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rEinpei'cur. Il nie doiiiia loidre d'écrire au général Jansen, à Verdun, de se rendre à Reims à marclics forcées, pour venir le rejoindre avec plusieurs détachements des garnisons des places de Lorraine, qui avaient été instruits pendant l'hiver. Ces détachements arrivèrent assez à temps pour le suivre dans le mouvement qu'il exécuta sur l'Aube.
Je ne veux pas omettre de rapporter un mot de Napoléon qu'il me dit en cette circonstance, et qui prouve combien il était devenu insensible aux malheurs publics et privés. Le mouvement des armées, les besoins des troupes et l'indiscipline causaient la désolation des pays qui étaient le théâtre de la guerre et de nos opérations depuis deux mois. Les troupes françaises contribuaient, pour leur bonne part, aux souffrances des habitants. J'en parlai à lEmpereur, et je m'apitoyai sur leur sort. L'Empereur me répondit ces propres paroles qui ne sont pas sorties de ma mémoire : « Cela vous afflige? eh! mais il n'y a pas grand mal! Quand un paysan est ruiné et que sa maison est brûlée, il n'a rien de mieux à faire que de prendre un fusil et de venir combattre. »
L'Empereur me fit part de son projet de marcher fontre la grande armée; mais à quoi bon ces mouvements multipliés qui n'en imposaient plus? 11 fallait attendre que, dans leur marche, les armées
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ennemies se divisassent, pour tenter de nouveaux efforts sut' (|neI(inos-inu's d(\ leurs parties, il u)e dit qu'il voulait, après avoir combattu l'armée autrichienne, se jeter sur les places, prendre presque toutes les garnisons avec lui, et manœuvrer sur les (lei-rièrcs de lennemi. Pendant ce tenq^s, il me laisserait eu avant de Paiis et me chargerait de la défense de la capitale. Je lui représentai que le rôle contraire me paraissait plus convenable. La défense de Paris exigeait le concours de pouvoirs civils dont lui seul pouvait faire usage. Sa présence à Paris et son action immédiate sur cette ville valaient une armée, tandis que moi je n'y compterais que par le nombre de mes soldats. Il devait donc prendre pour lui, dans ce moment, le rôle défensif, et me charger du rôle offensif. Avec trois mille chevaux, six pièces de canon, cinq cents hommes d'infanterie et des attelages, j'irais à Verdun, à Metz: et, en huit ou dix jours, j'aurais oiganisé une armée de trente mille hommes, avec laquelle je me jetterais sur les derrières de l'ennemi. 11 me dit qu'il voulait faire lui-même cette expédition; mais qu'il manœuvrerait de manière à être plus près de Pai is que l'ennemi, ce qui, dans la condition donnée, paraissait difficile,- et, en prononçant ces dernières paroles, il se pencha sur la table où était une carte, prit son compas et fit sur la carte quatre ou cinq
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iiiOLivcmoiils. Bref, j(.' le qiiillui pour aller juiiidro mes troupes en marche.
A nue lienc en avant de Bérv-an-Bac, je rencontrai une avant-garde ennemie forte de hiiil cents chevaux et deux mille hommes dinfanteiie. Je la fis charger par ma cavalerie légère; mais la lâcheté d'un chef d'escadron de dragons causa quelque perte. Je le fis arrêter et conduire, par la gendarmerie, à l'Empereur, en demandant sa mise en jugement. Nous repoussâmes iennemi qui repassa sur l'Aisne.
J'occupai Béry-au-Bac et j'établis mon quartier général à Cormicy. L'Empereur se mit en marche pour exécuter le mouvement dont il m'avait parlé. Il laissa le duc de Trévise, avec son corps, à Reims. Notre mission était, et nos instructions portaient, de couvrir la route de Paris, de manœuvrer devant l'ennemi, de prendre des positions, de ne rien négliger pour retarder sa marche. Et, comme l'Empereur avait plus de confiance dans ma capacité que dans celle du maréchal duc de Trévise pouimettre de l'ensemble dans les mouvements, il fui décidé que, le duc de Trévise étant mon ancien, il conserverait les honneurs du commandement, tandis que la direction des deux corps me serait cependant réservée ^ C'était nous mettre tous les
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deux dans la plus fausse posilioii. On ne peut pas commander à demi à la guerre. On jjeut prendre des conseils, mais on ne peut pas se charger d'en donner. Je n'ai eu cpi'à me louer, à cette époque, de mes rapports avec le duc de Trévise. Je crois fermement que jamais deux généraux, placés dans des positions respectives semblables, ne se sont mieux entendus. Cependant on verra que cet arrangement fut la cause unique du revers de Fère- Ghampenoise, parce que le devoir d'une obéissance absolue n'était pas et ne pouvait pas être suffisamment senti par celui qui ne devait pas commander, mais momentanément obéir.
L'ennemi avait réuni toute son armée dans les environs de Corbeny. Son camp était immense. En évaluant ses forces à près de cent mille hommes, on était plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité. Je fis tout disposer pour faire sauter le pont de Béry-au-Bac quand l'ennemi se présenterait pour le franchir. La nécessité de construire des moyens de passage retarderait toujours sa marche d'autant, quand le moment d'agir serait venu, li'ennemi, voulant s'épargner les pertes d'un passage de vive force, fit un détachement de huit à dix mille hommes, qui remonta l'Aisne, franchit cette rivière à Neufchâtel, et la descendit pour venir à Béry-au-Bac par la rive gauche. En même temps,
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il piTp.'U'iiiL des iiioyeiis do |t;iss;igc à l'oiil-à-Vair. Toutes ses troupes étaient en avant de Corbeny, en vue de ma position.
Le corps ennemi, venant de Neufchûtel, déboucha sur mon flanc droit; il était précédé d'une nuée de Cosaques. En même temps, les colonnes de la rive droite se mirent en marche pour arriver au pont; mais, au moment où il devenait indispensable d'évacuer Béry-au-Bac, je fis mettre le feu aux mines pratiquées, et le pont sauta. Alors l'armée en pleine marche sur la route, £t dont la tête était à cinq cents toises delà rivière, s'arrêta. Ce fut un magnifique coup de théâtre.
J'évacuai Béry-au-Bacq. Ma droite se replia sur mon centre placé sur les hauteurs de Pont-à- Vair, où l'ennemi travaillait à un passage que je contrariai. Un de mes aides de camp, officier trèsdistingué, fils d'un homme fort célèbre à divers titres, bons et mauvais, Laclos, y fut tué. Je fis ma retraite doucement, en bon ordre, sur Roncy, et de là sur la Vesle, à Fismes, où je m'arrêtai. Ce mouvement, exécuté par ma cavalerie dans la plaine entre Roncy et Fismes, fut remarquable par sa lenteur et l'ordre qui y régna.
La cavalerie ennemie était beaucoup plus nombreuse que la mienne. Je donnai l'ordre aux chasseurs de faire des feux par escadron, avec leurs
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carnhiiios. Celte noiivc;iiilé iiiij)osa à loiiiuMiii, et tout le inoiiveiueiil s'exécuta au pas jusqu'à la lin.
J'écrivis au duc de Trévise })our l'eugager à se l'éuuir à moi et à se porter sur Fismes. Dcvaut dos lorces aussi considérables, nous n'étions pas assez nombreux pour nous diviser.
Après notre réunion, nous prîmes position en arrière de Fismes, sur labauteur de Saint-Martin. Cette position est très-bonne. Proportionnée à la force des troupes qui l'occupaient, et diflicile à tourner, elle exigeait des reconnaissances préalables de la part de l'ennemi. Elle devait tenir des forces considérables en échec pendant un certain temps. Mais, le 21, nous reçûmes l'ordre de passer la Marne et de venir rejoindre Napoléon, dont le quartier général devait être le 21 à Sommesous.
L'armée de Silésie avait renoncé à faire un mouvement offensif sur Paris avant d'avoir opéré sa jonction avec la grande armée. Le gros de ses forces se dirigeait })ar Chàlons, flanqué par une autre colonne qui marchait parallèlement par Kpernay;
Nous exécutâmes notre mouvement en passant à Oulchy-le-Chàteau et Château-Thierry, et nous marchâmes avec toute la rapidité possible. Nous fûmes suivis dans notre marche par le corps de Kleist et celui d'York. Arrivés à Oulchy-le-Château, nous
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fûmes forcés de donner du repos aux troupes. I.e ni.ilériel des deux corps,' extrêmement nondn'eux, l'ut laissé fort imprudemment, pour cette halte, entre Oulcliy et rOurcq. Après quelques moments de re- [)0S, j'eus l'idée de monter à cheval })our voir les troupes et les dispositions du terrain avoisinanl la rivière. A peine sorti de la ville, j'aperçus le corps de Kleist délx)uchant et arrivant sur nous. Avec tous nos embarras, le passage du défilé était critique. Heureusement le mouvement put être commencé tout de suite à cause de ma présence. Je le pressai si bien, que tout étaitsurlarivegauchedel'Ourcqquaiul l'ennemi fut assez en forces pour être redoutable.
Nous continuâmes notre retraite en bon ordre et sans avoir éprouvé la moindre perte. Le soir, nous arrivâmes à Chàteau-ïhierry. Le lendemain, 22, le pont fut rétabli, et, pour faciliter notre marche, nous prîmes deux routes différentes. Le duc de Trévise suivit la grande route, et moi je passai par Condé, Orbais, xMontmaur. Le 25 au matin, nos deux corps se réunirent à Étoges, et allèrent s'établir à Bergères et à Vertus. Les dernières troupes de la colonne qui avait passé par Épernay défilèrent alors à notre vue, et l'on essaya une légère poursuite sur elles. Enfin, le 24, nous nous mîmes en marche dans l'espérance de faire notre jonction
avec 1 Empereur.
Napoléon était parti de Reims, le JO, avec environ dix mille hommes dinlanterie et six mille chevaux pour exécuter le projet dont il m'avait entretenu. Toute la grande armée ennemie, forte de cent vingt mille hommes, était postée sur la Seiiie et occupait, par des corps détachés, les bords de l'Aube. Après divers combats successifs, le maréchal duc de Tarente, qui commandait en ce moment toutes les forces françaises dans cette partie, s'était retiré sur Provins.
Napoléon se dirigea par Épernay et Fère-Champenoise. Il passa l'Aube à Plancy, dont il chassa l'ennemi qui se retira sur Méry. Napoléon l'y suivit, et, ayant fait passer sa cavalerie à un gué situé au-dessus de Méry, l'ennemi décida son mouvement sur Troyes, où s'opérait le rassemblement de ses forces. Le duc de Tarente, se trouvant alors en conimunication avec l'Empereur, se mit en marche pour le rejoindre avec son corps. Le 20 au matin. Napoléon se porta sur Arcis, où sa cavalerie arriva à dix heures du matin, et, peu après, il y fut luimême de sa personne. Son infanterie s'y rendait de Plancy en suivant la rive droite de l'Aube. L'ennemi était à portée, et, voyant la cavalerie française inférieure en force et sans soutien, il l'attaqua et la mit en désordre.
Mais, l'infanterie étant arrivée et ayant passé le
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pont, l'ordre se rétablit. L'armée française prit jiosilioii en avant de la ville. Des combats partiels et sans résultat occupèrent le reste de.cette journée.
Cependant Napoléon, abandonné à ses illusions, croyait à une retraite décidée de l'ennemi. Rejoint par les troupes du duc de Ueggio et par celles du duc de ïarente qui étaient encore sur la rive droite de l'Aube, il déboucha, le '21, à dix heures du matin, en avant d'Arcis dans la direction de Troyes. Arrivé sur la crête du plateau, il découvrit toute l'armée ennemie formée sur trois lignes, présentant à la vue toutes ses forces réunies, et ayant sa droite à l'Aube et sa gauche à Barbuisse. Malgré cet état de choses, l'Empereur fit engager l'affaire; mais, peu après, des observations réitérées lui ayant été faites sur les résultats infaillibles d'un combat véritable dans une situation semblable, avec des forces si disproportionnées, et qui donnaient à l'ennemi le moyen, en opérant par sa droite, de s'emparer de nos ponts et de notre ligne de retraite, il se décida à faire cesser l'attaque. La retraite fut ordonnée; mais l'exécution était difficile et le danger imminent. La destruction de l'armée aurait été l'effet de la moindre vigueur de la part des alliés.
La grande circonspection du prince de Schwarzenberg fit notre salut. Ce général, craignant une nouvelle attaque, fit ses dispositions pour la rece-
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voir, et rjunirc IVançaise lui échappa. Le duc de, Reggio, chargé de faire l'arrière garde et de contenir l'ennemi à la fin du mouvement, en conservant Arcis jusqu'à ce que toute l'armée eût passé l'Aube, remplit sa tache avec bonheur et succès. Mais la retraite de ses troupes, exécutée sous le feu de l'artillerie ennemie, leur fit éprouver d'assez grandes pertes et causa du désordre. Le soir, l'Empereur était avec sa garde à Sommepuis. Le gros de l'armée ennemie ne passa pas l'Aube.
Tel est, en résumé, l'exposé des mouvements faits par l'Empereur depuis le 17 jusqu'au 22. On cherche en vain les calculs qui ont pu les motiver, et pourquoi il a fait courir gratuitement à son armée les plus grands dangers auxquels elle pouvait être exposée. On ne comprendra pas davantage les motifs des mouvements qu'il allait opérer dans cette dernière partie de la campagne.
Le 22, Napoléon se porte sur Vitry, fait sommer la place, dont le commandant refuse de se rendre^ passe la Marne au gué de Frignicourt, et campe à Farémont. Il commence alors l'exécution du hardi projet de manœuvrer sur les derrières de l'armée ennemie, eu appelant à lui une partie des garnisons des places, que le général Durutte devait lui amener; mais, pour cela, il fallait découvrir Paris; et, si on se le rappelle, il avait annoncé précisé-