‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 63 sur 198 · LI VUE XVII · texte numérisé non relu

LI VUE XVII

d'après les termes des conventions, les hostilités recommenceraient le 16.

Le 12, tout étant rompu, les pouvoirs arrivèrent; mais il était trop tard. Celui qui a approché et bien connu Napoléon le reconnaîtra dans cette manière d'agir.

Napoléon s'était laissé aller tout à la lois à la fougue de son caractère, à la passion qui le dominait et à une espèce de finasserie toujours fort de son goût. Il aurait dû comprendre, tout d'abord, qu'après la consommation énorme d'hommes qu'il avait faite et la nécessité où il était de faire la guerre avec des soldats si jeunes il ne pourrait pas la prolonger pendant longtemps, car alors son armée se fondrait comme la neige au printemps. Napoléon, dans les derniers temps de son règne, a toujours mieux aimé tout perdre que de rien céder. En cela, son caractère a éprouvé une grande modification. Ce n'était plus le jeune général d'Italie qui avait su renoncer à l'espérance, de prendre immédiatement Mantoue, qui s'était résigné à abandonner cent cinquante pièces de siège dans la tranchée pour aller livrer une bataille, la gagner et aller reprendre l'exécution de ses projets.

Si, en 18 J 5, Napoléon avait fait la paix (et il pouvait la faire avec honneur après ses victoires de Lutzen et de Bautzen), en conservant de grands

avantages, il satisfaisait l'opinion publique en France. Il récompensait le pays des efforts qu'il avait faits pour le soutenir. Il laissait mûrir son armée, si je puis m'exprimer ainsi; et, après deux ou trois ans, s'il avait voulu, il aurait recommencé la lutte avec des moyens plus complets et plus imposants que jamais; mais sa passion l'entraîna. Son esprit supérieur lui montra certainement alors les avantages d'un système de temporisation; mais un feu intérieur le brûlait, un instinct aveugle l'entraînait, quelquefois même contre l'évidence. Cet instinct parlait plus haut que la raison, et commandait. Il avait d'ailleurs un conseiller funeste qui flattait ses passions, adoptait toutes ses illusions, et même les rendait encore plus éblouissantes. Le duc de Bassano, esprit étroit et vain, flatteur par essence, avait juré une adoration sans réserve à son maître. Il la professait hautement et s'en glorifiait. Il étudiait ses désirs pour en faire ses lois, et il mettait son esprit et son éloquence à plaider les causes que Napoléon avait déjà jugées. C'était un moyen de lui plaire et d'en être bien traité. Mais le prix de ses succès devait être la perte de son idole. Il répétait, à cette époque, à Napoléon sans cesse ces paroles : « L'Europe est attentive et impatiente de savoir si l'Empereur sacrifiera Dantzig: » La prétention et l'espérance de conserver

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