LIVRE XIX. — i8ii
position défensive. Le plateau élevé de la Brie- Chanipenoise domine les immenses plaines stériles et dépouillées qui le précèdent, et composent tout le pays, depuis Etoges jusqu'à Châlons.
Les troupes montrèrent une grande valeur. Des conscrits, arrivés de la veille, entrèrent en ligne, et se conduisirent, pour le courage, comme de vieux soldats. Oh! qu'il y a d'héroïsme dans le sang français! Je ne puis me refuser au plaisir de citer deux mots de deux conscrits qui peignent, tout à la fois, l'esprit de cette jeunesse et les instruments dont il nous était donné de nous servir.
Deux conscrits étaient aux tirailleurs. Ils avaient été commandés par l'ordre de service. Je m'y trouvais aussi. J'en vis un qui, fort tranquille au sifflement des balles, ne faisait cependant pas usage de son fusil. Je lui dis : « Pourquoi ne tires-tu pas? » Il me répondit naïvement : « Je tirerais aussi bien qu'un autre si j'avais quelqu'un pour charger mon fusil. » Ce pauvre enfant en était à ce point d'ignorance de son métier.
Un autre, plus avisé, s'apercevant de l'inutilité dont il était, s'approcha de son lieutenant et lui dit : c( Mon officier il y a longtemps que vous faites ce métier-là; prenez mon fusil, tirez, et je vous donnerai des cartouches. « Le lieutenant accepta la proposition, et le conscrit, exposé à un feu meni--