‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 135 sur 198 · LIVRE XVIII. — 181 S · texte numérisé non relu

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ponse qu'une chose, c'est qu'il fallait alors renoncer à gouverner et à administrer. Napoléon a toujours été dans l'usage de prodiguer les moyens pour créer de nouvelles forces; mais jamais il n'a voulu faire le moindre sacrifice pour entretenir celles qui existaient, et sans doute la raison commande une marche inverse.

Cette conversation, une des plus longues que j'aie jamais eues tête à tête avec Napoléon, car elle dura plus de cinq heures, ayant commencé vers une heure après minuit et n'ayant fini qu'après le déjeuner, qui eut lieu à six heures du matin, varia beaucoup dans son objet. Elle changea de nature plusieurs fois, et embrassa des questions générales, comme il arrivait souvent avec lui. Il se plaignait de l'abandon de ses alliés. Il disait qu'ils lui avaient manqué de parole. À cette occasion, il fit la distinction de ce qu'il appela l'homme d'honneur et l'homme de conscience, en donnant la préférence au premier, parce que, avec celui qui tient purement et simplement sa parole et ses engagements, on sait sur quoi compter, tandis qu'avec l'autre on dépend de ses lumières et de son jugement. « Le second, dit-il, est celui qui fait ce qu'il croit devoir faire, ce qu'il suppose être le mieux. » Puis il ajouta : « Mon beau-père, l'empereur d'Autriche, a fait ce qu'il a cru utile aux intérêts de ses peuples. C'est

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un honnête homme, un homme de conscience, mais ce n'est pas un homme d'honneur. Tous, par exemple, si l'ennemi, ayant envahi la France et étant sur la hauteur de Montmartre, vous croyiez, même avec raison, que le salut du pays vous commande de m'abandonner et que vous le fissiez, vous seriez un bon Français, un brave homme, un homme de conscience, et non un homme d'honneur. » Ces paroles, prononcées par Napoléon, et adressées à moi le 14 octobre 4815, ne portaient-elles pas l'empreinte d'un caractère tout à fait extraordinaire? n'ont-elles pas quelque chose de surnaturel et de prophétique? Elles sont revenues à ma pensée après les événements d'Essonne. Elles m'ont fait alors une impression que l'on conçoit, et qui jamais ne s'est effacée de ma mémoire.

Pendant que Napoléon s'était porté sur la Muldau et campait à Diiben, la grande armée de Bohême était entrée en mouvement. Le corps de Colloredo et l'armée de Benningsen s'étaient portés sur Zeist et Pirna. Le 9, ce mouvement offensif continua. Le 10, Benningsen, arrivé devant Dresde, où les deux corps français s'étaient retirés, laissa devant cette place Tolstoï avec vingt mille hommes, et marcha sur Leipzig avec le reste de ses forces, en se dirigeant par Nossen et Coklitz.

Dès le 6, la grande armée de Schwarzenberg avait

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