‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 73 sur 198 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

fortement occupé, ne présentait aucune difficulté. Le lendemain, le prince de Schwarzenberg renouvela ses attaques, mais sans succès. Le deuxième corps de Tarmée française était en ligne et placé à droite. Il opéra un mouvement sur la gauche de l'ennemi, auquel le premier corps de cavalerie concourut puissamment.

L'ennemi s'était étendu au delà de la vallée de Plauen, mais il n'était pas parvenu à appuyer son aile gauche à l'Elbe. Cette aile gauche, séparée du centre par la vallée dont les montagnes sont fort escarpées, était isolée et fort en l'air. Le sixième corps avait pris sa place de bataille au centre, et le premier corps avait chassé les troupes qui bloquaient Kônigstein, menaçant les communications de l'ennemi. Ce qui eût été facile à l'ennemi en arrivant était devenu chanceux et même d'un danger imminent au moment où il attaqua la ville.

Le deuxième corps se porta, dans la matinée, sur la gauche de l'armée alliée et l'attaqua de front, tandis que la cavalerie, que le roi de Naples commandait en personne, l'enveloppa. La cavalerie autrichienne, culbutée, ayant abandonné la division Metzko, celle-ci fut chargée par nos cuirassiers. Sa résistance opiniâtre paraissait invincible, et l'on vit, en cette circonstance, quelle puissance la lance exerce dans les combats de cavalerie contre

Joi MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

l'infanterie. Le temps était horrible; des pluies abondantes empêchaient les fusils de faire feu : à peine un fusil sur cinquante partait. Tout était donc au désavantage de l'infanterie. Eh bien ! les charges de cuirassiers demeurèrent sans succès. On ne put entamer les carrés autrichiens qu'en faisant précéder la charge de cuirassiers par celle d'un détachement de lanciers. Ceux-ci ouvraient une brèche, que les cuirassiers étaient ensuite chargés d'agrandir. Une brigade de la division Maurice Lichtenstein, envoyée au secours de cette division Metzko, pour la recueillir, partagea le sort de cette dernière. Les régiments de Lusignan et de l'archiduc Régnier furent à peu près détruits. Douze à quinze mille hommes restèrent en notre pouvoir.

Pendant ces mouvements à la droite , Napoléon occupait le centre de l'ennemi par une forte canonnade. Une salve d'une batterie de la garde, dirigée par son ordre contre un groupe qu'il avait remarqué près du village de Bàcknitz, emporta les jambes du général Moreau. Ce général avait contribué à la puissance de Napoléon en se réunissant à lui au 18 brumaire et en servant ses intérêts. La flatterie l'avait rendu son rival de gloire, malgré son immense infériorité. Les petites passions de son entourage et la faiblesse de son caractère en avaient

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