‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 5)Chapitre 13 sur 126 · LIVRE XI\. — isii · texte numérisé non relu

LIVRE XI\. — isii

nutes plus lard sur le point où l'onnonii voii;iil de passer la rivière, ou que j'eusse hésité un instant à me mettre à la tête de cette poignée de soldats, seule troupe sous ma main, c'en était fait de mon petit corps : personne n'échappait. Il y a un grand charme et une grande jouissance à obtenir un succès personnel, à sentir, au fond de la conscience, que le poids de sa personne, et, pour ainsi dire, de son bras, a fait pencher la balance et procuré la victoire. Cette conviction , partagée par les autres, et exprimée par un sentiment d'admiration et de reconnaissance, cause une félicité dont on ne peut guère avoir l'idée quand on ne l'a pas éprouvée.

L'Empereur, extrêmement satisfait de ce succès, récompensa les officiers que je lui désignai. Ce coup de vigueur, fait avec si peu de monde contre des troupes si supérieures en nombre et en moyens, prouvait qu'il y avait encore un reste d'énergie en nous-mêmes, et que, si le nombre nous accablait, nous n'avions pas dégénéré.

Pendant ces divers mouvements, le général York, dont l'avant-garde avait été, le 51, à Montier-en- Der, au lieu de continuer sa marche pour opérer sa jonction avec l'armée, se dirigea sur Vitry, qui d'abord se défendit, de là sur Châlons, où le duc de Ta rente était le 31 janvier.

4(; MKMOIRKS DU DUC DK HACUSE.

Le (lui- (1(^ T.irtMito ;iy;nil ('Vîicih; Châlons et ciiv()V('' au griu'ial MoiU-Marie, coiiiinaïKlaiil à Vilry, lOrdn^ (le quitter cette place, le corps d'York passa la Marne et suivit le duc de Ta rente dans son mouvement sur Kpernay, Château-Thierry et la Fertésous-Jouarre.. Le duc de Tarente, en se retirant conslanniient contre des forces très-supérieures, retarda, autant qu'il était possible, la marche de I ennemi; mais sa retraite était en outre nécessitée par la marche du reste de l'armée de Silésie, qui se portait sur la Ferté-sous-.Iouarre, par la route directe de Montmirail.

Le lendemain du combat de Rosnay, 5 février, je me portai à Arcis-sur-Aube, où je pris position. L'Empereur s'était placé en avant de Troyes, où il réunit au reste de ses forces le maréchal duc de Trévise, qui s'y trouvait déjà. Là il s'arrêta. L'ennemi ne fit aucune entreprise sérieuse; il n'y eut que quelques engagements insignifiants.

Pendant toute la journée du 4, je pus voir, d'Arcis, les colonnes ennemies descendant la rivière par la rive droite, et se portant dans la direction de Fère-Champenoise. Malgré les efforts de courage si' récents dont les soldats devaient être glorieux, un découragement général se faisait .sentir par un symptôme effrayant. Deux cent soixante-sept soldats du ôV léger désertèrent pendant la même

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