LIVRE XVIII. - 1813. m
Un pareil ordre, dans des circonstances semblables, devait être promptement exécuté. Je ne pouvais m'y tromper : l'Empereur était tombé dans une erreur grossière; mais du moment où il ne m'envoyait pas le troisième corps, indispensable à cause de l'étendue de la position à défendre, je devais bien me garder d'y rester. D'ailleurs, les ordres étaient précis; et, à moins que les coups de canon ne viennent contrarier l'exécution d'un ordre de mouvement, il n'y a plus d'armée ni de succès possible quand on délibère à cette occasion et quand on hésite à l'exécuter.
Grâce à la bonne organisation de mes troupes, à leur instruction et à leur discipline, une demiheure après l'ordre reçu, elles étaient formées en six colonnes parallèles, et en marche pour se ren-
prisonniers le 13, échappés et arrivés près de moi le 15, rapport que j'avais fait connaître a l'Empereur.
Son arrivée était prouvée par la présence de l'infanterie, devant laquelle mes avant- postes s'étaient repliés.
Elle l'était encore par la vue des feux de toute l'armée, qui s'apercevaient du clocher de Liebenthal, et dont j'avais rendu compte à neuf heures du soir.
Et, avec ces documents,
On donne l'ordre, le 16 au matin, au général Bertrand de marcher sur Lindenau ;
Au troisième corps, de venir à la grande armée ;
Et au sixième, de traverser Leipzig et de s'établir entre Leipzig el la grande armée!
Napoléon ne regardait alors comme vrai que ce qui entrait dans ses combinaisons et son esprit.
[Voir les pièces justificatives.)
dre à Leipzig. Mais, à peine le mouvement commencé, l'ennemi déboucha sur nous. Une forte avant-garde occupait le village de Radfeld. Elle était commandée par un général d'une grande valeur et d'une grande capacité, homme d'un nom militaire illustre, le général Cohorn. Elle fut forcée à se retirer; mais elle le fit avec lenteur et en bon ordre. Une brigade de cavalerie légère wurtembergeoise, faisant partie de mon corps d'armée et qui se trouvait à l'avant-garde, se conduisit aussi avec valeur et courage. C'était le dernier mouvement d'honneur et de fidélité du général Normam, et de ses soldats. Quelques heures plus tard, ils nous furent funestes au lieu de nous être utiles. La deuxième division, commandée parle général Lagrange, resta en arrière pour soutenir l'arrière-garde et la recueillir. Quand tout fut en ordre et convenablement disposé, le mouvement continua sur Leipzig en échangeant à chaque moment des coups de canon avec l'ennemi.
L'opinion de Napoléon n'était plus susceptible de discussion. L'ennemi était là, nous étions aux prises avec lui. C'était toute l'armée de Silésie qui était en présence et avec laquelle nous avions affaire. Nous ne pouvions plus aller sur le champ de bataille au sud de Leipzig. Entrer même<à Leipzig, et nous former derrière la Partha était chose pé-
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rilleuse. Passer un défilé comme celui que nous avions devant nous, défilé soumis à l'action des hauteurs qui le dominent immédiatement, pouvait produire une grande confusion, et amener une catastrophe. Le général Bertrand, ayant reçu l'ordre de balayer l'ennemi sur les derrières de l'armée et d'ouvrir le débouché de Lindenau, s'était mis en marche immédiatement pour l'exécuter. Mais le troisième corps pouvait être encore à Leipzig, et à portée de me soutenir. J'avais reconnu une position, moins bonne que celle de Liebenthal, mais plus resserrée et plus rapprochée de la ville, celle dont la droite est à Eustritz et la gauche à Meckern. J'envoyai un officier auprès du maréchal Ney, qui était à Leipzig et auquel l'Empereur avait donné le commandement supérieur, pour savoir si le troisième corps s'y trouvait encore. 11 me fit répondre affirmativement et dire que je pouvais en disposer. Je n'hésitai plus à m'arrêter, à prendre position et à livrer bataille. J'arrêtai mes colonnes sur le plateau et je formai ma ligne de bataille. L'attaque de l'ennemi ne pouvait venir que par notre gauche. Notre droite était en arrière, appuyée et couverte par une petite division polonaise, commandée par le général Donibrowsky, et qui, placée de l'autre coté du ruisseau marécageux et encaissé qui coule à Eustritz.
58i MÉHOIIIES DU DUC DE RAGUSE.
prenait ainsi, de revers, la gauche de F ennemi. Je devais donc conclure que ce serait sur ma gauche et sur Meckern que l'ennemi se porterait. En conséquence, je fis faire un changement de front oblique, par brigade, la droite en avant, ce qui forma mon corps d'armée en six lignes, présentant ainsi de nombreuses réserves. Meckern fut confié au 2e régiment de marine. Toute mon artillerie fut placée sur le point le plus élevé de la ligne occupée par mon corps d'armée. Mes quatre-vingt-quatre pièces de canon furent disposées pour arrêter l'ennemi. Douze pièces de douze, entre autres, avaient pour objet de flanquer, d'une manière avancée, la droite du village de Meckern.
L'ennemi attaqua, avec impétuosité, le village de Meckern, et fit soutenir cette attaque par le feu d'une nombreuse artillerie qui se développa en face de mon front. Mais tous ses efforts furent longtemps impuissants. Après des attaques réitérées sur le village, une partie fut évacuée, mais bientôt reprise par le même régiment qui le défendait et qui fut ramené à la charge. Culbutés de nouveau, le 4e de marine et le 57e léger furent successivement portés sur Mackern, où semblait être toute la bataille. Ils le reprirent et le conservèrent longtemps, ainsi qu'on devait l'attendre d'aussi bonnes troupes, malgré les efforts constants de l'ennemi et