LIVRE XI
d'ObrovaU, il était arrivé du Banat deux batailions de renfort. Toute la population avait pris les armes; ainsi nous trouvâmes là tout à la fois beaucoup de troupes devant nous et des localités trèsfavorables à la défense.
Gospich est situé à la réunion de quatre rivières. De quelque côté qu'on se présente, il est nécessaire d'en passer deux. Ces rivières sont très-encaissées, et leurs bords sont à pic; on ne peut les passer que devant les chaussées; une seule était guéable. Je me décidai à ne pas attaquer de front Gospich, mais à tourner sa position pour menacer la retraite de l'ennemi. Pour atteindre ce but, le bassin étant peu large, il fallait passer une des rivières à la portée du canon des batteries ennemies, situées de l'autre côté de la Licca, ou traverser des montagnes de pierre, extrêmement âpres, où les Croates auraient pu, à chaque pas, faire résistance. L'ennemi occupant la 'rive opposée de cette rivière, l'en chasser était nécessaire pour rétablir le pont coupé la veille. Deux compagnies de voltigeurs passèrent à gué et remplirent cet objet. L'ennemi ne croyait pas possible le mouvement qui s'exécutait; il était peu en forces sur ce point. Ces compagnies occupèrent deux pitons situés près de la rivière. A peine eurentelles pris position, que l'ennemi déboucha derrière nous, par le pont de Biiai, et se porta sur la division Montrichard, qui marchait derrière la divi-
148 MÉI^IOIRES DU DUC DE RAGUSE.
sion Clause). J'avais fort serré mes troupes pour rendre cette marche de flanc moins longue^ et elles étaient mal formées pour combattre. Je sentis toute rétendue de la crise, et voici les dispositions que je pris pour y remédier.
Je donnai Tordre au général Clausel de faire passer au général Delzons, avec le 8* régiment, la petite rivière placée devant nous, afin d'occuper les mamelons dont les voltigeurs s'étaient emparés, et de les défendre avec la plus grande opiniâtreté. Je fis prendre lentement les distances, par la queue de la colonne, à la division Montrichard, avec laquelle j'allais combattre. Le général Montrichard, sans manquer de bravoure personnelle, perdait toute son intelligence dans le danger; et, vu. les circonstances, je commandai moi-même ce jour-là sa- division. L'ennemi marcha à nous avec lenteur, ce qui nous donna le temps de nous former et de nous mettre en position. Après y être resté quelques moments pour juger des intentions de l'ennemi, je reconnus qu'il était formé en trois colonnes. Celle du centre devançant un peu les autres, je la fis attaquer sur-le-champ par le 18' régiment. A sa tète était le général Soyez. J*ordonnai ensuite l'attaque de la colonne de droite de l'ennemi parle 79*, à la tête duquel marchait Montrichard.
Les charges du 18' furent brillantes. Tout céda devant ce bravo régiment: tout fut culbuté, et
MVRE XI. — 1808-1809. 149
l'ennemi perdit cinq pièces de canon sur six qui avaient débouché. Le général Soyez y fut gravefuent blessé. Le 5* régiment marcha sur la colonne de gauche de l'ennemi et la fit replier. Pendant ce temps, le 79% ayant suivi la droite de l'ennemi, s'était réuni à notre centre, après avoir dépassé un mamelon isolé, comme on en trouve beaucoup dans ce pays, mamelon auquel l'ennemi s'était appuyé, et qui coupait notre ligne. L'ennemi présentant de nouvelles troupes, je plaçai en réserve le 81* et un bataillon du li*, que je détachai de la division Clausel. L'ennemi fit alors un grand effort sur la droite; le 79* le reçut avec sang-froid et vigueur, et le 81% l'ayant chargé immédiatement après, le précipita dans la Licca, où plus de deux mille hommes se noyèrent, et douze cents tombèrent entre nos mains. Le feu de douze pièces de canon, placées de l'autre côté de la Licca, protégea la retraite du reste des troupes qui avaient passé la rivière pour nous attaquer. Le général Launay fut gravement blessé dans cette circonstance.
Pendant que cette action se passait à ma gauche, l'ennemi avait détaché six bataillons pour attaquer le régiment d'infanterie légère, mis en position pour proléger la reconstruction du pont et faciliter à l'armée les moyens de déboucher. Ce régiment, à la tête duquel se trouvait le général Delzons, était si bien }X)sté et avait mis une telle énergie dans sa
défense, que l'ennemi fut constamment repoussé dans toutes ses attaques directes. Il voulut tourner la position; mais le 11' régiment était à portée : je l'envoyai au secours du 8% avec ordre de prendre l'ofTensive et de menacer la retraite des forces ennemies en les tournant comme elles tournaient le 8'. J.e succès le plus complet couronna cette manœuvre. L'ennemi fut repoussé, mis en déroute, et laissa entre nos mains cinq cents prisonniers.
Pendant la nuit, on s'occupa de rétablir le pont. Mon intention était de traverser la rivière avant le jour avec toutes mes forces, pour me trouver le plus tôt possible sur la communication de l'ennemi, ne supposant pas qu'il retardât un seul instant a commencer sa retraite. Mais les travaux du pont exigèrent plus de temps que je ne l'avais pensé, et le transport de* six à sept cents blessés fut tellement difficile, qu'à midi les troupes n'étaient pas encore en état d'exécuter leurs mouvements.
Cependant l'ennemi avait fait une démonstration offensive en remontant la Licca avec quatre ou cinq mille hommes. Cette confiance de sa part semblait devoir résulter de l'arrivée prochaîne des secours qu'amenait le général Knesevich; on le disait arrivé à peu d'heures de marche.
Ma position devenait embarrassante. D'un côté, l'armée était divisée par un ruisseau difficile à passer, et l'ennemi semblait attendre que les trois