‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 140 sur 198 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

se porta en avant, et arrêta momentanément l'ennemi ; mais, en ce moment, six mille chevaux vinrent nous envelopper et nous attaquer de toute part. Il fallut se retirer sur la troisième division, qui avait peu combattu, et dont les échelons nous recueillirent et arrêtèrent la poursuite. La nuit arriva et mit fin à ce combat, un des plus chauds, un des plus opiniâtres qui aient jamais été livrés. Les troupes y montrèrent la plus grande valeur. Si les Wurtemburgeois avaient fait leur devoir, un succès complet aurait été le prix de nos efforts. Indépendamment de la conservation de tout le champ de bataille, nous aurions fait bon nombre de prisonniers. Malgré tous les contre-temps survenus, nous perdîmes seulement la moitié du terrain sur lequel nos troupes étaient formées. Nous eûmes fort peu de soldats prisonniers; mais vingt-sept pièces de canon tombèrent au pouvoir de l'ennemi. Blessé à la main gauche, d'une balle, au moment où je menais les 20e et 25e régiments à la charge, je ne quittai le champ de bataille que le dernier. Je ne fus pansé qu'à dix heures du soir.

Dans cette bataille, le corps de York, fort de vingtdeux mille hommes, fut engagé en entier, et presque tous les généraux ou officiers supérieurs furent tués ou blessés, tant ils avaient dû payer de leur personne pour contenir leurs troupes et se maintenir

contre la vivacité de nos attaques ou l'énergie de notre défense. Le corps de Langeron fut en partie engagé. Notre champ de bataille fut le plus ensanglanté dans cette mémorable journée, le lieu où l'action fut la plus vive. J'ai ouï dire à divers officiers prussiens, et, entre autres, à M. de Goltz, adjudant général envoyé par le roi de Prusse auprès de Blùcher, le même qui, depuis, a été ministre de Prusse à Paris, qu'après l'évacuation de Leipzig les souverains alliés, ayant été visiter tous les champs de bataille, furent frappés de la physionomie de celui-ci, du nombre des morts, et surtout de la proximité des morts des deux armées.

La nuit étant arrivée^ mes troupes prirent position à Eustritz et Gohlis. Le lendemain matin, elles ri passèrent la Partha et s'établirent sur la rive gauche de cette rivière.

J'avais dû compter sur le troisième corps d'armée; mais le maréchal Ney en avait disposé par Tordre de l'Empereur, et l'avait dirigé sur la grande armée. Napoléon, informé de mon engagement, lui envoya l'ordre de rétrograder, mais déjà il était près de lui. Il se mit cependant en mouvement pour revenir, sans pouvoir arriver à temps pour nous secourir; et, pendant cette journée décisive, ayant loujours marché d'une armée à l'autre, il ne fut utile nulle part.

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