LIVRE XIX. - CORRESPONDANCE
précaution et de détail que la raison autorise. J'ai donné l'ordre de faire distribuer de l'eau-de-vic à tous les soldats, du vin aux convalescents et aux malades. J'ai réduit partout le service, et aucun des moyens que je puis employer ne sera omis pour refaire les troupes. L'amélioration des hôpitaux de Mayence a été moins rapide que je ne l'espérais, quoique je fusse autorisé à compter sur de meilleurs résultats. J'ai pris de nouvelles mesures dont je vais suivre l'exécution, et certainement, sous peu de jours, tout sera en bon ordre. Les habitants éprouvent des maladies encore plus générales et plus graves que les soldats. Jusqu'ici la mortalité n'est pas très-forte dans les troupes; elle est extraordinaire chez les habitants, et cela à Mayence et sur toute la ligne.
La masse de la grande armée ennemie est toujours en présence. Le Rhin est bordé avec assez de soin; mais elle a pris des cantonnements à plusieurs lieues en arrière. Il paraît certain qu'un corps de troupes, que l'on porte à quinze ou vingt mille hommes, a passé devant Kehl et a continué sa marche sur le haut Rhin.
a Je n'ai point encore de rapports de l'officier que j'ai envoyé à Huningue et à Bâle : j'attends de ses nouvelles à chaque moment. Elles m'éclairerontsur ce qui se passe de ce côté.
84 MÉM(HIM:S 1)|: DI C \)E hacuse.
a IjGS postos (le Inniirc pnissieniio sur \c, Hliin commencent entre Bingen et Col)lentz. Tout ce qui est au-dessus est russe ou autrichien.
« Nos approvisionnements vont toujours lentement; mais ceux de réserve continuent à s'augmenter. Nous aurons après-demain, tant des uns que des autres, trente-cinq mille quintaux de grains ou farine. »
LE MARÉCHAI, MARMOIST A NAPOLÉON.
« Bords (lu Rliiii, le 20 novenibrc 1815.
« .Vai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que les gardes nationales de la Meurthe et de la Moselle sont arrivées en grande partie et arrivent chaque jour. Tous les rapports qui me sont faits annoncent qu'elles n'ont parmi elles que peu de gens mariés, qu'elles sont composées d'hommes vigoureux, et qu'elles se montrent animées du meilleur esprit. J'avais donné des ordres pour qu'elles fussent armées sur-le-champ, et les fusils allaient partir lorsque le directeur de l'artillerie a reçu une lettre du ministre de la guerre, en date du 16, qui ordonne d'armer ces légions avec les fusils à rêparer qui se trouvent dans l'arsenal de Mayence.
« La date de cet ordre est trop récente pour que j'aie cru pouvoir me permettre d'y rien changer;
LIVHE xi\. — cohuespondance. nb
mais il est de mon devoir de faire coniiaiUeà Voire Majesté que je regarde cette mesure comme trrscontraire au bien de son service. On peut tirer le meilleur parti des gardes nationales en les eniployant sur-le-champ; mais il faut mettre de suite leur dévouement à profit, il faut ne prendre aucune mesure qui puisse lui donner du dégoût, et la mesure ordonnée recule nécessairement de beaucoup l'époque à laquelle on pourra s'en servir. Je regarde €omme certain qu'avec un peu de soins on peut, en très-peu de temps, tirer dans les circonstances actuelles un meilleur service de ces gardes nationales que des troupes de ligne.
«Des renseignements certains annoncent qu'hier les empereurs de Russie, d'Autriche et le roi de Prusse étaient encore à Francfort, et que ce sont encore des Russes, que je crois du corps de AYitgenstein, qui sont devant nous à Hochheim. On assure que la plus grande partie de l'armée autrichienne est sur la rive gauche du Mein, et qu'un corps prussien assez considérable, infanterie, cavalerie et artillerie, est près de l'embouchure de la Lahn. On ne voit pas un seul détachement ennemi de Lintz à Neuwied. »
Mi MLMOIHKS DU DUC DE liAUUSE.
NAPOLÉON Al MAHI-CllAL MAHMONT.
« S;iitit-(;iiiiiil, le '20 novciitbrc 1X1".
« Mon cousin, il est probable que l'ennemi ne veut pas tenter de passer le Uhin. Laissez donc vos troupes tranquilles et ne vous tourmentez pas. Toutefois, si l'ennemi passe le Rhin, il passera sur le bas Rhin. N'éloignez donc pas le deuxième corps de Mayence. Une division du sixième corps doit être à Coblentz, afin que le cinquième corps soit à Cologne à la disposition du duc de Tarente. — J'estime que les gardes nationales qu'on a levées en Alpace sont suffisantes pour défendre cette frontière. — La redoute à l'embouchure du Necker est établie. En at-on établi une semblable vis-à-vis la Lahn? Si on ne Ta pas fait, ordonnez qu'on le fasse.
« Napoléon. »
napoléon al maréchal marmont.
« Sainl-Cloud, le 20 novembre 1815.
c( Mon cousin, quand j'étais à Mayence, il y avait deux bataillons du 113^ qui avaient des hommes isolés; faites-moi connaître ce qu'ils sont devenus.
« Napoléon. »
LIVHF. Xl\. — OOnnESPONDANCR. S7
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON
« Ronls (lu Rhin, le '24 noveiiil)re 1813.
« J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté des rapports que l'officier que j'ai envoyé à Huningue vient de me faire, ainsi que l'extrait des gazettes allemandes qu'il y a joint.
« Les nouvelles qu'ils renferment m'ont paru assez importantes pour les faire passer à Votre Majesté, quoique je suppose bien qu'elle les a reçues ou recevra par d'autres voies.
c< Je crains bien que la possession du pont de Bàle ne soit l'un des principaux objets de l'ennemi dans ses opérations sur cette partie de la frontière. .
« Tous mes rapports, depuis vingt-quatre lieures, m'annoncent une augmentation continuellement croissante des forces de l'ennemi sur les bords du Necker. »
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT
« Paris, le 24 novembre 1813.
c( Mon cousin, j'ai ordonné que le cadre du sixième bataillon du 13' de ligne, bien complété, se rendit à Alexandrie. S'il n'est pas encore parti, faites le partir en toute diligence. Ce bataillon a
déjà mille hommes qui l'attendent à Alexandrie, et
sont destinés à l'armée de réserve d'Italie.
a Napoléon. »
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT
« Paris, le 25 novembre ISIT).
w Mon cousin, renvoyez sans délai ma garde, infanterie, cavalerie et artillerie, sur la Sarre; n'en retenez rien, parce qu'il y a un système d'organisation que Ton suit et qu'il est nécessaire que rien ne dérange. — Au 1" décembre, il partira de chaque dépôt cinq cents hommes pour renforcer tous les bataillons qui sont à l'armée, ce qui fera cinquante mille hommes de renfort et portera les quatrième, cinquième, sixième et onzième corps fort haut. — Il partira aussi à la même époque un bataillon de chacun des dépôts du deuxième corps. Ces douze bataillons se réuniront à Strasbourg.
« Napoléon. »
le maréchal m.\rmont a napoléon.
« 25 novembre ISir».
« Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que mes rapports m'annoncent que l'ennemi travaille à élever des batteries sur le bord