‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 5)Chapitre 101 sur 126 · PRÉSIDENT DE LA COMMISSION COMPOSANT LE GOCVERKEMENT PROVISOIRE · texte numérisé non relu

PRÉSIDENT DE LA COMMISSION COMPOSANT LE GOCVERKEMENT PROVISOIRE

« Monseigneur, je me suis rendu hier (4) à Paris avec M. le maréchal duc de Tarente et M. le duc de Vicence, comme chargé de pleins pouvoirs pour défendre, près de Sa( Majesté l'empereur Alexandre, les intérêts de la dynastie de l'empereur Napoléon. — Un événement imprévu ayant tout à coup arrêté les négociations, qui cependant semblaient promettre les plus heureux résultats, je vis dès lors que,

pour évilei' à notre cluuo patrie les maux affreux d'une guerre civile, il ne restait plus aux Français^ qu'à embrasser entièrement la cause de nos anciens rois; et c'est pénétré de ce sentintent que je me suis rendu ce soir auprès de l'empereur Napoléon pour lui manifester le vœu de la nation.

ce L'Empereur, convaincu de la position critique où il a placé la France, et de l'impossibilité où il sç trouve de la sauver lui-même, a paru se résigner et consentir à une abdication entière et sans aucune restriction; c'est demain matin que j'espère qu'il m'en remettra lui-même l'acte formel et authentique; aussitôt après, j'aurai l'honneur d'aller voir Votre Altesse Sérénissime.

« Le maréchal Ney. »

« Fonlnineblenu, ]e5;iviil 1814, onze heures et demie du soir.» COPIE DE LA GARANTIE FAITE LE 6 AVRIL ET ANTIDATÉE

lOUR METTRE A 1,'aBBI I.ES OFFICIERS ET SOLDATS DU SIXlf ME CORPS.

Article premier.

« Moi, Charles, prince de Schwarzenberg, maréchal et commandant en chef les armées alliées, je garantis à toutes les troupes françaises qui, par suite du décret du sénat du 2 avril, quitteront les drapeaux de Napoléon Bonaparte, qu'elles pour-

IJVr.K XX. — COnUKSlMiMtANCK. 7.;i1

ront se retirer librcineiit en Normandie avec armes, bagages et munitions, et avec les mêmes égards el honneurs militaires que les troupes alliées et réciproquement.

Art. 2.

« Que si, par suite de ce mouvement, les événements de la guerre faisaient tomber entre les mains des puissances alliées la personne de iNapoléon Bonaparte, sa vie et sa liberté lui seront garanties dans un espace de terrain et dans un pays circonscrit au choix des puissances alliées et du gouvernement français. «

KXTUAiT DU S AT ION AL

— Jfuili, 8 aoûl 1844. —

c( ... Lofticier chargé de porter à Marmont Tordre écrit de Joseph, dont nous venons de parler, le lui avait remis à deux heures. Cet ordre, formulé dans les mêmes termes pour les deux maréchaux, était ainsi conçu :

« Si M. le maréchal duc de Raguse et M. le mac< réchal duc de Trévise ne peuvent plus tenir, ils « sont autorisés à entrer en pourparlers avec le

.".ri MÉMOIRES DU DUC DE IIAGUSE.

u prince de Schwarzenberg et l'empereui' de Russie, c( qui sont devant eux.

<> Ils se retireront sur la Loire.

« Joseph. »

0 McMiiiM.irlrr, ru 50 iiinrs 181i, // rii.r heures du matin. »

u Le duc de Raguse n'en continua pas moins à se battre. 11 avait alors non-seulement à soutenir l'effort de Schwarzenberg, mais encore du centre de Tarmée de Silésie, que venait d'amener Giulay. Cette armée, nous l'avons dit, s'était partagée en trois colonnes : celle de droite, conduite par Rlûcher en personne, se portait, à pas comptés, par Aubervilliers et Clichy, sur la butte Montmartre, tandis que celle de gauche, aux ordres du prince de Wurtemberg, après avoir traversé le bois et le village de Romainville, s'avançait, partie sur Ménilmontant, partie sur Charonne et la chaussée de Vincennes, que défendait une batterie de vingthuit pièces, manœuvrées par les élèves de l'École polytechnique, au nombre de deux cent seize, et pointées par des artilleurs de la vieille garde.

« A dix heures du soir, ces braves adolescents faisaient encore feu, lorsqu'on vint leur doimer l'ordre de rentrer à l'École.

« Blûcher ne devait pas rencontrer la même résistance. Ne pouvant croire que Montmartre n'était

MVHR XX. — CORriRSI'ONDA.Xn:. 5rM

pas forlilîé, il no s'en uppioclia, nous l'avons dit, qu'avec les précautions les plus grandes. Ce fut à trois heures et demie seulement que ses premiers détachements parurent au pied de la butte. Quelques obus et quelques boulets furent lancés contre eux; mais, à quatre heures, il ne restait plus un seul homme armé sur ce point. Blûcher l'occupa immédiatement en force, et, à quatre heures et demie, les huit pièces que nos soldats y avaient laissées étaient tournées contre Paris, et jetaient sur les fiuibourgs les plus rapprochés des boulets et des obus.

ce Ce désarroi, cet abandon général, inspiraient les craintes les plus vives à la partie riche de la population de Paris; ils préoccupaient surtout vingtcinq à trente personnes, banquiers, commerçants, propriétaires, qui attendaient Marmont, lorsque, à six heures du soir, après avoir fait avertir le duc de Trévise, par le général Meynadier, de la signature de l'armistice, il parut dans les salons de son hôtel de la rue de Paradis-Poissonnière. Il était à peine reconnaissable, a dit un témoin oculaire; sa barbe avait huit jours; la redingote qui couvrait son uniforme était en lambeaux ; de la tête aux pieds il était noir de poudre. Il annonça la suspen-

oôi MÉMOIRES DU DUC DK RAGUSE.

sion d'armes. « C'est bien pour l'armée, s'écria- (( t-on autour de lui; mais Paris? qui le garantira « des excès de l'ennemi? Il faut une capitulation « pour le sauver ! »

« Marmont en convint. <( L'armistice, ajouta-t-il, « a précisément pour objet de faciliter à Paris un « arrangement particulier à l;i capitale. Mais je suis « sans autorisation pour traiter en son nom; je ne la « commande pas; je ne suis pas gouvernement. <c Simple chef de corps, je n'ai à m'occuper que des « troupes sous mes ordres. Elles ne peuvent plus a rien ; elles on t fait tout ce qu'humainement on pou- « vait exiger d'elles. On vient de m'annoncer le re- « tour de l'Empereur par la route de Fontainebleau; <( je vais me replier sur cette ville, et laisser, à qui « doit le prendre, le soin d'une capitulation spéciale « pour Paris. — Mais qui la proposera? qui la si- « gnera? répliqua-t-on tout d'une voix; le gouverne- « ment, toutes les hautes autorités, nous ont aban- « donnés; il ne reste plus personne. Ce n'est pas le « conseil municipal de Paris qui peut traiter directe- « ment avec l'empereur de Russie et le roi de <c Prusse; ces princes ne connaissent, pas même de « nom, un seul de ces membres. Les maréchaux, <( après avoir défendu la ville, auraient-ils l'inhu- « manité de l'abandonner à toutes les exigences, à « toute la colère du vainqueur? Puisqu'ils ont con-

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<( clu l'armistice, que leur coùte-t-il de compléter la « négociation? Joseph, d'ailleurs, ne leur a-t-il |»as « donné carte blanche? »

« Marmont résista longtemps. A la fin, entraîné parles supplications de tout ce qui l'entourait, par les prières d'une députation du corps municipal, qui vint le conjurer de s'entremettre, il consentit à prendre la responsabilité d'un acte que tous lui signalaient comme l'unique moyen de salut pour Paris. Deux aides de camp furent chargés de conclure en son nom. Les troupes commencèrent leur mouvement de retraite sur Fontainebleau. Ce furent les détachements les premiers partis que l'Empereur rencontra à Fromenteau.

c( La capitulation de Paris étonna, indigna la France. Le peuple ne put comprendre comment Paris, capitale d'un grand empire, centre de toutes les ressources du gouvernement, avec une population de sept cent mille âmes, s'était rendue après une lutte de quelques heures. Les nations ont leur jour d'injustice : le gouvernement de la régente avait été inepte et lâche; l'Empereur imprévoyant et aveugle au delà de toute croyance; l'armée, sous Paris, s'était montrée héroïque; fait inouï! elle venait de tuer à l'ennemi plus de soldats qu'elle ne comptait de combattants; et ce furent les chefs de cette armée qu'on accusa. Les nations ont aussi

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leurs passions; la défaite, même la plus honorable, leur semble une honte qu'elles ne peuvent accepter; être trahies va mieux à leur orgueil; la capitulation, signée par les aides de camp du duc de Raguse, fut reprochée à ce maréchal comme un acte d'infâme trahison. — Joseph Bonaparte, Clarke, duc de Feltre, le général Hullin, voilà les seuls noms sur qui doit éternellement peser le fatal souvenir de la preniicrc capitulation de Paris. Le maréchal Marmont était encore un des plus nobles soldats de notre armée au 50 mars 1814. »

A. DE VaULABELLE.

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