MARMONT AU PRINCE EUGÈNE
a Fiume, le ^ mai 1809.
« Monseigneur, je ne perds pas un instant pour avoir Thonneur de rendre compte à Votre Altesse Impériale que j'arrive en ce moment à Fiume avec mon avant-garde. L'armée y sera réunie demain. Comme elle est extrêmement fatiguée, elle y séjournera après-demain, et le jour suivant je me rendrai à Lippa. Je vous demande de me faire connaître vos intentions. Je demande également à Votre Altesse Impériale de donner des ordres pour qu'il me soit envoyé sur les points qu'elle jugera convenable de l'artillerie, des munitions d'infanterie attelées, et la cavalerie qu'elle me destine. Je n'ai ici que six pièces de cnni[)agne dont les munitions scmt
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toutes épuisées, et le peu de cartouches d'infanterie qui me reste est porté par des chevaux de bât qui ne peuvent plus suivre. Quant à la cavalerie, il me reste environ cent chevaux qui pouvaient servir en Dalmatie et en Croatie, mais qui ne peuvent plus compter sur le théâtre sur lequel je vais entrer.
« J'espère que Votre Altesse Impériale a reçu la lettre que j'ai eu l'honneur de lui écrire deGrachaz, par laquelle je l'instruisais du début de notre campagne, de la défaite des Croates au montKitta, de la prise du général Stoisevich, cammandanten chef, et de Taffaire de Grachaz.
« Depuis, Tennemi, ayant rassemblé les troupes qui n'avaient pas donné, reçut des renforts de deux bataillons du Banat, d'un bataillon hongrois, et, ayant ordonné à tous les paysans de la Licca de se réunir à l'armée, livra bataille à Gospich avec des forces presque doubles des nôtres. Beaucoup de circonstances rendaient sa position extrêmement avantageuse et la nôtre très-critique ; l'a flaire a été fort longue, fort chaude et très-meurtrière, mais trèsglorieuse pour l'armée.
a L'ennemi a été battu sur tous les points et a perdu, de son aveu, plus de deux mille hommes lues, pris, blessés ou noyés dans la Licca. Le lendemain, l'ennemi étant tourné fit ses dispositions de retraite. 11 l'aurait efTectuée avec beaucoup.de pertes si le nombre de nos blessés et le défilé que
nous avions à passer nous avaient permis de marcher avec plus de vitesse. Il s'engagea cependant un combat dans la soirée du 22, où il fut battu et poursuivi. Dans la nuit il disparut.
« Le lendemain, nous entrâmes à Gospich, où je déposai les blessés qui ne pouvaient être transportés que sur des brancards. Le 24, nous sommes partis de (lospich, et depuis nous n'avons rencontré l'ennemi qu'à Ottochatz, où ses bagages et son artillerie auraient été entièrement pris, et son arrière-garde détruite, si le général Montrichard, par une lenteur inouïe, ne s'était pas trouvé à trois heures en arrière. Cependant l'ennemi a éprouvé dans cette affaire une très-grande perte et a été poursuivi avec vigueur.
« De là, l'ennemi a pris la route de Garlstadt, et nous celle de Fiume, où nous sommes arrivés. Les trois généraux de brigade employés à l'armée ont été blessés. Le général Oelzons seul pourra reprendre du service sous peu. Les deux autres ont été blessés très-gravement. Je demande avec instance à Votre Altesse Impériale de me donner des généraux de brigade, si elle en a de disponibles.
« L*ennemi a eu dans cette campagne plus de six mille hommes hors de combat, son général pris et trois pièces de canon. Excepté un léger repos h Grachaz, nécessaire pour attendre l'artillerie, nous avons, depuis notre entrée en campagne, combattu