LIVRE XVIII
reuse, mais glorieuse journée. Notre perte fut considérable en tués et en blessés, surtout en officiers, parmi lesquels huit officiers généraux de mon seul corps d'armée.
Pour donner une idée exacte de la manière dont nous nous sommes battus pendant ces deux célèbres journées, je dirai seulement ce qui concerne mon état-major et moi-même. Mon chef d'étatmajor et le sous-chef furent frappés à mes côtés '; quatre aides de camp furent tués, blessés ou pris; sept officiers d'état-major furent également tués ou blessés'. Quant à moi, j'eus un coup de fusil à la main, une contusion au bras gauche, une balle dans mon chapeau, une balle dans mes habits, quatre chevaux tués ou blessés sous moi 3. Sur trois
1 Le général Richement, chef d'état-major, tué; l'adjudant général
Levasseur, sous-chef d'état-major, eut la cuisse fracassée par un boulet.
(Note de V Éditeur.)
2 Entre autres, Laclos, chef de bataillon, tué; le capitaine de Charnailles, blessé et fait prisonnier; le capitaine Komierouski, la cuisse cassée; le lieutenant Perrégaux, le lieutenant de Bonneval, le lieutenant Martin, le lieutenant Baraguey-d'Ililliers, le poignet emporté; le capitaine Jules de Méry, prisonnier. — Nous n'avons pu nous procurer les noms des autres officiers; mais il suffit de remarquer que, parmi les ;iides de ramp du maréchal, les seuls restés debout furent le colonel Denys de bamrémoiit, premier aide de camp, et le lieutenant-colonel Fabvier. (Note de l'Éditeur.)
3 Le duc de Ilaguse, comme on Ta vu dans ses Mémoires, avait été blessé en Espagne. Il fit toute la campagne de 1815 le bras en écharpe; il n'était pas encore guéri lorsqu'il reçut ces dernières blessures.
{Note de VÊditeur.)
domestiques qui m'accompagnaient, deux furent blessés et eurent leurs chevaux tués. Partout cependant nous avions résisté; partout nous avions conservé nos positions. Les troupes s'étaient surpassées en énergie et en courage, et elles en avaient bien le sentiment. Jamais je n'ai vu les miennes plus fières de ce qu'elles avaient fait.
Cependant il n'y avait plus un moment à perdre . pour nous retirer et pour hâter une retraite rendue difficile par la position particulière à Leipzig, les embarras causés par tant de corps d'armée agglomérés et les défilés qu'il fallait traverser. De nombreux ponts auraient dû être construits sur l'Elster pour donner moyen à l'infanterie de marcher sur diverses colonnes à la fois, en laissant la chaussée libre à l'artillerie, à la cavalerie et aux équipages; mais on n'en avait fait aucun. L'état major n'en avait pas reçu l'ordre et n'en eut pas la pensée. On aurait cru que des officiers seraient préposés pendant toute la nuit pour veiller à la sortie de l'artillerie et à la marche régulière de cet immense matériel. Rien de semblable ne fut ordonné. Les voitures, placées sur trois ou quatre colonnes parallèles sur les boulevards de Leipzig, se trouvant dans l'impossibilité d'avancer faute d'ordre, les soldats du train s'endormirent, et tout resta ainsi en confusion jusqu'au 19 au matin.