LIVRE XVII
et des fruits, l'enlèvement des bestiaux, enfin une guerre à mort. Quand, en 1814, les paysans français voulurent prendre les armes, on les menaça de les traiter en criminels. On prétendit qu'ils agissaient contre le droit des gens et les usages des peuples civilisés. C'est ainsi que les hommes changent de doctrines et de principes, suivant leurs diverses situations.
Ces dispositions extrêmes, inspirées par le désespoir et la fureur, restèrent, au surplus, sans exécution; mais un esprit public prononcé, une énergie admirable, se montrèrent dans toutes les classes en Prusse. Les sociétés secrètes, formées pour préparer la délivrance du pays, avec l'assentiment et l'appui du gouvernement, produisirent l'effet qu'on avait dû en attendre. Les idées de liberté, le désir d'institutions et de garanties constitutionnelles, s'étaient mêlés aux idées d'affranchissement et d'indépendance nationale. Tous ces désirs, toutes ces espérances, avaient été encouragés parle roi, à titre de moyens défensifs. Aussi tout bouillait en Prusse. Plus l'oppression de Napoléon avait été forte et sa tyrannie odieuse, et plus la réaction avait de violence. Les étudiants couraient aux armes. Cette jeunesse vive, ardente et souvent redoutable, qui peuple les universités d'Allemagne, rappelait, par son esprit, son ardeur et son but, la
formation des premiers bataillons des volontaires de France, qui furent tout de suite si remarquables par leur conduite, et qui devinrent plus tard le noyau de l'armée française et la pépinière d'où sortit le plus grand nombre de ses chefs. Enfin Pénergie de la Prusse était encore accrue par le sentiment de la position dans laquelle elle s'était placée volontairement. Sa désertion de la cause française au milieu de la guerre, cette défection du général York, avaient autorisé toute espèce de vengeance de la part de Napoléon, qui n'était, d'ailleurs, que trop disposé à s'y livrer. La force seule pouvait donc la préserver. Mais, pour mettre en œuvre de pareilles ressources, pour régulariser de semblables moyens, le gouvernement avait à peine eu trois mois, et encore le dernier de ces trois mois avait été employé tout entier à combattre. La Prusse était donc loin de présenter en ce moment les forces réelles dont elle pourrait bientôt disposer. L'armistice devait lui donner le temps d'achever ses préparatifs.
Les Russes, ses alliés, épuisés par la campagne précédente, par les marches exécutées pendant l'hiver, ne comptaient dans leur armée que des bataillons incomplets. Les recrues, formées et dressées, allaient arriver et doubler chez eux le nombre des combattants.