LIVRE XIX. — CnnRESPONDANCE. ii'J
(lu Uliin, |)rès de Maiihcim. Grs travaux, joints à l'accumulation prompte de ses forces sur ce point, et les bruits répandus parmi les gens du pays que son intention est de passer sur ce point, me font croire à la réalité de ce projet.
« Le prince deSclnvartzenbergest parti hier poui* Manheim, et on annonce le départ du quartier général pour cette ville.
« J'avais donné l'ordre au troisième corps de l'artillerie, par suite des dispositions prises pour le cinquième corps d'armée, de s'étendre, et au duc de Padoue de placer son quartier général à Bonn. D'après les nouveaux ordres de Votre Majesté, je lui ai expédié celui de se rendre à Cologne, à la disposition du duc de Tarente.
« 11 est possible que l'ennemi tente un passage sur ce point, en même temps que sur Manheim; mais il est indubitable que, si l'ennemi opère, ses opérations préalables seront aux environs de Manheim, attendu que le grand obstacle à craindre pour lui maintenant sont les glaces que le Rhin va charrier dans quelques jours, glaces qui sont plus abondantes et beaucoup plus précoces au-dessous de la Moselle, de la Lahn, du Mein et du Necker qu'au départ de ces rivières, attendu encore que presque toutes ses forces sont sur la rive gauche du Mein et sur le Necker.
MO MÉMOIRES DU DUC Di: HACUSK.
(• Ces coiisidiM-ations cl la naliin' du pays au dessous de Ma yeiicc, qui fait (luercnnoiiii ne peut tenter le passage qu'à Coblentz ou à Baccarach seulement, où il y a des débâcles, tandis (juMl y a une multitude de passages fiworables entre Mayence et Landau, me déterminent à laisser la sixième division du sixième corps, qui occupe Coblentz et Baccarach, seule sur ce point, où elle est bien suffisante, étant forte de plus de sept mille hommes , et à laisser l'autre division du sixième corps cantonnée à la gauche de la première, entre Worms et Mayence.
c( Cette disposition est non-seulement nécessaire pour défendre le passage, mais encore pour occuper, si l'ennemi avait réussi à forcer les gorges des montagnes, les routes de Kircheim, Boland, Turkheim et d'Alzey, qu'il faut occuper à la fois, parce qu'ils aboutissent à Kayserslautern. »
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON
0 27 novembre iXlo.
c< Sire, quoique les calculs de la raison disent qu'il est trop tard pour passer le Rhin ici avec une armée nombreuse, et que, dans dix jours, tous les établissements pour la conservation de ponts de bateaux seront une chose non-seulement incertaine, mais peut-être même impossible, je ne puis pas
LIVl'.K Xl\. - COnUKSI'ONDANCE. !il
douter que l'eiHieiiii ni\\l ("oriné le projet d'exécuter ce passage et ne soit au inouieut de le tenter. Toute l'artillerie autrichienne est accumulée aux environs de Manheim, et tous les ouvriers du pays ont été mis en réquisition et travaillent à préparer des moyens de passage.
« D'après cet état de choses, je me détermine à quitter Mayence et à établir mon quartier général pour quelques jours à Worms, afin de surveiller de plus près les mouvements de l'ennemi, défendre le passage autant que possible, et assurer le retour, en bon ordre, des troupes au pied des montagnes. Dansle cas où l'ennemi n'effectuerait pas son passage, je reviendrais dans sept à huit jours à Mayence.
« Je laisse la division du général Ricard à Coblentz, pour garder cette ligne et défendre le passage du Rhin, si l'ennemi le tente sur ce point. Je laisse le premier corps de cavalerie pour l'appuyer. Si l'ennemi la force, elle se repliera par Simmern et Kirchberg; elle appuiera ainsi le premier corps de cavalerie, qui défend la Nahe, avec quelques corps d'infanterie de cette division. Si je suis forcé à Manheim, ce premier corps de cavalerie, également placé sur la Nahe, se trouvera en ligne avec moi, et couvrira ma communication avec les troupes du général Ricard. Enfin je modifierai le mouvement de ces troupes suivant les circonstances»
fl2 MKMOIIU'S DU nrc HE RAGUSE.
u II parait, d'après reiisemblc des reiiseigneineiils, que le corps austro-bavarois, auquel se serait joint un corps russe, est dans le haut llhin, sur la frontière suisse; que l'armée autrichienne, avec le duc de Wittgenstein, est sur les deux rives du Necker, mais particulièrement sur la rive gauche; que l'armée de Silésie, ou du moins la plus grande partie, est entre Francfort et Mayence.
a Le général Sacken a son quartier général à Wûker, et le général Blûcher à Hôscht. Les généraux russe et prussien sont à Francfort, mais devant partir pour Manheim. D'après cela, il n'y aurait dans le bas Rhin que l'armée dite de Berlin et les Suédois.
c( Les empereurs étaient encore hier à Francfort.
« Les approvisionnements de Mayence sont en bon état; il y a quarante mille quintaux de grain ou farine, dont quatorze mille de farine. Les moutures ont acquis tout le degré d'extension possible; huit cents quintaux entrent en magasin chaque jour en sus des consommations, et il y a deux mille bœufs dans la place.
c( Le nombre des malades va toujours en augmentant, et les corps s'affaiblissent à vue d'oeil. »
LlVHIi Xl\. — (KtUIliîlSl'U.MtANCE. Or,
NAPOLÉOiN AU MARÉCHAL MARMO.NT.
« Vnrif, le 4 il(Heml)ie ISI".
« Mon cousin, je ne comprends pas comment le duc de Tarente se plaint de n'avoir pas encore louché de solde. Donnez-moi une explication là-dessus. Je ne comprends pas davantage comment la cavalerie n'a pas touché sa masse de ferrage. Faites-moi connaître quelle était la situation du magasin de l'habillement à Mayence, au 1" novembre, et quelle est sa situation au 1" décembre. — Les conscrits pour le quatrième corps commencentils à arriver?
« Napoléon. »
le major général au maréchal marmont.
« P;iris, le 9 décembre 1813.
« Monsieur le duc de Raguse, je vous ai déjà écrit de donner les ordres les plus précis pour interdire toute communication de l'une à l'autre rive du Rhin; je vous envoie ampliation d'un décret impérial qui ordonne expressément cette mesure : veillez avec soin à son exécution dans l'étendue de votre commandement.
94 MlîMOinES DU DUC \)E HAGUSK.
Ministère de la gueiire.
(Extrait (k's minutes île la sfci'étairerie ilLlal.)
« Au palais dos Tuileries, le 7 iléccmlire 1813.
« Napoléon, empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la Confédération du Rhin, médiateur de la Confédération suisse,
(( Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
Article premier.
« Toute communication de l'une à l'autre rive du Rhin sera fermée depuis Huningue jusqu'à Willemstadt. On ne laissera ni entrer sur le territoire ni en sortir aucune personne, aucune postp, aucun courrier.
Art. 2.
ce Nos ministres de la guerre, de la police générale et du commerce sont chargés de l'exécution du présent décret.
« Signé : Napoléon. »
« Par TEmpereur.
c( Le ministre secrétaire d'État, « Signé : le duc de Bassano.
« Le ministre de la guerre, ce Signé : Duc de Feltre.
c( Pour ampliation :
« Le prince vice-connétable, major général,
c( Alexandre. »
LIVIU': XIX. - CORRESlM)M)A.N<;i:. !(?)
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON
« 0 flcicembro 1817,.
« Sire, j'ai rhonneur de rendre compte à Votre Majesté que le mouvement général de l'armée ennemie continue vers le haut Rhin. Il n'y a plus d'Autrichiens sur les bords du iNecker. Le corps de Sacken, qui était devant Castel, s'est porté sur Manheim. Le corps de Langeron, qui était en face de Coblentz il y a huit jours, est aujourd'hui devant Castel. Il parait qu'il y a aussi des troupes prussiennes aux environs de Manheim, mais j'ignore de quel côté elles sont.
« J'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire le 4 décembre. Je ne puis pas donner toutes les explications qu'elle peut désirer sur les payements faits au onzième corps; le payeur général est parti cette nuit pour Paris, par suite des ordres du ministre; mais, ce que je sais, c'est qu'il a été envoyé de l'argent au duc de Tarente, attendu que je me rappelle avoir fait fournir les escortes. La cavalerie n'a touché qu'une portion de sa masse de ferrage, et les sommes que Votre Majesté a ordonné de payer aux troupes n'ont pu l'être qu'en partie, attendu que les fonds étaient insuffisants; cependant il est de la plus grande urgence
'J(i -MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
que reliure recoiivro une portion de sa solde, et
pour aux compagnies, et quelque
secours aux individus; il est bien nécessaire que, lorsqu'on ne payera qu'un ou deux njois, de payer les mois courants de préférence à ceux arriérés, afin que tout le monde puisse y participer.
c< 11 n"est point encore arrivé de conscrits pour le quatrième corps.
«.( Je joins à cette lettre les deux états que Votre Majesté m'a demandés. »
LE MA.IOU GÉNÉRAL AU MAIU^GIIAL MARMOIST.
« Piiris, lo 12 décenil)re 1815.
c( Je vous ai adressé, le 7 de ce mois, l'ordre de faire diriger sur Strasbourg la quatrième division du deuxième corps d'armée. L'Empereur me charge de vous renouveler cet ordre.
« Sa Majesté ordonne aussi que vous fassiez diriger sur Strasbourg le cinquième corps de cavalerie pour y être, ainsi que la quatrième division du deuxième corps d'armée, sous les ordres du duc de Bellune.
c( Le prince vice-connétable, major général,
« Alexandre. »
ijvr.K XIX. - (;()in{L>i(i>iiiAM;i-;. \n
;\.\l»()I.K(>.N M MMIHIIIAI. MAItMO.NT.
n l'aiis, le H décembre JSl.j.
(( Mon cousin, je vois avec plaisir que le preniicidétachement des onze mille cinq cents conscrits destinés pour le quatrième corps commence à arriver. Faites habiller ces hommes, et faites-les incorporer dans les régiments.
« Napoléon. »
NAI'OLÉON Al MAIii;<:ilAI. MAi'.MONT.
« Paris, le 14 déceinbie 18l.~>.
(( Mon cousin, j'ai donné tous les ordres pour la formation de grands hôpitaux sur les derrières de l'armée, afin d'éviter les évacuations. Correspondez à ce sujet avec le major général. — Je vois avec peine que les maladies continuent. Est-ce que le froid ne les fera pas diminuer? — Deux corps de gardes nationales qui sont très-belles, et qui sont sous votre commandement, ont eu beaucoup de déserteurs, parce que vous les avez éparpillées. 11 serait convenable de les tenir dans les places fortes, sans quoi jamais elles ne se formeront. Écrivez aux préfets pour qu'ils fassent rejoindre les déserteurs ou qu'ils les remplacent.
« Napoléon. »