LIVRE XVIII
Le 15, je partis avec mon corps pour Grossenhayn. Là, je me réunis au roi de Naples, que j'y trouvai avec un corps nombreux de cavalerie. Le but de ce mouvement était de couvrir l'arrivée à Dresde de vingt mille quintaux de farine, arrêtés à Torgau et embarqués sur l'Elbe. Les dispositions de troupes convenables à ce but furent faites, et le convoi arriva heureusement à Dresde. Nous restâmes jusqu'au 25 dans cette position.
Je vis journellement et familièrement Murât. Je le retrouvai bon camarade et sans prétention. Il se mit en frais d'amitié pour moi. Je payai cette bienveillance par la complaisance avec laquelle j'écoutai, chaque jour, les récits qui concernaient ses Etats. Il me parlait souvent surtout de l'amour que lui portaient ses sujets. Il y avait dans son langage une candeur risible, une conviction profonde d'être nécessaire à leur bonheur. Entre autres choses, il me raconta que, lorsqu'il devait quitter Naples en dernier lieu (et c'était une chose secrète), se promenant avec la reine, et entendant les acclamations dont il était l'objet, il dit à sa femme: « Oh! les pauvres gens ! Ils ne savent pas le malheur qui les attend. Ils ignorent que je vais partir! » J'écoutai en souriant; mais lui, en faisant ce récit, était encore attendri des douleurs dont il avait été la cause.
Cette réunion de troupes à Grossenhayn détermina Blùcher à renforcer sa droite et à porter le corps de Sacken à Kamens. Ce mouvement décida le duc de ïarente à se rapprocher encore davantage de Dresde, et à prendre position à Harta. Les avantpostes de l'armée de Berlin étaient établis sur l'iïlster noir. Pendant notre séjour à Grossenhayn, la grande armée recommençait des démonstrations offensives. L'ennemi se porta en avant et fit replier les corps français occupant les différents débouchés. Napoléon partit le 15 de Dresde avec sa garde, et vint à Berggieshùbel; mais la disposition générale de l'armée ennemie était toute défensive, et la masse de ses troupes, placée dans le bassin de Tœplitz, en face des débouchés, occupait une position inexpugnable.
Le 16 au matin, le prince de Schwarzenberg avait ses troupes placées de la manière suivante: le corps de Wittgenstein à Peterswald; la division Czenneville à Eichwald, sur la route de Zinmvald; celle du prince Maurice Liechtenstein, à Klostergraben; une avant-garde sous les ordres du général Longueville en avant d'Aussig, sur la route d'Eule; le corps de Kleist à Mariaschein; les grenadiers et les cuirassiers russes à Sabachleben ; les gardes russe et prussienne à Tœplitz; le corps de Colloredo à Culm; celui de Meervelt à Àussig; celui de Giulay