LIVRE XVIII. - CORRESPONDANCE
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT
« Reudnitz, près Leipzig, le 15 octobre 1815, dix heures du soir.
« Mon cousin, les rapports de la ville sont que le prince royal est à Mersebourg. On croit ce soir voir beaucoup de feux à Markranstadt, ce qui me ferait supposer que la force de l'ennemi ne se présenterait pas sur le chemin de Halle à Leipzig, mais sur celui de Weissenfels à Leipzig, d'où il se joindrait par Zwickau ou Pegau à Parmée de Bohême. Il est indispensable que vous ayez un officier sur la tour de Lindenau, et que vous en envoyiez un autre à la tour de Leipzig pour y lorgner à la pointe du jour. — Je suis fâché que vous n'ayez pas poussé une reconnaissance jusqu'à Schkenditz. — Il est bien nécessaire que tout votre corps ne reste pas dans la situation où il se trouve si l'ennemi attaquait ailleurs.
« Napoléon. »
le major général au maréchal ifàrmont.
« Reudnitz, le 15 octobre 1815, onze heures du soir.
a Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur est surpris que vous ne soyez pas encore en
communication avec le général Bertrand. Ce général est depuis hier au soir de bonne heure à Eustritz. — L'Empereur livre demain bataille à l'armée autrichienne, à la hauteur de Liebertwolkwitz, où le quartier général de l'Empereur sera demain 16, à sept heures du matin. Si vous n'avez que de la cavalerie ou peu d'infanterie devant vous, poussez-la loin et tenez-vous prêt à joindre l'Empereur. Le général Bertrand serait suffisant pour garder la position de ce côté si toute l'armée de Silésie ne débouche pas par là. Dans le cas contraire, le corps du prince de la Moskowa est à Mokau, et, si l'ennemi débouchait devant vous en grande force, votre corps, celui du général Bertrand et celui du prince de la Moskowa sont destinés à lui être opposés1.
« Le prince vice-connétable, major général,
« Alexandre. »
1 Cette disposition était parfaitement sage et conforme à la raison; et e'est quand m'est parvenu le rapport des sapeurs échappés de Halle, qui m'annonçait la marche décidée de l'armée; quand le rapport du 15, à neuf heures du soir, fait connaître que l'infanterie prussienne est en face des avant-postes, et que la vue des feux prouve que toute Tannée ennemie est en présence, que, le 16 au matin, Tordre est donné au quatrième corps de marcher sur Lindenau, et au troisième, de venir à fa grande armée.
[Note du duc de Uaguse.)