LIVRE DIX-HUITIÈME
Sommaire. — Opérations sur la route de Berlin. — Combat de Grossbeeren (23 août). — Retraite d'Oudinot sur Wittenberg. — Le maréchal Ney remplace le maréchal Oudiuot. — Opérations en Silésie sous les ordres du duc de Tarente. — Combat de la Katzbach. — Belle défense de la division Puthod. — L'Empereur se porte au secours de l'armée de Silésie. — Retour de l'Empereur à Dresde. — Revers du maréchal Ney en Prusse. — Retraite de l'armée de Silésie sur Dresde. — Entretien du duc de Raguse avec l'Empereur. — Opération des diverses armées pendant le mois de septembre. — Manœuvres du sixième corps pour couvrir Leipzig. — L'ennemi prend l'offensive (2 octobre \ — Napoléon forcé de déplacer le théâtre de la guerre. — Conversation de l'Empereur avec Marmont. — Manœuvres autour de Leipzig. — Erreur de Napoléon. — Mouvement rétrograde du sixième corps. — Bataille de Leipzig. — Journée du 17 oclobre. — Marmont blessé. — Pertes du sixième corps. — Journée du 18 octobre. — Défection de la cavalerie wurtembergeoise et de l'armée saxonne. — Le sixième corps chargé de défendre Leipzig. — Evacuation de la ville. — Destruction prématurée du pont sur l'Elster. — Retraite sur Weissenfels. Les fricotteurs. — Combat de Hanau, 50 octobre. — Entrée à Mayence, 2 novembre 1815.
Jl faut maintenant rendre un compte succinct de ce qui s'était passé en Silésie et dans la direction de Berlin. On se rappelle la passion qui animait l'Empereur contre la Prusse, et son désir, de se venger d'elle sans retard. Il avait donné l'ordre au duc de Reggio, dont l'armée était composée des quatrième, septième et douzième corps, et du troisième de cavalerie, de marcher sur Berlin, aussi-
LIVKE X VIII. — 1815. 257
tôt après l'ouverture de la campagne. Mais cette tache était au-dessus de la portée du chef qu'il avait choisi. Oudinot, homme excellent et brave soldat, était peu propre au commandement en chef d'une armée nombreuse. Il ne possédait pas la force d'esprit nécessaire pour conduire une opération combinée, dont la durée doit embrasser plusieurs jours.
A l'expiration de l'armistice, Oudinot réunit son armée à Dahme, et s'avança sur Baruth. Le 19, il prit position entre Baruth et Lackcnwald, et y séjourna le 20. Toutes les troupes alliées en présence étaient éparpillées et cantonnées jusqu'à Berlin et Postdam. Une seule brigade de quatre bataillons, commandée par le général de Thùmen, les couvrait contre l'armée française. Le 21, Oudinot continua son mouvement; le quatrième corps opérant à droite, se dirigeant sur Sperenberg et Saalow ; le septième, au centre, par le bois de Kummersdorf, sur Ludersdorf et Gatzdorf, vers Christinendorf, et le douzième, à gauche, parGoltow, à Scharfenbrùck sur Trehbin.
Les Prussiens se retirèrent sur le défilé de Thyrow, après un double combat qui mit le septième corps en possession du village de JXunsdorf, et le quatrième de celui de Mellen. Dans la nuit du 21 au 22, l'armée française était placée de la manière
suivante : le quatrième corps à Dergiscow ; le septième, à Nunsdorf et Christinéndorf, et le douzième, à Trebbin.
En avant de cette position, les marais à traverser offrent trois passages : 1° celui de Juhnsdorf; 2° celui de Wittstock; 5° celui de Thyrow.
Le 22, le septième corps attaqua Vittstock, et s'en empara. Le quatrième s'approcha de Juhnsdorf et l'occupa après la retraite de l'ennemi. Le douzième corps resta en réserve. Le 25, le quatrième corps débouche et marche sur Blankenfeld; mais, après une faible attaque, il se replie sur Juhnsdorf. Au même moment, et pendant que le quatrième corps se replie, le septième se porte en avant, débouche des bois, et occupe Grossbeeren. Les Prussiens, concentrés en arrière de ce village, et en échelons jusqu'à Heinersdorf, n'hésitèrent pas à profiter de l'occasion que leur offrait le mouvement isolé, et en pointe, de ce corps. Us étaient devenus libres de leur mouvement sur leur gauche par la retraite du quatrième corps, et sur leur droite par le retard de l'arrivée du douzième. En conséquence, ils accablèrent le septième corps, qui avait été jeté ainsi, seul et imprudemment, loin de ses appuis. Ils le forcèrent à une retraite précipitée. Heureusement la tête du douzième corps arriva enfin au secours du septième. Elle le