‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 133 sur 198 · LIVRE XVIII. - isi · texte numérisé non relu

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la Saale, et, dans tons les cas, il avait ses communications libres avec la France par le Bas-Rhin.

Dans ce système, les trois corps, deuxième, cinquième et huitième, avec lesquels manœuvrait Murat, se seraient retirés lentement sur lui, auraient couvert Leipzig aussi longtemps que possible. Pour complément, il aurait envoyé, par des émissaires, l'ordre au maréchal Saint Cyr d'évacuer Dresde, pour se rendre à grandes marches sur Wittenberg et Torgau, par la rive droite de l'Elbe. Enfin on peut ajouter que la nécessité d'abandonner Dresde, vu la marche des événements et la direction qu'avait prise la guerre, aurait dû être sentie d'avance, et lui faire naître, de bonne heure, l'idée d'évacuer de cette ville les malades et les blessés, afin de rendre mobiles et disponibles les deux corps d'armée chargés de défendre cette place, ou plutôt ce camp retranché. Enfin il devait être informé des dispositions hostiles de la Bavière. En s'éloignant de cette puissance, il y échappait ou retardait au moins son action contre lui ; mais, au lieu d'envisager les nouvelles nécessités que les circonstances lui imposaient, il resta indécis, voulut tout conserver à la fois. Il perdit tout pour avoir voulu tout garder.

On ne reconnaît plus Napoléon pendant cette campagne. J'eus une longue conversation avec lui

à Dûben. Jamais cette conversation n'est sortie de ma mémoire. Quand j'étais à portée de lui, il était dans l'usage de m'envoyer chercher pour me parler de ses projets et des différentes choses qui l'occupaient d'une manière particulière. Un usage, fort commode pour lui, assez bien entendu, mais insupportable pour les autres, lui donnait beaucoup de temps à employer ainsi. Lorsque les mouvements de son quartier général le permettaient, il se couchait à six ou sept heures du soir, se levait à minuit ou à une heure. Les rapports arrivant, il se trouvait ainsi tout prêt à les lire et à donner des ordres en conséquence; mais pour ceux qui avaient marché ou combattu pendant la journée, pour ceux qui, à la fin du jour, avaient fait les rapports, disposé tout pour opérer le lendemain, et devaient dormir la nuit pour se reposer, c'était une chose terrible que de renoncer, au commencement d'un sommeil réparateur, à son action bienfaisante, et d'aller ainsi prendre part à une conversation plus ou moins intéressante.

Après donc être rentré de ma reconnaissance de Bittersfeld, et lui avoir fait mon rapport, je venais de me coucher quand on vint me chercher de la part de l'Empereur. 11 me parla de sa position et des divers partis qu'il avait à prendre. J'insistai de toutes mes forces pour celui dont je viens de

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