LIVRE XVIII. — CORRESPONDANCE
NAPOLÉON AU MARÉCHAL BIARMONT
« Dresde, le 5 octobre 1815, deux heures du matin.
« Mon cousin, je reçois votre lettre du 4 octobre, datée d'Eulenbourg. Je n'ai encore reçu aucune nouvelle des affaires du général Bertrand que par votre lettre d'hier. J'aurais bien voulu que vous m'eussiez donné quelques détails. Donnez-moi tous ceux que vous aurez. — Le troisième corps a dû avoir, hier 4, une division à Meissen; une à Riesa et l'autre à Strehla. J'ai donné ordre qu'une division marchât sur Belgern. Je donne au troisième corps l'ordre de marcher tout entier sur Torgau. Il est, dès ce moment, à votre disposition. Ordonnez qu'à Torgau on y joigne tous les hommes de son dépôt qui sont disponibles. — Il est de la plus haute importance que vous fassiez rétablir le pont de Dùben, et que vous marchiez rapidement pour détruire le pont de l'ennemi. Votre réunion avec le prince de la Moskowa et le général Dombrowski, est aussi de la plus haute importance. — Je donne ordre au duc de Castiglione de se porter sur Leipzig avec son corps d'armée. — Il est urgent de reeter l'ennemi au delà de la rivière, avant qu'il ait de nouveaux renforts.
« Napoléon. »
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT
« Dresde, le 6 octobre 1815. neut heures du matin.
« Mon cousin, le duc de Padoue me fait passer votre lettre, datée le 5 de Lindenhain. J'avais reçu vos lettres précédentes. J'ai également reçu, parle duc de Padoue, une lettre du prince de la Moskowa, du 4 à deux heures après-midi. — Je vous ai déjà fait connaître que le troisième corps était échelonné sur la route de Meissen à Torgau; il a dû être concentré, aujourd'hui 6, à Torgau. Je serai ce soir à Meissen, avec quatre-vingt mille hommes, ayant mon avant-garde à l'embranchement de la route de Leipzig et de celle de Torgau. J'y recevrai vos lettres qui me décideront à prendre l'une ou l'autre de ces routes. Les reconnaissances envoyées hier sur la rive droite, jusqu'à dix lieues de Dresde, n'ont trouvé que peu de monde, et le commissaire du cercle de Kônigsbruck nous a instruit en détail des forces et du mouvement de l'armée ennemie. — Comme le troisième corps est sous vos ordres, j'ignore la direction que vous lui avez donnée; mais je suppose que demain matin je serai parfaitement éclairé là-dessus. — Je me propose de me porter sur Torgau, et de là de marcher sur la rive droite pour couper l'ennemi et lui