LIVRE XVIll
protégea dans sa retraite et contribua à le sauver d'un imminent péril. Le soir, toute l'armée française se trouva ainsi reportée en arrière des défilés, et couverte par les marais qu'elle avait franchis pour attaquer.
Dès ce moment, le duc de Reggio mit son armée en retraite, se rapprochant de l'Elbe par des mouvements successifs. Il vint prendre position à peu de distance, en avant de Wittenberg, où il arriva le 4 septembre. Le combat de Grossbeeren n'avait coûté à l'armée française qu'une perte de treize pièces de canon, et quinze cents prisonniers saxons, c'est-à-dire peu de chose pour une armée de plus de quatre-vingt mille hommes. C'était s'avouer, à bon marché, incapable de tenir la campagne.
L'armée ennemie, composée en très-grande majorité de Prussiens, était commandée par les généraux Bulow, Fauentzien, Woronsoff et Czernicheff, sous les ordres du prince royal de Suède. Sa force pouvait s'élever à cent mille hommes. Elle était remplie de cet enthousiasme national qui, pendant cette guerre, caractérisa d'une manière particulière les troupes prussiennes. L'armée française était inférieure de dix mille hommes. Composée en partie de Saxons et d'Italiens, elle était loin de posséder le même esprit. Cependant, si, au début de la campagne, Oudinot eût agi avec plus de vigueur
et de célérité, il eût surpris l'ennemi dispersé pour vivre. Il aurait pu le battre en détail et arriver à Berlin; mais l'incertitude et l'incorrection des mouvements présidèrent aux premières opérations.
Napoléon, mécontent d'un semblable résultat, confia cette armée à un autre chef, qui eut l'ordre d'attaquer l'ennemi sans retard. Le maréchal Ney, chargé de remplacer le maréchal Oudinot, exécuta cet ordre de marcher en avant; mais il le fit d'une manière inconsidérée. Un homme raisonnable ne peut trouver l'explication satisfaisante des mouvements qu'il ordonna. Oudinot avait péché par un peu de timidité et d'incertitude; mais au moins il avait agi avec calcul et prudence; son armée était encore intacte quand il la quitta. En peu de jours, il en fut tout autrement sous son nouveau chef.
Pendant ces événements, la grande armée ennemie, battue devant Dresde, s'était retirée en Bohême, après avoir échappé, par le succès inopiné de Culm, à une destruction qui semblait devoir être certaine; mais, en même temps, l'armée de Silésie, dont il me reste à parler, éprouvait un de ces grands revers dont la série ne devait plus être interrompue pendant le reste de la campagne.
Napoléon, en quittant la Silésie, et en partant le 24 pour Dresde, avait laissé le commandement