‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 5)Chapitre 124 sur 126 · L. Tasciier de la Pageuie · texte numérisé non relu

L. Tasciier de la Pageuie

N" XXV. — LE PRINCE EUGÈNE A l'eMI'EREUR.

Volta, ic 27 février 18U, au soir.

Sire,

J'ai reçu ce matin les ordres de Votre Majesté, en date du 19, concernant le départ de la vice-reine de Milan. J'ai été profondément affligé de voir, par la forme de cet ordre, que Sa Majesté s'était méprise sur mes véritables intentions, en pensant que j'eusse jamais eu celle de laisser la vice-reine dans des lieux qu'auraient occupés les ennemis de Votre Majesté, à moins d'un obstacle pbysique. Je croyais, par toute ma conduite, avoir mérité que Votre 3Iajesté ne mît plus mes sentiments en doute.

La santé de ma femme a été très-mauvaise depuis trois mois; les derniersévénements, en redoublant ses inquiétudes, avaient encore aggravé son mal. Je vais lui communiquer les intentions de Votre Majesté, et, dès que sa santé le lui permettra, elles seront remplies. Je le répète, Sire, elles ne pouvaient nous cbagriner que par les motifs injustes (jui vous les auraient suggérés, et qui sont étrangers, j'ose le dire, i\ votre cœur paternel.

Je suis avec respect, Sire, de Votre iMajeslé,

Le bien soumis et tendre fils et fidèle sujet, Eugène Napoléon.

N" XWI. — LE ministre de la guerre AU PRINCE EUGÈNE.

Paris, le 3 mars 1814.

J'ai reçu les lettres dont Votre Altesse Impériale m'a bonoré sous les dates des 1'!, 18, 20 et 22 février, et j'ai eu soin d'entransinetltre

lyOTE IIKLATIVE Al! l'IUNCI' KUCI'iMi. i.VJ

le coiitonnà rKmixTour. Sa Majesl('' y aiira\u iiliisioiirscIiosL-s satisfaisantes, mais elle n'a encore rien l'ait connaître à cet égard. Je dois croire que riinipereur est disj)osé à laisser en ce moment l'armée d'Italie dans la position où elle se trouve; et (jue Sa Majesté se bornera à faire revenir les garnisons de la Toscane et des Ktals romains, comme l'ordre en a été donné. Déjà la garnison de Livourne est repliée sur Gênes, d'après les dispositions arrêtées par madame la grande-ducliessc, qui devait négocier aussi pour le retour des garnisons de Sienne, Montargentaro et des forts de Florence.

Quant à Tarmée d'Italie, il paraît que les succès remportés par Votre Altesse Impériale, joints à ceux que l'Empereur a obtenus de son côé, lui procureront les moyens de se maintenir dans sa position et d'attendre les événements.

J'ai l'honneur,

Signé : Duc de Feup,!:.

N° XXVII. — LE rnixcE ecgène a la prlncesse auguste

Mantoue, le 9 mars 1814, au soir.

3Ia bonne Auguste, le roi de Naples a enfin levé le masque. 11 nous a attaqués hier matin à Heggio avec dix-huit à vingt mille hommes; je n'y avais pas trois mille hommes, et on a tenu toute la journée ; le général Severoli y a eu la jambe emportée et nous y avons perdu deux cent cinquante à trois cents hommes. Kos troupes se sont repliées sur Parme et ont pris en arrière la position de Toro; cela me fera faire un second mouvement sur Plaisance, surtout si le roi de iXapIes continue à s'avancer. Le général***, que j'ai laissé sur le Mincio, a une peur de tous les diables depuis que je n'y suis plus.

Je t'engage, ma bonne amie, à continuer tes préparatifs, et demain ou après-demain je t'enverrai Triaire; tout cela dépendra, du reste, des nouvelles et des événements !

Eugè.ne.

lN° XXVIII. — l'empereur au prince eugè.ne.

• Soisson?, le l'2 mars 1814.

.Mon lils, je reçois une lettre de vous, et une de la vice-reine, qui sont de l'extravagance; il faut que vous ayez perdu la tête ; c'est par dignité et honneur que j'ai désiré que la vice-reine vînt faire ses couches à Paris, et je la connais trop susceptible pour penser qu'elle puisse se résoudre à se trouver dans cet état au

MI'MOIIIKS nu DLM: de IIAGLSE.

iiiilioii dos AutiichiiMis. Siirla (U'iiiaiido de la reino Horicnse, j'aurais pu \ous eu écrire plus lui; uiais alors l'aris était menacé. Du niuiueut (|ue colle ville ne l'est plus, il n'y aurait rien de plus siMijile aujourd'Iuu que de venir l'aire ses couches au milieu de sa i'aniille, et dans le milieu où il y a le moindre sujet d'inquiétude. Il l'aut que vous soyez fou pour supposer que tout ceci se rapporte à de la politique. Je ne cliange jamais ni de style ni de ton, et je vous ai écrit comme je vous ai loujours écrit.

Il est làclieux, jiour le siècle où nous vivons, que votre réponse au roi do Bavière vous ait valu l'eslime de toute l'Iùirope. Quant à moi, je ne vous en ai pas fait compliment, parce que vous n'avez fait (|uo votre devoir, et que c'est une chose simple. Toutefois vous en avez déjà la récompense, même dans l'opinion do l'onneini, de qui le mépris pour votre voisin est au dernier degré.

Je vous écris une lettre en chiffres pour vous faire connaître mes intentions.

Votre affectionné père, ISapolko.n.

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