LIVRE XVIII
Alors il fallut prendre position dans les faubourgs de la ville, afin de les défendre autant que possible et de retarder l'entrée de l'ennemi de quelques heures pour faciliter la sortie de cette artillerie, dont on était encombré; mais, aucune reconnaissance préliminaire n'ayant été faite, aucun de nous ne connaissait les localités, les points à occuper, les issues à garder. Les jardins qui entourent Leipzig rendaient d'ailleurs la défense difficile. Les troupes ne pouvant pas circuler, se mouvoir et se porter d'un point sur l'autre, l'ennemi, dans ce labyrinthe, trouva facilement des passages pour pénétrer. Quelques troupes ennemies une fois entrées, la crainte et le désordre se mirent parmi nos soldats, et toute défense devint impossible.
Chargé d'occuper le. faubourg de Halle et de le défendre, je pris position, le 19, de grand matin. Le troisième corps était sous mes ordres.
Je plaçai la plus grande partie de mes troupes à la porte même de Halle et derrière la Partha, afin d'empêcher l'ennemi d'arriver plus tôt que nous sur la communication de Lindenau, notre point de retraite, objet de la plus grande importance. Je chargeai la division Ricard delà barrière de Schœnfeld, se liant par sa droite avec le onzième corps qui défendait la porte de Dresde. Je plaçai en ré-
serve la plus grande partie du sixième corps dans les vergers, entre la barrière de Schœnfeldet la porte de Halle, les troupes ne pouvant pas se former sur le boulevard, occupé par une grande quantité de voitures.
Nous étions à peine formés lorsque l'ennemi, -ayant réuni beaucoup d'artillerie et de troupes, attaqua le onzième corps dans le faubourg de Dresde. Ses attaques parvinrent peu après à la barrière de Schœnfeld; mais le canon qu'il avait porté de ce côté, ne pouvant découvrir le pied des maisons et du mur d'enceinte, ne lui ouvrit aucun passage. Ses tentatives furent repoussées. Une vaste maison, hors de l'enceinte, une manufacture, que j'avais fait occuper par un détachement du 70e régiment, et dont j'avais donné le commandement au major Rouget, fit éprouver de grandes pertes à l'ennemi, en même temps qu'une compagnie de carabiniers du 23e léger sortit de la barrière avec la plus grande impétuosité et massacra tout se qui s'était avancé. J'avais appelé, au secours de la division Ricard, la plus grande partie du sixième corps, et nous repoussions partout l'ennemi. Mais nous ne tardâmes pas à avoir des preuves que l'ennemi avait pénétré dans les faubourgs de droite. Il se présenta tout à coup à la droite immédiate des troupes à mes ordres, c'est-à-dire à la gauche du onzième corps, et