LIVRE XVIII. — CORRESPONDANCE
Si Czernitcheff est en marche sur la Westphalie, il reste également ici beaucoup de cavalerie légère sous les ordres de Woronzow.
((Maréchal prince de la Moskowa. »
LE MARÉCHAL NE Y AU MARÉCHAL MARMONT
« Pôtnitz, le 5 octobre 4815, cinq heures du soir.
« Le général Bertrand m'écrit ce matin de Wartenbourg à onze heures; il est aux prises depuis sept heures avec l'ennemi, qui attaque vigoureusement et auquel il suppose beaucoup de forces. Il me parait bien important que vous fassiez occuper forîement le point de Dûbèn, afin que, si l'ennemi forçait ma droite, il ne puisse pas arriver sans obstacle à Leipzig. C'est d'ailleurs dans cette position de Dùben que vous seriez en mesure de me soutenir, suivant Tordre que l'Empereur m'annonce, par sa lettre d'avant-hier, qu'il vous en a donné.
« Maréchal prince de la Moskowa. »
LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT
« Bitterfeld, le 4 octobre 1813, deux heures de l'après midi.
« Mon cher maréchal, l'armée ennemie de Sûésie, après avoir marché presque sans interruption
34i MÉMOIRES DU DUC DE RÀGUSE.
pendant cinq jours et cinq nuits, a jeté un pont sur l'Elbe, vis-à-vis Elster, dans la nuit du 2 au 5, et a attaqué hier, à sept heures du matin, le général Bertrand, qui occupait la forte position de Wartenbourg, et qui, après s'être battu depuis sept heures du matin jusqu'à six heures du soir, et après avoir fait éprouver à l'ennemi une perte considérable, a dû se replier sur Klitzschena. Ma droite se trouvant ainsi tournée par des forces très-supérieures, et pouvant être attaquée sur les deux rives de la Mulde par l'armée du prince de Suède, il m'a paru indispensable de me retirer sur Delitzsch. Il est de la dernière importance que l'Empereur prenne sur-le-champ un parti décisif; car, d'ici au G, l'ennemi peut diriger plus de cent mille hommes sur Leipzig. Les prisonniers faits -par le général Bertrand appartiennent aux corps de Langeron, Kleist et Sacken. La perte du quatrième corps n'est pas considérable, parce que les troupes étaient avantageusement postées derrière des digues et des abatis; mais la division wurtembergeoise, qui était de quatorze cents hommes et qui défendait le village de Blodding, a été presque entièrement détruite.
« J'occupe faiblement Dùben; le reste de mes troupes est à Bitterfeld et à Delitzsch.
« Maréchal prince de la Moskowa. »