‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 5)Chapitre 55 sur 126 · LE JL\RÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE JL\RÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL

« Morvilliers, le i' Icvrier 1814.

c( Monseigneur, je reçois la lettre que vous m'avez écrite à neuf heures du matin. Je vais me

LIVHE XIX. — CORRESPONDANCE. 105

rendre à Chaumesnil et prend le la position qni m'est indiquée.

« Les reproches que contient votre lettre sont injustes, et je ne puis me dispenser d'y répondre. J'ai du prendre la route que j'ai suivie, sous peine d'être détruit ou de mettre bas les armes. Il eût été absurde de faire une marche de flanc de cinq lieues dans un défik; des hauteurs duquel l'ennemi était maître, lorsque la route était bordée à ma droite par une rivière qui n'est guéable que dans peu d'endroits, et que j'avais l'ennemi en tête, en queue et sur mon flanc.

« Je ne pouvais point arriver de bonne heure, puisque j'avais dix lieues à faire, et que j'ai été obligé d'attendre en position toute la journée sur les hauteurs de Yassy et en bataillant. Les troupes que j'avais à Saint-Dizier auraient été infailliblement prises si j'avais laissé l'ennemi s'emparer de Vassy avant leur arrivée. Je n'ai point fait un détour, puisque mon arrière-garde avait ordre de me suivre sur Anglure, qui n'est qu'à une lieue et demie de Montier-en-Der, et que sa communication avec moi était protégée par le ruisseau de Saint-Cloud, dont les bords sont marécageux. Si cette arrièregarde s'est retirée directement sur Brienne, c'est que, quelques Cosaques s'étant montrés entre elle et moi, elle a pris cette direction de son choix. Je

IliO MÉMOIRES DU DUC DK RACUSE.

liai point laissé, comme rEmpereur le suppose, lieux cents hommes d'infanterie en arrière, mais plus (le sept cents, et six cents chevaux. Or, lorsqu'à une heure et demie de moi, dans un pays dont les comnuniications sont difficiles, ayant les flancs bien couverts, ayant donné ordre de rompre le pont de rÉronne, je laisse le cinquième de mon infanterie et le grand tiers de ma cavalerie; que je donne pour instruction au général qui commande de tenir aussi longtemps que possible sans se compromettre, et de se retirer lorsque des forces supérieures se présentent, quel que soit l'événement, je n'ai rien à me reprocher, et les reproches sont aussi injustes que décourageants.

« Je n'ai point perdu de canon, parce que, cette arrière-garde étant destinée à se retirer légèrement devant l'ennemi, je ne lui en ai pas laissé. — 11 a été pris quatorze ou quinze caissons, dont cinq vides, et trois forges qui avaient été dételées pour renforcer les autres attelages, et qui auraient été enlevés si l'arrière-garde avait pu tenir deux heures de plus, parce que les chevaux qui allaient les chercher étaient à une demi-lieue de Montier-en- Der lorsque l'ennemi y est entré.

« J'ignore la perte en hommes, parce que je n'ai reçu sur cette affaire aucun rapport officiel, que ce qui m'est parvenu de Brienne; mais j'ai appris

LIVHE XIX. - CORUESPONUANCE. 107

indirectement que le colonel Hubert, qui a conimandé après la prise du général Yaumerle, avait couché cette nuit à Maizières. Il est évident qu'il y est arrivé avec une portion de son monde, et que ceux qui sont arrivés à Brienne sont des fuyards. Le 2* régiment de marine, qui formait l'infanterie de l'arrière-garde, avait son aigle avec lui.

« Tel est l'état de choses, monseigneur. Je désirerais savoir ce qu'il était possible de faire de mieux, avec une poignée de monde embarrassé par un matériel considérable, dans un pays difficile, à treize lieues de l'armée, ayant de tous les côtés à la fois des forces triples des miennes. »

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARM0?iT.

1 I3ricnne, le 1" février 1814, cinq heures ^t demie du matin.

a Monsieur le duc de Raguse, je reçois votre lettre de Morvilliers à une heure du matin. Il faut vous mettre en communication avec le duc de Bellune qui est au Petit-Mesnil, et vous lier bien avec lui. Eclairez bien la route de Soulaine.

« Le prince vice-connétable, major général,

1G8 MÉRIOIRKS DU DUC DK RACUSE.

i.i; MA.ioii c.r;M':r.Ai. ai .maiu'xiiai. mahmont.

« nrioriiic, le 1" lévrier 1814, onze liciires et demie du soir.

« Monsieur le maréchal duc de Raguse, je vous envoie les dispositions générales arrêtées par l'Empereur, lisez-les avec attention et exécutez-les eu ce qui vous concerne.

« Le prince vice-connétable, major général,

« Alexandre. »

dispositions générales.

a Brierme-le-Cliàteau, le 1" février 1814, onze heures et demie du soir.

« La retraite de l'Empereur étant sur Lesmonl, « le général Sorbier s'occupera, avec les moyens « qui lui restent, d'organiser une batterie de six « pièces d'artillerie à cheval.

« Les ducs de Bellune et de Raguse doivent avoir a des batteries d'artillerie à cheval pour la re- « traite.

« Le général Dulouloy prendra le commandece ment de ces batteries à cheval.

« Les trois divisions d'infanterie de la jeune « garde ont chacune une batterie, ce qui fait vingtce quatre pièces;

ce Les batteries à cheval de la ligne et de la garde ce font vingt- quatre pièces;

LlVin-: XIX. - COIIRESPONDANCE. KV.»

c< Total, quarante-huit pièces.

c( Demain, "2 février, à quatre heures du matin, « on aura pris la position suivante :

c( J.e général Nausouty, avec trois mille chevaux, « sera en position sur la gauche un peu en arrière « de Brienne-la-Vieille, avec douze pièces d'artil- « lerie à cheval;

« Le général Gérard, avec deux pièces, sera en « position en avant de Brienne-la-Yieille; il sera « sur trois lignes : Tune à la tête du village, l'autre « à la queue, la troisième dans le boisa la hauteur « de Brienne;

« Le général Ricard passera à deux heures du « matin le pont de Bricnne-la-Yieille, avec la cava- « lerie de la garde, et s'arrêtera; à trois heures, il « coupera le pont de Brienne, après quoi il mara chera sur Piney, suivant la route de Lesmontpar « la rive gauche;

« Le général Grouchy, avec la cavalerie du cin- « quième corps, sera sur la gauche de la garde;

« Le général Curial, avec sa division, sera en « position devant Brieime , occupant la ville en « colonne de marche;

« La division Meunier sera rangée en deux cote tonnes sur l'extrême gauche, l'une à peu près au « chemin de Maizières, l'autre plus en arrière;

« La division Rothembourg, à trois heures du

« malin, travoiscMa Driennc, ot iia prendre posi- « lion sur les hauteurs à mi-chemin de Lesmont. « Elle aura sa batterie et occupera le bois et la « hauteur du Moulin-à-A^ent;

(( On placera les batteries de douze près de Les- « mont, afin que, si l'Empereur était trop pressé,. « il pût faire usage de toute son artillerie, et cou- « cher au besoin sur la rive droite, au Moulin-à- « Yent.

« Le duc de Bellune partira à deux heures du « matin, traversera Brienne, et prendra position « au Moulin-à-Vent.

« Le duc de Raguse, avec six pièces d'artillerie et «■ un demi-approvisionnement, partira à trois heures « du matin, prendra position sur les hauteurs de « Perlhes, s'assurera du pont de Rosnay, où il y a un (c bataillon de garde, et prendra position sur les hau- « teurs de Rosnay, se retirant, s'il y est forcé, par le « pont d'Arcis-sur-Aube.

c< Le général Defrance, avec les gardes d'hon- « neur, se mettra en marche à une heure après mi- « nuit, passera le pont de Lesmont, jettera des par- « tis sur la route de Piney et sur la rive gauche de « l'Aube en remontant; s'il a besoin d'artillerie, le « général Ruty lui en donnera.

« Demain au jour, le général Ruty aura soin de «choisir des emplacements pour y placer de l'artil-

LIVUE XIX. — ClM'.l'.KSl'ONDANi:!-:. 171

a Ici'ic, à droite et à gauclie, sur la riv(! gauclic c( de l'Aube.

a Les troupes, à mesure de leur passage, se ran- <( geront eu bataille : le duc de Bellune à droite, la «garde à gauche; dans cette situation, on pourra « passer la nuit de demain.

a Le général Corbineau se rendra de suite de Mai- « zières à Rosnay, à l'intersection des routes de Rosc( nay à Lesmont, et fera brûler le pont de Rosnay u lorsqu'il en recevra l'ordre; ou, s'il est pressé par a l'ennemi, il prendra sous ses ordres le bataillon « qui est k Rosnay et les pièces. Il prendra ainsi po- <c sition, ayant la gauche à la Yoire et la droite au c( pont de Lesmont, en flanquant l'arrière-garde, <c pour arriver avec elle à Lesmont.

« Le prince vice-connétable, major général, « Alexandre. »

LE MAJOR GÉ.NÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT

.< Troyes, le 3 février ISl 4, onze heures et demie du soir.

o L'Empereur a appris avec plaisir, par votre aide de camp, les succès que vous avez obtenus sur l'ennemi. Je ne reçois votre lettre datée d'une heure après midi qu'à dix heures du soir; c'est bien long : je ne sais d'où vient ce retard de l'estafette. Je

172 Mi:MOini:s nu duc de ragusl.

donne l'ordre au général Sorbier de faire partir sur-le-champ votre parc })Our Arcis. Envoyez en avant pour accélérer son arrivée. Vous savez que le général Ricard est à Aubeterre.

« Le prince vice-connétable, major général,

« Alexandre. »

LE MAJUli CK.NÉRAL AU MARECHAL MARMONT.

« Troyes, le 5 février 18U4, quatre heures du malin.

« L'Empereur ordonne qu'avec votre corps vons vom portiez en toule diligence sur yogefd-sur-Seinrj afin de garder le pont de cette ville, qui pourrait être menacé par la colonne qui a passé devant Arcis depuis hier. Vous prendrez aussi le commandement d'une division de Parmée d'Espagne, qui doit arriver, demain, Q, i) Provins. Il est nécessaire que vous preniez une position sur la rive droite de la Seine qui commande ce débouché important.

(( L'Empereur se porte en toute diligence à Nogent-sur-Seine; il sera ce soir à la hauteur de Méry.

« Il sera nécessaire, monsieur le maréchal, qur vous fassiez garder le pont de Méry, jusqu'à ce que la troupe que vous en chargerez puisse être relevée par les premières troupes de l'armée qui viendront

LlVnK Xl\. — COlinKSI'OMlANCI-. IT.'^

(In Troycs. afin qu'aucun parti ne passe la Seine et n'inquiète la marche.

« Le prince vice-connétable, major général,

« Alexandre. «

le markciiaf. imarîiont a nainji.kon.

« Foiitainc-Deiiis, le 7 lûvrier 181 i.

c< Sire, j'ai reçu la letti'e ({ue Votre Majesté m'a tait l'honneur de m'écrire à trois heures après midi. Quelque diligence que nous ayons faite, je n'ai pu arriver ici qu'à plus de huit heures du soir, c'est-à-dire à trois lieues de Sézanne.

« La masse de mes troupes est encore à deux lieues en- arrière. J'ai envoyé une forte reconnaissance sur Barbon ne pour avoir des renseignements. Elle n'est pas encore rentrée. A son retour, j'aurai l'honneur de vous faire mon rapport, qu'un de mes aides de camp, qui a un cheval à Villemeux, vous portera en toute diligence. Les habitants des villages que j'ai parcourus assurent qu'il a passé hier beaucoup de troupes, infanterie et cavalerie, à Sézanne, se portant dans la direction de la Ferté. Ce qu'il y a de certain, c'est que, de midi à quatre heures, on a entendu une forte canonnade de ce côté. Les rapports sont unanimes à cet égard. Les ti'oupes qui sont en arrière partiront deux heures

174 MÉMOIRES DU DLM: DE HAGUSK.

avant le jour pour me rejoindre, et je partirai à la pointe du jour pour Sézanne.

« Le chemin, jusqu'à une grande lieue et demie en avant de Yillemeux, est une chaussée. Ensuite il est fort mauvais, cependant praticable, surtout le jour, car les plus grandes difiicultés que nous ayons éprouvées ont été de le reconnaître à cause de l'obscurité. On marche toujours dans des bruyères, et on peut changer de direction à chaque instant. Après Barbonne, on trouve la chaussée.

« Nous avons trouvé à Yillemeux des postes de Cosaques qui se sont repliés devant nous. »

LE JIARÉCHAL MARMO>sT A ?{APOLl':ON.

« Fontaine-Denis, le 7 lévrier 181 i.

c< Sire, je reçois à l'instant des rapports positifs et circonstanciés de Barbonne, où nos soldats sont entrés après avoir chassé des lanciers ennemis. L'avant-garde a été jusqu'à une demi-lieue. On n'a trouvé que de la cavalerie, qui s'est repliée. Les habitants assurent, et un, entre autres, parti à six heures du soir de Sézanne, qu'il n'y a dans cette ville que sept à huit cents lanciers prussiens et point d'infanterie, quoiqu'il y ait eu hier assez de troupes qui se soient postées en avant dans la direction de la Ferté; mais toutes étaient de la cava-

LlViii: \l\. — CORRESPOMtANCE. 17.»

lerie, à ce <|iroii ;issuie. L'opinion des liabitants dr Barbonnc est que la canonnade qu'on a entendue est à peu près dans la direction d'K()einay. Le bruit du canon a diminné, ce qui annonce qu'il s'est ('-loigné d'une manière sensible.

« Tels sont, Sire, les rapports que j'ai reçus et d'après lesquels il semblerait que les forces de l'ennemi ne sont pas encore au delà de Sézanne. Au surplus, j'y serai demain matin de bonne beuie, et j'aurai l'honneur de vous écrire une demi-heure après mon arrivée. De Sézanne il y a différentes directions qui rendent ce point extrêmement important. Arrivé là, je serai en mesure d'exécutei^ tous les ordres que Votre Majesté voudra me donner. J'enverrai de fortes reconnaissances sur Montmirail, Épernay et la Ferté. »

LE MAJOR GÉÎSÉRAL AU MARÉCHAL xMAlOIOM.

« >'ogerit-sur-Seine, le 7 février lîSLî.

(c L'Empereur ordonne qu avec votre corps rouK rom mettiez en mouvement pour vous rendre à Sézanne.

a Alexandre. >•

LE MARÉCHAL MAR510NT A NArOLKON.

« St'zaiinc, le 8 l'éviicr 181 i.

a Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que nous avons trouvé ici environ huit cents Cosaques ou Prussiens.

« Nous avons fait quelques pHsonniers, qui nous ont donné les renseignements consignés dans la note ci-jointe. Deux escadrons se sont retirés sur la route de Montmirail, et un détachement par la route d'Épernay. D'après l'ensemble de tous les renseignements, il serait constant que toute l'armée de Silésie a marché sur Épernay. Quatre à cinq cents chevaux de cavalerie légère suivent la cavalerie ennemie, qui s'est retirée par la Ferté-Gaucher.

« Nous communiquerons, s'il est possible, avec le duc de Valmy et le duc de Tarente. J'envoie la plus grande partie de ma cavalerie, soutenue par de l'infanterie et du canon, sur Champaubert, afin d'occuper la communication de Montmirail, ou au moins avoir des nouvelles de ce qui s'y passe. Je fais éclairer aussi la route de Châlons. Il est arrivé ici, samedi au matin, cinq à six cents chevaux ennemis. Cette cavalerie a poussé dans la direction de la Ferté-Gaucher, et a été remplacée par

MVHK XIX. — COi'.ltKSPONDANCE 177

sept à Iiuit cents autres chevaux, dont une portion a suivi les premiers. Enfin quatre à cinq cents chevaux sont arrivés hier pour renforcer ce qui était resté ici, et la totalité des huit cents chevaux qui étaient ce matin à Sézanne, a pris la direction que j'ai indiquée.

a D'après cela, il me semble que l'ennemi opère d'une manière tout à fait sérieuse dans le bassin de la Marne, et qu'en me portant immédiatement sur Champaubert, et y étant soutenu, je pourrais lui faire beaucoup de mal. J'espère pouvoir, dans quatre heures dici, envoyer un nouveau rapport à Votre Majesté. »

LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON

« Sézannc, le 8 lévrier 18L4.

a Sire, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que je dirigeais la plus grande partie de ma cavalerie avec un peu d'infanterie et de l'artillerie sur Champaubert. J'ai envoyé trois cents chevaux sur la Ferté, afin de communiquer avec le duc de Valmy. Je n'ai pas cru devoir envoyer plus de forces de ce côté, parce que les renseignements de Sézanne et de la Ferté-Gaucher, où hier il n'avait paru personne, prouvent que l'ennemi n'est pas en force dans cette direction. J'établis ce soir

178 MEMOIHKS DU DUC DR RACUSE.

une division entre Chapton et Soissy-le-Bois. J'établis mon quartier général à Chapton, d'où on peut regagner par la Villcnauxe, Charleville et la Garde, la route de iMontmirail. Je place à Chapton à peu près la moitié de mon artillerie, et je laisse le reste à Sézanne. Mon autre division, sans son canon, quittera Sézanne à l'arrivée de la garde, et ira coucher à Lachy ; enfin je place les quatre cents chevaux du deuxième corps de cavalerie à la Villenauxc, et ils pousseront des patrouilles sur la Gaule. Par ces arrangements, je serai en mesure de connaître positivement cette nuit, de bonne heure, où l'ennemi est en forces, et Votre Majesté pourra déterminer s'il lui convient d'agir sur Champaubert ou sur Montmirail. Je serai également à même d'exécuter l'un ou l'autre de ces mouvements. »

LE MARÉCHAL MARMONT A IS'APOLÉON

« Chaplon, le 8 février 181i.

« Sire, je ne perds pas un instant pour rendre compte à Votre Majesté de la position de l'ennemi.

« Des renseignements, qui me paraissent avoir le caractère de la vérité, annoncent que l'ennemi est arrivé hier à Montmirail avec de la cavalerie, et de l'infanterie à Champaubert, et cette infanterie a

LIVUK XIX. — COllIlHSrOMlAÎVCK. 17!l

suivi le niouvemont. Si la chose est vraie et que je sois soutenu, il est possible de le chasser et de lui faire éprouver de grandes pertes.

« J'occupe Pont-Saint-Prix-en-Dail, qui était occupé par cinq mille hommes d'infanterie ennemie. Un grand parc d'artillerie est arrivé à Champaui>ert et a continué sa route sur Fromentière. La cavalerie légère, que j'avais placée sur la route de la Ferté, me rend compte que l'ennemi a, comme je l'avais prévu, changé de direction, et s'est porté sur la route deMontmirail.

« Il me paraît donc démontré que le corps de Sacken est en plein mouvement par la route de Montmirail, et que la tête de son infanterie y est arrivée aujourd'hui. Reste à savoir si Votre Majesté veut attaquer l'ennemi sur Montmirail ou sur Champaubert. Je n'ai point encore le rapport des reconnaissances qui ont été faites sur la Gaule, route de Montmirail; mais l'ensemble des renseignements qui m'ont été donnés me parait consacrer suffisamment la position de l'armée ennemie telle que je viens de l'indiquer.

(( Les troupes ont souffert beaucoup de la marche de ce soir, par de mauvais chemins et par une nuit obscure ; elles éprouvent de grands besoins de vivres. Les villages de cette province ne sont rien. Je prie donc Votre Majesté de me faire connaître

180 Mi'Moiiuis ni: duc ni'; iiacusi;.

promplcment do quel côté elle veut agir, a(in que je fusse des dispositions convenables. Cela est d'autant plus nécessaire, qu'ayant laissé la moitié de mon artillerie et mes équipages militaires à Sézanne, avec un bataillon du 115', il faut du tem|»s pour qu'ils reçoivent l'ordre qui déterminera leur direction.

cr J'attends avec impatience les ordres de Votre Majesté, et je la prie de faire connaître à l'ofticier porteur de ma dépêche le point sur lequel je dois marcher, afin qu'il . . . l'ordre d'en partir une heure avant le jour pour me rejoindre dans la direction que vous lui aurez f;\it connaître. »

LE MAJOR GÉiNÉRAL AU MARÉCHAL MARMO.NT.

« >'ogent-sur- Seine, le 8 lévrier 1814.

a Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur comptait aller coucher ce soir à Sézanne; mais il est retenu ce soir ici par quelques objets d'intérêt général.

(( La garde à cheval, la première division de vieille garde, doivent être arrivées.

a Le prince de la Moskowa doit être échelonné de Yillenauxe à Sézanne. Il importe beaucoup à Sa Majesté d'avoir de vos nouvelles. Elle charge le général Girardin d'aller près de vous, en toute hâte.

Mvr.K \i\. - (;()iiiii:siMjM)A.N(;i;. isi

<1e manière à être de l'ctoui' à une liciire liii matin.

« Sa Majesté ne sait à quoi atti'ibuer la ]H'i\ atiou où elle est de vos nouvelles.

«Le prince vice-connétable, major général,

« Alexanduk. »

lk major général au maréchal malîmont.

« Nogcnl-sur-Sciiic, le 9 féviior ISli.

« Monsieur le maréchal duc de Raguse, le prince de la Moskowa a mandé qu'il ne pourrait être à Sézanne que dans la journée. L'ennemi ne doit être arrivé qu'aujourd'hui à Montmirail, et il a dû attendre son artillerie. S'il est à Montmirail, il faut l'y attaquer demain. Vous partirez de Chapton, et le prince de la Moskowa de Sézanne. Une colonne partira de la Ferté sous-Jouarre. Si, au contraire, l'ennemi avait rétrogradé sur Champaubert, il faudra marcher sur Champaubert. Hier, le duc de Tarente était maître de Château-Thierry; ainsi l'ennemi n'aura pu se diriger sur cette ville, à moins que le duc de Tarente n'ait été forcé devant Château-Thierry.

« Ayant les habitants pour vous et de la cavalerie, il est facile de vous éclairer. Il est probable que l'Empereur sera ce soir à Sézanne à six heu-

rcs; faites en sorte qu'il y trouve des renseignements précis. Faites-vous rejoindre par votre artillerie, puisque c'est avec des canons qu'on se bat.

« Le prince vice-connétable, major général,

c< Alexandre. »

LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRA [;

« Chapton, le 9 février 1814.

« Je suis arrivé hier matin à Sézanne, et, ainsi que j'en ai rendu compte à Sa Majesté, j'ai pu avoir des notions de la situation de l'ennemi. J'attendais, pour me porter plus loin, que quelque chose indiquât l'arrivée de l'Empereur. La garde a été annoncée, le service de Sa Majesté est arrivé. Je me suis porté immédiatement en avant, éclairant le pays dans toutes les directions, et j'ai acquis la certitude que la tête de l'infanterie ennemie était arrivée à Montmirail, et que sa queue était encore hier au soir à Champaubert.

« Convaincu que Sa Majesté était en marche, et que tout était en mouvement pour agir ce matin, j'avais poussé le plus de troupes que j'avais pu en avant pour arriver de bonne heure à Champaubert. plein d'espérances dans le résultat que ce mouvement devait nous donner. Mais, les circonstances

LIVHE XIX. — (:(iUURSPOM)AN(;E. 187,

ayant forcé l'Eiripereur à restera Nogciit, je n'ai j»ii, avec une poignée de monde, me jeter au milieu de l'ennemi à une grande distance au delà de défilés très-difficiles et de chemins presque impraticables, sans avoir la certitude absolue d'être soutenu par de puissantes forces. Ce mouvement, différé de vingt-quatre heures, n'est plus exécutable, parce que le principal avantage qu'il nous donnait était de surprendre l'ennemi. Notre mouvement lui étant connu, notre situation a entièrement changé. L'ennemi serait en mesure de nous recevoir réunis, puisqu'il voyage sur une route pavée, et que nouS;> nous ne pourrions arriver à lui qu'en surmontant des difficultés de communication extrêmes, et qui sont beaucoup plus grandes que je ne l'avais imaginé.

« Ainsi ce mouvement qui, ce matin, nous aurait donné de grands résultats, nous serait funeste demain.

« D'après ces considérations et la conviction où je suis qu'en ce moment l'Empereur ne peut plus foire autre chose que d'exécuter le mouvement qu'il avait projeté sur Meaux, et qu'il n'y a pas un moment à perdre, je partirai ce soir d'ici pour me rendre à Sézanne et être en mesure de marcher promptement sur la Ferté si, comme je l'imagine, j'en reçois l'ordre. Ma présence ici aura toujours

I8i MEMOIRES DU DUC HE RACUSi:.

eu pour objet de retarder au moins d'un jour la marche de l'ennemi en le forçant à se réunir.

«J'avais préféré le mouvement sur Champaubert, parce qu'il n'y a qu'une lieue de mauvaise route; le reste est ferré, mais cette lieue est mauvaise à un point dont on ne se fait pas d'idée, et cependant on la prétend meilleure que le chemin direct de Sézanne à Montmirail. S'il en est ainsi, il n'est pas humainement possible de se tirer de ce dernier.

« Un autre motif aussi, c'est qu'en passant à Champaubert nous étions sûrs de franchir la rivière qui passe à Montmirail; marchant directement sur Montmirail, on n'aurait pas eu de chances pour y arriver, parce que cette rivière est débordée depuis hier, et que, pour peu que l'ennemi voulût défendre ou couper le pont, on ne pourrait pas la franchir.

« Les dernières nouvelles que j'ai de l'ennemi sont que c'est le neuvième corps russe que j'avais hier en présence à Champaubert; ces troupes sont commandées par Langeron, et arrivent du blocus de Mayence, où elles ont été remplacées par des milices. Je pense qu'elles suivent le corps de Sacken. Les dernières sont parties de Champaubert, marchant sur Montmirail, à huit heures et demie du soir. »

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