LIVRE XVII
fossés qui furent inondés en partie au moyen des nouveaux travaux; mais cette place, mise en état en moins d'un mois, ne fut pas occupée pendant la campagne suivante et ne servit à rien, ainsi que je l'expliquerai plus tard.
L'armistice avait été conclu par toutes les puissances dans le but apparent d'arriver à la conclusion de la paix, sans la médiation de l'Autriche. Le prince de Metternich se rendit à Dresde pour y voir l'Empereur et juger de ses dispositions. Napoléon avait toujours eu pour lui une bienveillance toute particulière et un attrait marqué. Cependant leur discussion fut vive., de la part de l'Empereur au moins; car le prince de Metternich, toujours maître de lui-même, parlait de tout sans passion, et discutait les intérêts dont il était chargé avec le calme qui convient à un homme d'Etat. Les emportements de Napoléon, joués, comme il lui arrivait souvent, ne produisirent aucun effet. La grande affaire était les pouvoirs à donner aux médiateurs. L'Empereur voulait que l'Autriche fût seulement une intermédiaire; mais l'Autriche voulait être arbitre et résolut à se déclarer contre celui qui refuserait de reconnaître sa médiation. Cependant Napoléon accorda le principe et convint de ce mode de négociation. L'Empereur reconnut clairement alors la propension de l'Autriche à devenir son en-
nemie; mais il refusait toujours à croire qu'elle s'y décidât. Il calcula avec le prince de Metternich les forces qu'il allait avoir à combattre. Il commença par les nier ou les réduire de beaucoup. Forcé ensuite de reconnaître tout ce que ces forces avaient d'imposant, il lui dit avec humeur ces paroles remarquables, qui n'étaient dignes ni de son esprit ni de son jugement : « Eh bien ! plus vous serez, et plus sûrement et plus facilement je vous battrai. »
Le prince de Metternich le quitta après une conversation de dix heures, mais ayant perdu l'espérance d'obtenir une négociation suivie dont la conclusion pût être la paix. Pendant ce temps, Napoléon s'abandonnait à l'idée que l'Autriche resterait neutre; car ses dernières paroles furent cellesci, au moment même où le prince de Metternich passait la dernière porte de son appartement : « Eh bien ! vous ne me ferez pas la guerre. »
Cependant le congrès de Prague fut ouvert comme il était convenu. Les plénipotentiaires français, MM. de Yicence et de Narbonne, s'y rendirent tard. Ensuite ils déclarèrent qu'ils n'avaient pas de pouvoirs, ajoutant qu'ils les recevraient incessamment. Le temps s'écoula dans cette vaine attente. On arriva ainsi au 10 août, dernier jour de l'armistice. A minuit, les alliés déclarèrent que,