaite, après avoir remporté la veille une victoire complète. Mais, le général Knesevich arrivant, il était peutêtre possible de le battre séparément. Au pis aller, les soldats avaient pour six jours de vivres dans leurs sacs, et, si les circonstances devenaient aussi difficiles qu'on pouvait l'imaginer, en sacrifiant mon artillerie, en abandonnant mes blessés, et en faisant des marches forcées, je pouvais espérer de faire ma jonction avec les troupes de l'armée d'Italie, à travers les hautes montagnes.
Les deux partis étaient extrêmes. Je choisis le plus honorable; je persistai dans' ma première ré-< solution, et la fortune sourit à ma confiance.
La division Monlrichard passa le ruisseau sans
être inquiétée, et, aussitôt après Tarrivée de mes troupes à l'entrée de la plaine, Tennemi se disposa à la retraite; il rappela le corps qui avait remonté la Licca, et vint se former devant nous avec sept bataillons et toute son artillerie, afin de battre les débouchés par lesquels nous sortions des montagnes.
Le général Delzons, avec le 25% gagna autant de terrain qu'il put sur le bord du ruisseau; soutenu par le y et le 18% il se porta en avant, et donna à toute l'armée le moyen de déboucher et de se former. L'ennemi tenta à deux reprises de nous rejeter sur le ruisseau au moyen de sa' cavalerie, mais sans succès; et, enfîn, il se décida à la retraite par la routv. i'Ottochatz.
Telle fut la bataille de Gospich, où nous combaltimes pendant deux jours avec une grande infériorité de nombre, dans les localités les plus difficiles. Nous fumes complètement victorieux, grâce à la grande valeur des troupes. Pendant les mêmes journées, les "21 et 22 mai, se livrait, sur la rive gauche du Danube, le terrible combat d'Essling. r^e 25, nous entrâmes à Gospich par le pont de la route dOltochat/. Toute la population avait abandonné la ville : quelques officiers d'administration seuls étaient restés; je leur remis une trentaine de blossés incapables de supporter même le mouvement du brancard, et je pris les moyens nécessaires pour assurer lo départ de tous les autres.