N° XX. — I-E PRINCIÎ EUGÈNE A I.A PRINCESSE AUGUSTE
Goïto, le 11 février 181 1.
Je l'annonce que le roi de Naples, aussitôt qu'il a su que j'avais gagné la bataille du Mincio, m'a envoyé un officier pour me faire quelques ouvertures. J'y envoie de suite Bataille pour l'entendre; ce serait un beau résultat pour moi si je pouvais obtenir qu'il se déclarât en notre faveur.
Eugène.
N" XXI. — LETTRE DU PRINCE EUGÈ.NE A l'eWPEREUR.
VoUa, le 18 février 1814.
Sire,
Une lettre que je reçois de l'impératrice Joséphine m'apprend que Votre Majesté me reproche de n'avoir pas mis assez d'empressement à exécuter l'ordre qu'elle m'a donné par sa lettre en chiffres, et qu'elle m'a fait réitérer le 9 de ce mois par le duc de Feltre.
Votre Majesté a semblé croire aussi que j'ai besoin d'être excité à me rapprocher de la France, dans les circonstances aciuelles, par d'autres motifs que mon dévouement pour sa personne et mon amour pour ma patrie.
Que Votre Majesté me le pardonne, mais je dois lui dire que je n'ai mérité ni ses reproches ni le peu de confiance qu'elle montre dans des sentiments qui seront toujours les plus puissants mobiles de toutes mes actions.
L'ordre de Votre Majesté portait expressément que, dans le cas où le roi de Naples déclarerait la guerre à la France, je devais ii;e retirer sur les Alpes. Cet ordre n'était que conditionnel; j'aurais été coupable si je l'eusse exécuté avant que la condition qui devait en motiver l'exécution eût été remplie. Mais cependant je me suis mis aussitôt, par mon mouvement rétrograde sur le Mincio, et en m'échelonnant sur Plaisance, en mesure d'exécuter la retraite que Votre Majesté me prescrivait, aussitôt que le roi de Naples, sortant de son indécision, se serait enfin formellement déclaré contre nous. Jusqu'à présent ses troupes n'ont commis aucune hostilité contre celles de Votre Majesté ; le roi s'est toujours refusé à coopérer activement au mouvement des Autrichiens, et, il y a deux jours encore, il m'a fait dire que son intention n'était point d'agir contre
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A'olro MnjoslL', el il m'a iloiiiic en nièiiie 1(Mii|is à eiiliMidrc ([u'il m; faudrait (]u'uii(; circonslaiicc iioureiiso pouriju'il s(! ({T'claràl, on Javeur des drapeaux suus ies(iuels il a toujours coinliallu. Votn; Majesté voit doue ('laifenient qu'il uc m'a point (Hé j)erinisde croire que le moment d'exécuter sou ordre coudilioiinel fût arrivé.
Mais, si Votre Majesté veut supposer un instant que j'eusse iii- Icrprélé ses ordres de manière à me retirer aussitôt que je les aurais reçus, qu'en sorait-il résulté?
J'ai une armée de trente-six mille hommes, dont vingt-quatre mille Français et douze mille Italiens. Mais, de ces vingt-quatre mille Fiançais, plus de la moitié sont nés dans les Ftats dt; Home et de Gènes, en Toscane et dans le Piémont, et aucun d'eux, assurément n'aurait repassé les Al])es. Les hommes qui appartiennent aux di'partements du Léman et du Mont-Blanc, qui commencent déjà à déserter, auraient bientôt suivi cet exemple des Italiens, et je me serais trouvé dans les délilés du mont Cenis ou de Fenestrelle, comme je m'y trouverai aussitôt que Votre Majesté m'en aura donné l'ordre positif, avec dix mille hommes à peine, et attirant à ma suite sur la France soixante-dix mille Autrichiens, et l'armée napolitaine, qui alors, privée de la présence de l'armée française qui lui sert encore plus d'appui que de frein, eût été forcée aussitôt d'agir offensivement contre nous. Il est d'ailleurs impossible de douter que Févacualion entière de l'Italie aurait jeté dans les rangs des ennemis de Votre Majesté un grand nombi'e de soldats qui sont aujourd'hui ses sujets.
" Je suis donc convaincu que le mouvement de retraite prescrit par Votre Majesté aurait été très-funeste à ses armes, et qu'il est fort heureux que, jusqu'à présent, je n'aie pas dû l'opérer. Mais, si l'intention de Votre Majesté était que je dusse le plus promptement possible rentrer en France avec ce que j'aurais pu conserver de son armée, que n'a-t-elle daigné me l'ordonner? Elle doit en être bien persuadée, ses moindres désirs seront toujours des lois suprêmes pour moi; mais Votre Majesté m'a appris que dans le métier des armes il n'est pas permis de deviner les intentions, et qu'on doit se borner à exécuter les ordres.
Quoi qu'il en soit, il est impossible que de pareils doutes soient nés^dans le cœur de Votre Majesté. Un dévouenient aussi parfait que le mien doit avoir excité la jalousie; puisse-t-elle ne point parvenir à altérer les bontés de Votre Majesté pour moi ! elles seront toujours ma plus chère récompense. Le but de toute ma vre sera de les juslifier, et je ne cesserai jamais de mettre mon bonheur à vous prouver mon attachement et ma gloire à vous servir.
J,' suis, Sire, etc.
Siffné: LLCiixu: Napoléok.
450 Ml':MOinES DU DUC DE RAGUSE.
l\° XXII. — i."i;Mrir,i;ir. au raïKCE EiotMi.
ÏNaiigis, le 18 féviiLM- 18li.
Mon (ils.
J'ai roru volro lettre du 9 février; j'ai vu avec plaisir les avantages que vous avez olitenus; s'ils avaient été un peu plus décisifs et (jue l'ennemi se fût plus compromis, nous aurions pu garder l'Italie. Tasclier vou^ fera connaître l'état des choses ici ; j'ai détruit l'armée de Silésie, composée de Russes et de Prussiens; j'ai commencé hier à battre Sclnvarzenberg ; j'ai, dans ces quatre jours, fait trente à quarante mille prisonniers, pris une vingtaines de généraux, cinq à six cents officiers, cent cinquante à deux centspièces de canon et une immense quantité de bagages; je n'ai perdu presque personne; la cavalerie ennemie est à bas, leurs chevaux sont morts de fatigue ; ils sont beaucoup diminues; d'ailleurs ils se sont trop étendus.
Il est donc possible, si la fortune continue à nous sourire, que l'ennemi soit rejeté en grand désordre hors de nos frontières cl que nous puissions alors conserver l'Italie. Dans cette supposition, le roi de Naples changerait probablement de parti.
Votre père affectionné,
KaI'OLÉON.
IN" XXlll. — l'empereur au it.ince eugè.ne.
Au cliàic;in i!c ïurville, pics Moiitirpau, le 19 février ISIl.
Mon fils,
Il est nécessaire que la vice-reine se rende sans délai à Paris pour y faire ses couches, mon intention étant que, dans aucun cas, elle ne reste dans le pays occupé par l'ennemi. Faites-la donc partir sur-le-champ. Je vous ai expédié Tascher; il vous fera connaître les événements qui ont eu lieu avant son départ. Depuis j'ai battu Wiitgenslein au combat de JN'angis, je lui ai fait quatre mille prisonniers russes et pris des canons et des drapeaux, et surtout j'ai enlevé à l'ennemi le pont de Montereau sans qu'il ait pu le brûler.
Votre affectionné père, IS'apoiéo^.
PsOTI- Il EL ATI VI' AU l'inNCF. KICLM:.
K" XXIV. KXTItAIT Il'UN l'.AI'I'OIiT hV COMTE TAi'CIIKH DK I,\ PACFRIE,
KNVOVK AUrRÈS l)li I.'EMPEIllil P, AIM'.ÈS LA BATAILLE IiU JIINCIO, LE !l rÉ-
M'.iEi; ISli, ET iiEPAi.Ti HE PAr.is r.E 18 févisiei;.
Quartier giMicial dclla Volta, le '27 février.
Le leiulciiiaia malin (18), Sa Majesté me fit appeler ; je fus iiitroihiit dans son caliinet, et elle me dit: « Tascher, tu vas partir tout de suite pour retourner en Italie; tu ne t'arrêteras à Paris ijuc pour voir ta femme, sans communiquer avec qui que ce soit, tu diras à Lugène que j'ai élé vainqueur à Ciian)paubert et à Monlmirail des meilleures troupes de la coalition ; que Scliwarzenberg m'a fait demander celte nuit, par un de ses aides de camp, un armistice, mais que je n'en suis pas dupe, car c'est pour me leurrer et gagner du lemps. Tu lui diras que, si les ordres qui ont été donnés hier au maréchal Victor avaient été ponctuellement exécutés, il en serait résulté la perte des corps bavarois et des Wuilembergeois, pris au dépourvu parce mouvement, et qu'alors, n'ayant plus devant lui que des Aulrichiens, qui sont de mauvais soldats et de la canaille, il les aurait menés à coups defouet do poste; mais que, rien de ce qui avait été ordonné n'ayant été fuit, il a fallu recourir à de nouvelles chances. » Sa Majesté ajouta: « Tu diras à Eugène que je lui donne ordre de garder l'Italie le plus longtemps possible; de s'y défendre; qu'il ne s'occupe pas de l'armée napolitaine, composée de mauvais soldats, et du roi de Naples qui est un fou, un ingrat; en cas qu'il soit obligé de céder du terrain, de ne laisser dans les places fortes qu'il sera ohligé d'abandonner que juste le nombre de soldats italiens nécessaire pour en faire le service; de ne perdre du terrain que pied à pied en le défendant, et qu'enlin, s'il était serré de trop [u-és, de réunir tous ses moyens, de se retirer sous les murs de Milan, d'y livrer bataille: que, s'il est vaincu, d'opérer sa retraite sur les Alpes comme if pourra; ne céder le terrain qu'à la dernière extrémité. Dis à Eugène que je suis content de lui ; qu'il témoigne ma satisfaction à l'armée d'Italie, et que sur toute la ligne il fasse tirer une salve de cent coups de canon en réjouissance des victoires de Champaubert et de iMontmirail. A Lyon, tu verras le préfet; tu diras au maréchal Augereau qui y commande qu'ayant pris douze mille hommes de vieux soldats, y compris le 15° de cuirassiers et le 1 1° de hussards, d'y réunir les nouvelles levées, les gardes nationales, la gendarmerie, de marcher sur-le-champ, tête baissée, sur Màcon el Ciiàlons, sans s'occuper des mouvemenlsdel'ennenii sur sa droite;
i;>S .MKMOIHES DU DUC DH UAGUSE.
(lu'il n'aura à combaltre que le corps du prince de llesse-lloiiiliourg, composé dos troupes de nouvelle levée des petits princes allemands, coniinandés par des olliciers de la noblesse allemande sans aucune expérience de la guerre; qu'il doit les vaincre et ne pas s'effrayer du nombre. A Turin, tu diras au prince Borgbèse de conlreinander l'évacuation de la Toscane s'il en est encore temps ; mais, dans le cas contraire, d'arrêter les troupes dans leurs mouvements ; de défendre les différentes positions en avant de la ville de Gènes, de mettre cette ville dans un état imposant de défense <H donner connaissance de ces dispositions au vice-roi. »
De \'otre Altesse Impériale, etc., etc.